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Journée olympique : l’hommage du sport de Seine-Saint-Denis aux soignant·e·s

Mardi 23 juin, la traditionnelle journée olympique s’est reconvertie en marathon de la solidarité en hommage aux soignant·e·s. Six groupes de coureurs et coureuses sont à cette occasion parti·e·s de l’Insep à Vincennes vers différents hôpitaux de la région parisienne. Nous avons suivi celui de l’UNSS 93, constitué de lycéens et lycéennes de Bondy et d’enseignant·e·s, parti·e·s en petite foulée dire merci à des hôpitaux de Seine-Saint-Denis.

« Donner du sens à l’effort » C’est la devise de Christian Cordier, ancien prof d’EPS au collège international de Noisy-le-Grand et grand défenseur des valeurs de l’olympisme. Alors, au moment du déconfinement, quand cet amoureux de la course à pied et d’autres professeurs de Seine-Saint-Denis ont entrevu la possibilité de tout de même organiser un événement pour le 23 juin, traditionnellement journée olympique, ils ont foncé. « Tout de suite, on a voulu faire quelque chose qui dirait la gratitude du monde sportif envers les soignants parce que le sport, c’est la vie », témoigne ce passionné.
Un mois et demi plus tard, les projets de ces doux rêveurs étaient devenus réalité. Regard pétillant sous le masque de rigueur, une soixantaine de personnes s’étaient donné rendez-vous ce mardi matin au pied de la statue d’Héraklès de l’Insep, haut-lieu du sport français. Un seul travail les attendait ce jour-là et non pas douze : être les messagers-coursiers de la reconnaissance du monde du sport envers les soignants, en première ligne durant la crise du Covid. En présence de la ministre des sports Roxana Maracineanu, du président du CNOSF Denis Masseglia et de quelques sportifs - le parathlète et trésorier du Comité handisport 93 Aladji Ba, la pentathlète Elodie Clouvel, la sprinteuse du CA Montreuil Carolle Zahi - six groupes s’élançaient ainsi vers une trentaine de structures hospitalières de la région parisienne. Parmi eux, une « team 93 » constituée d’enseignants et de lycéens, était elle chargée de rallier différents hôpitaux de la Seine-Saint-Denis, tout au long d’un parcours de 22 km...

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Un tir au pistolet symbolique, une petite mise en jambes et le groupe, emmené par Marion, Julie et Philippe, soignants à l’hôpital Begin, arrivait déjà dans cette structure militaire de Vincennes qui, au plus fort de la crise, aura accueilli jusqu’à 32 lits de réanimation Covid. Dans la cour élégante, huit lycéens de Jean-Renoir à Bondy déployaient une banderole : « Marathon de la solidarité, merci aux soignants ». Étonnamment matures, ces élèves avaient déjà pris l’habitude d’allier sport et solidarité avant le Covid à travers leur collectif « Je cours Solid’R ». « Avec Frédéric Tisseau, notre prof de sport, on a monté ce groupe pour partager un moment de sport avec des personnes handicapées. Sur plusieurs courses à pied, on les a poussés dans des joëlettes, des sortes de triporteurs. Donc quand on nous a proposé de dire merci aux soignants en participant à cette course, on ne pouvait qu’accepter. Ils ont tellement donné pendant deux mois et demi », soufflait Sami, élève de première et qui songe d’ailleurs à devenir médecin.
« Pensez à bien boire, sous ce soleil de plomb. N’allez pas me surcharger les urgences maintenant », glisse un prof de sport aux élèves, et voilà le cortège reparti. Dans le XXe arrondissement, deux hôpitaux sont au programme : Tenon, qui a reçu fin février un des premiers patients Covid, et Robert-Debré, réputé pour sa pédiatrie, mais qui a aussi ouvert 16 places en réanimation adulte pour désengorger les autres hôpitaux durant la crise. A Debré, le discours est particulièrement militant : « On parle de monde d’après, mais notre inquiétude, c’est qu’on est déjà revenus à la situation d’avant », ponctuent Chantal et Evelyne, infirmières, Patricia, aide-soignante et Julie et Carine, auxiliaires puéricultrices. Avant de détailler : « on est rationnées au niveau des masques, des blouses, il est question de restructurer certains hôpitaux sans qu’on sache ce que ça recouvre... Et les promesses de revalorisations salariales sont très floues. On est touchées que des gens pensent à nous après la crise. Mais cette reconnaissance, il faut aussi la voir dans les manifestations, il faut que la population défende son hôpital public... »

Olympisme-soignants, valeurs communes

En contrebas, la petite troupe, qui alterne entre vélo et course à pied, se glisse sous le périphérique. « Seine-Saint-Denis, on est là ! » Le cri résonne sous la voûte de cette ceinture de béton que le Grand Paris cherche à gommer, mais qui est encore présente dans tant de têtes. Bruno Giel, président du Comité départemental olympique 93 et amoureux du sport pas que sur le papier guide ensuite le peloton jusqu’aux bureaux de sa structure. « Aujourd’hui, l’olympisme adresse ses remerciements aux soignants, deux mondes qui partagent les mêmes valeurs : respect, tolérance, excellence et solidarité. », commente-t-il sobrement avant que tout le monde ne mette le cap sur Avicenne.
En Seine-Saint-Denis, cet hôpital universitaire du groupe de l’AP-HP n’aura pas ménagé sa peine, au même titre que les autres structures d’ailleurs. « J’ai été impressionné par la mobilisation de nos équipes », insiste son directeur Alban Amselli, qui rejette l’explication de la forte surmortalité observée dans le département (près de 130 % entre le 1er mars et le 27 avril par rapport à 2019) par un sous-équipement en lits de réanimation. « Ici, chaque patient a eu une prise en charge immédiate parce que nous avons multiplié par plus de deux nos lits de réanimation. Et puis, des évacuations ont aussi été réalisées vers Paris ou le Grand Ouest, ce qui a toujours maintenu des lits disponibles ici. En revanche, cette surmortalité s’explique sans doute par d’autres inégalités : des facteurs socio-économiques – conditions de logements, nature des métiers - rendant plus difficiles le confinement, et des facteurs de risques plus importants en Seine-Saint-Denis dus au fait qu’une population majoritairement défavorisée a moins tendance à prioriser la santé. »

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Une dernière salve d’applaudissements, on range la banderole et tout le monde repart pour l’étape finale : Bobigny-Bondy. Ironie du sport, l’étape finale est aussi la plus longue. Heureusement, il y a le canal de l’Ourcq et sa petite brise pour redonner un coup de fouet aux mollets. Les paysages se font aussi plus familiers pour les lycéens de Bondy à mesure qu’on approche de Jean-Verdier. La fierté fait le reste : « Jamais j’avais couru 22 km de suite ! », s’étonne presque Aya, en 1ère.

Une activité post-Covid soutenue

L’hôpital universitaire Jean-Verdier AP-HP a beau être situé dans le tissu urbain dense de la Seine-Saint-Denis, l’accueil y est presque bucolique : la trentaine de semi-marathoniens y est reçue dans un carré de pelouse à l’ombre de saules qui ce jour-là ne pleurent pas. « On est ravis de cette initiative. La période a été difficile, donc toutes les marques de reconnaissance sont les bienvenues. Et puis, notre hôpital est très ancré dans la ville, pas mal de notre personnel soignant est d’ici donc recevoir ces lycéens de Bondy, ça a du sens pour nous », souligne Oriane Delivré, directrice de la structure. Au cours des deux mois d’épidémie, cet hôpital aura reçu environ 145 personnes atteintes de Covid. « C’étaient en majorité des personnes âgées dans la mesure où à la différence d’autres hôpitaux nous ne faisions pas de réanimation coronavirus. », explique Anne Bourgarit, cheffe du service de médecine interne. « Au cours de cette période, on a travaillé comme jamais. Forcément, cela a donné un certain choc des cultures, avec du personnel de pédiatrie qui s’est retrouvé face à des personnes en fin de vie, mais on a obtenu de très bons résultats. »
Une dernière longue salve d’applaudissements et les héros du jour s’en rentrent chez eux. Les autres, ceux en blouse blanche, retournent au turbin. Anne Bourgarit prévient : « On est certes plus en crise Covid, mais il y a tous les autres patients qui ne sont pas venus à l’hôpital par peur du coronavirus dont il faut s’occuper. Et ça fait du monde ! »

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Les lycéens de Bondy, eux, peuvent enfin tomber le masque, découvrant de larges sourires. « C’était un beau moment. On a pu rencontrer ces soignants qui ont tant fait pour les gens malades, leur dire merci, ce qui est la moindre des choses », ponctuent Selim, Faïk et Sami. « Et puis cette course, c’est aussi une manière de nous retrouver tous ensemble, comme le lycée n’a pas rouvert. C’est un peu symbolique, notre dernière course de l’année... », fait remarquer Soline. Et Bernard de conclure : « En plus, moi je suis né à Jean-Verdier, donc ça veut dire beaucoup pour moi ! »

Christophe Lehousse
Photos : ©Franck Rondot

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