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Lutte contre les discriminations

Pour lutter contre les discriminations, le Département lance son Observatoire

Mardi 9 novembre, le Département de la Seine-Saint-Denis a présenté son nouvel Observatoire contre les discriminations et pour l’égalité. Sa mission : quantifier et combattre les discriminations, dont se disent victimes 63 % des habitants de la Seine-Saint-Denis selon une récente étude. Cet Observatoire sera notamment composé d’un conseil du vivre ensemble accueillant associations, citoyens et experts.

Un CV glissé en bas de la pile sur la base d’un nom à consonance étrangère. Une personne en recherche d’un logement à qui on fait comprendre que sa religion dérange. Un jeune victime d’un contrôle au faciès par la police pour la 20e de fois de suite. Voilà le genre de discriminations qu’une bonne partie des habitants de la Seine-Saint-Denis ne connaissent hélas que trop bien.
Mais aussi révoltants que paraissent ce racisme et ce déni de droits en République française, l’un des premiers problèmes concernant la lutte contre les discriminations est de les rendre tangibles.
Raison pour laquelle le Département de la Seine-Saint-Denis a présenté le 9 novembre un Observatoire contre les discriminations et pour l’égalité, une première en France à l’échelle des départements. « En Seine-Saint-Denis, nous refusons la fatalité et nous ne voulons pas être dans l’incantation. C’est pourquoi nous avons décidé de lancer cet Observatoire : à l’image de l’Observatoire des violences faites aux femmes, créé en 2002 et qui a fait ses preuves, je souhaite que cet outil puisse contribuer par des innovations et des préconisations à des avancées nationales sur la lutte contre les discriminations. », soulignait le président de la Seine-Saint-Denis Stéphane Troussel lors du lancement de ce nouveau dispositif à l’école La Générale de Montreuil.

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Un des premiers outils de cet Observatoire est un baromètre des discriminations, déjà effectué une première fois en 2019 et reconduit cette année par l’institut de sondage Harris Interactive. Une étude qui révèle notamment que sur 1000 personnes interrogées, 63 % disent avoir été victimes d’au moins une discrimination dans les 5 dernières années, soit 7 % de plus que dans la première étude de 2019. Parmi les facteurs à l’origine de cette discrimination, on trouve en tête de liste l’origine ou la couleur de peau (37%), le quartier d’habitation (31%) et la religion (24%), cette part montant même à 48 % chez les personnes de confession musulmane.
Autre enseignement assez révélateur, c’est le monde du travail qui est cité en premier quant au champ dans lequel ces discriminations s’appliquent : 50 % des personnes déclarent ainsi en avoir été victimes dans l’exercice de leur emploi et 37 % dans la recherche d’un emploi. La recherche d’un logement (32%) et les rapports avec la police et la justice (32%) reviennent aussi avec fréquence.
Sur ce dernier fait, le témoignage d’ex-lycéens de l’établissement Louise-Michel à Epinay invités à s’exprimer à l’occasion du lancement de l’Observatoire, était éloquent. Partis en sortie scolaire en mars 2017 à Bruxelles, trois jeunes garçons de cet établissement avaient été contrôlés dans des conditions assez dégradantes par la police à leur retour en gare du Nord. « Il n’y avait que 5 garçons sur les 18 élèves de cette sortie scolaire et comme par hasard, c’est tombé sur les « moins blancs » d’entre eux. Il faut vraiment lutter contre l’image totalement erronée qui colle à la peau des jeunes garçons des quartiers », se révoltait la professeure d’histoire-géo qui les accompagnait alors, Elise Boscherel. Déboutés dans un premier temps, Ilyas, Mamadou et Zakaria, défendus par l’avocat Slim Ben Achour, ont fini par gagner leur procès en appel contre l’État pour faute grave.

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Zakaria, Elise Boscherel et Ilyas, invités de l’Observatoire

Chiffrer et informer, voilà donc les deux missions majeures auxquelles cet Observatoire se livrera. « Demander son ressenti à la population, c’est bien, mais on sait à quel point le ressenti peut être remis en question, notamment par l’extrême droite. Avoir des chiffres spécifiques au 93 est donc important pour montrer qu’il n’y a pas de débat possible : ces discriminations ne sont pas marginales, mais structurelles », insistait la politologue Fatima Ouassak, co-fondatrice du Front de Mères, structure luttant plus particulièrement contre les discriminations subies par les enfants des quartiers populaires. « Un rapport parlementaire montre qu’un enfant de Seine-Saint-Denis perd par exemple une année de scolarité du fait du non-remplacement des enseignants absents, ce qui est tout simplement scandaleux. », poursuivait la représentante du Front de Mères. Cette association siégera par ailleurs au sein d’un Conseil du Vivre Ensemble associé à l’Observatoire, aux côtés de 14 autres acteurs : les associations Saint-Denis Ville au Coeur, Remem’Beur ou SOS homophobie et des personnalités comme Jean-Louis Bianco, à la tête de la Vigie de la Laïcité ou l’économiste Yannick L’Horty.

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Autres actions prévues par ce nouvel outil : une caravane des discriminations qui parcourra la Seine-Saint-Denis au printemps pour informer la population de ses droits, et une campagne de « testings » (CV tests envoyés à différentes structures pour évaluer leurs processus de recrutement) menée dans les domaines de l’emploi et du logement. « L’objectif, c’est aussi d’aller au-devant des habitants, dont une partie n’a peut-être pas conscience des discriminations qu’elle subit. On le voit : le recours au Défenseur des droits est ainsi très limité si on le compare avec l’ampleur des discriminations subies. », soulignait Oriane Filhol, conseillère départementale déléguée à la lutte contre les discriminations.
« Ce dont il faut prendre conscience, c’est qu’il n’y a pas que des personnes qui sont discriminées en Seine-Saint-Denis mais le département tout entier, généralisait l’avocat Arié Alimi, autre invité de l’événement. Le rapport parlementaire Kokouendo/Cornut-Gentille, produit en 2018, l’a bien établi, qui a démontré que l’État n’assumait pas son rôle sur ce territoire dans trois domaines régaliens : l’éducation, la police et la justice, mais on pourrait sans doute y ajouter la santé quand on voit les déserts médicaux sur ce territoire. Cette rupture d’égalité n’est pas acceptable, et l’Observatoire est un des moyens de la dénoncer », concluait le conseil, qui représente par ailleurs plusieurs communes de Seine-Saint-Denis (l’Ile Saint-Denis et Stains) dans un recours intenté pour ce motif contre l’État.

Christophe Lehousse
Photos :©Sophie Loubaton

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