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En Seine-Saint-Denis aussi, des occupations de théâtres pour déconfiner les esprits

Depuis une semaine, une poignée de théâtres sont occupés en Seine-Saint-Denis par des étudiants en art dramatique ou des intermittents, dans la foulée de la "prise" de l’Odéon à Paris. Tout en étant conscients de la situation sanitaire, tous demandent la prochaine réouverture des lieux de culture et de vraies mesures sociales pour sauver les intermittents et précaires.

Devant le théâtre-cinéma Simenon de Rosny-sous-Bois, Sébastien Paindestre, masque sur le nez et doigts sur le piano, esquisse les premières notes du Cinéma de Nougaro. « Sur l’écran noir de leurs nuits blanches » : les paroles collent en tout point à la situation vécue depuis de longs mois maintenant par les artistes et intermittents. Les restrictions sanitaires ayant imposé la fermeture des théâtres, cinémas et salles de spectacle, la plupart n’ont pu se produire depuis un an, nous plongeant du même coup dans le silence ou le goulet d’étranglement de Netflix et des autres plateformes.

Dans la foulée de l’occupation du théâtre de l’Odéon à Paris le 4 mars, ils sont aussi une dizaine à avoir pris les lieux de culture en Seine-Saint-Denis. Le collectif de Rosny-sous-Bois a tiré le premier, investissant le théâtre le lundi 15 mars. Ont ensuite suivi des collectifs au sein du Théâtre Gérard-Philipe, du Nouveau Théâtre de Montreuil, de La Commune à Aubervilliers. A Stains, la ville et le Studio-Théâtre ont eux choisi un rassemblement festif et dans le respect des gestes barrières le 27 mars prochain.

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S’ils n’ont pas forcément tous la même position sur la réouverture immédiate des lieux de culture – dans un contexte de reconfinement en Ile-de-France – ils se rejoignent en tout cas sur l’essentiel : la prolongation de l’année blanche pour les intermittents – qui arrive à son terme en août, sans signes clairs du ministère pour sa prorogation. Mais au-delà de ça, la défense de tous les précaires et étudiants...
« Notre propos, ce n’est pas juste de parler pour notre pomme. On souhaite bien sûr le retour de la culture dans nos vies, et ce dès maintenant ! Mais on pense de manière plus générale à tous les précaires, qui n’ont pas la chance d’être comme certains d’entre nous sous le régime de l’intermittence ou au chômage partiel », pointent Valérie et Nicolas, représentants d’« Occupons le théâtre Simenon ». Composé d’une trentaine de membres, ce collectif réunissant des auteurs compositeurs, musiciens, danseurs ou professionnels de l’audiovisuel demande à ce titre comme « revendication prioritaire » l’abandon de la réforme de l’assurance-chômage. « Restaurateurs, indépendants, professions de l’événementiel, ils crèvent la bouche ouverte… Et on voudrait les enfoncer encore plus avec cette réforme abjecte ? » Prévu pour juillet, ce texte de loi, qui fait passer la période de calcul des allocations d’une période 12 à 24 mois, aura pour conséquence directe de faire baisser les indemnisations chômage de quelque 840000 personnes en France.

Convergence des luttes

Cette « convergence des luttes » est également défendue par le collectif du Nouveau Théâtre de Montreuil. Là aussi, sa trentaine de membres – beaucoup d’étudiants en art mais aussi d’autres précaires – ne prêche pas que pour sa paroisse. Entre deux micros ouverts effectués tous les jours sur la place Jean-Jaurès, ils ont à cœur un « monde d’après » un peu clément pour les plus fragilisés. Et des propositions ambitieuses pour le monde de la culture : « On veut vraiment profiter de ce moment pour poser la question des conditions d’accès aux lieux de culture et à l’emploi culturel en général. Sur l’intermittence par exemple : c’est un super système, sauf que de moins en moins de gens en profitent parce que les conditions pour obtenir le statut sont trop dures. Sur les centres dramatiques nationaux ensuite : à notre sens il ne remplissent pas assez leur fonction première qui est de faire émerger la création locale. On se rend compte que finalement très peu de petites compagnies y ont accès…. », estiment les occupants, distribuant là une petite pique à leur hôte, le centre dramatique national de Montreuil.

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Au Théâtre Gérard-Philipe aussi, le collectif Théâtres fantômes - qui vient ce vendredi de voter le passage d’une occupation nocturne à une occupation seulement de jour, en bonne intelligence avec la direction - ne se résigne pas. Constitué d’environ 40 étudiants de Paris 3, 8 et 10, ses propositions se concentrent logiquement sur les jeunes, très durement touchés par la crise du Covid. Certaines de ses membres n’hésitent ainsi pas à détailler leur situation personnelle, qu’elles jugent emblématiques de celles de milliers d’étudiants : Nina, étudiante à Paris 3 et au Conservatoire de Paris 13, enchaîne ainsi les cours sur Zoom « avec tout ce que cela comporte de démotivation » et a perdu son boulot d’employée dans un restaurant ; Lola, étudiante à Paris 3, se sent elle « à l’arrêt forcé » dans son Master, celui-ci portant sur les ateliers théâtre en milieu carcéral… Face à de telles situations, Théâtres fantômes ajoute donc aux revendications déjà mentionnées un plan d’accompagnement pour les étudiants du secteur culturel sortant d’études et « enfin la création d’un RSA pour les 18-25 ans », suscitant l’approbation de Stéphane Troussel, président du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, Meriem Derkaoui, vice-présidente chargée de la culture et Mathieu Hanotin, maire de Saint-Denis, en visite ce jour-là.

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Essentiel vs Non-essentiel

« On pourrait aussi parler de toutes les femmes intermittentes enceintes et de toutes les personnes malades qui n’ont pas fait assez d’heures du fait de la crise pour avoir droit à un congé maternité ou maladie… Ca aussi, c’est un vrai sujet de précarité, sur lequel on n’entend pas le gouvernement », renchérissait Géraldine Szajman, à la tête de La Comète, une maison des pratiques artistiques amateurs qui a ouvert à La Courneuve en 2019…

Pendant ce temps, les doigts de Sébastien Paindestre couraient encore sur son piano, accompagné de batterie et contrebasse. « Quand on entend ça, on réinterroge forcément la distinction faite par le gouvernement entre l’essentiel et le non-essentiel », lâchait Marie, une Rosnéenne sous le charme du mini-concert. « C’est dangereux, le virus est encore là… », maugréait Gérard, pas insensible cependant aux accents de Nougaro. « Je pense que, même maintenant, il y a des solutions pour rouvrir les lieux de culture tout en respectant les gestes barrières. On en a tous besoin », concluait Jennifer.

Christophe Lehousse
Photos : ©Patricia Lecomte
©Sophie Loubaton

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