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Documentaire Jeunesse

Ils ont gravi leur Everest

Vendredi 15 octobre, l’Espace Paul-Eluard de Stains a accueilli en avant-première « Petits Pas », un documentaire réalisé par Nadir Dendoune sur cinq jeunes de la Protection Judiciaire de la Jeunesse. Le journaliste de Seine-Saint-Denis, à l’origine du film L’Ascension, les a suivis dans une randonnée autour du Mont-Blanc. L’occasion pour eux de s’ouvrir à de nouveaux horizons et de reprendre confiance.

« Nous, si on repart, c’est pour l’Everest ou rien ! » Entre le moment du tournage du documentaire « Petits pas » et sa sortie, Djamel* a appris à viser haut. Peut-être est-ce aussi l’effet de la randonnée qu’il aura menée dans les Alpes avec 4 autres camarades. En juin 2019, 5 jeunes suivis par la Protection Judiciaire de la Jeunesse du Val d’Oise - des mineurs en danger ou ayant eu maille à partir avec la justice - sont partis randonner pendant 5 jours autour du Mont-Blanc. Une idée de leurs éducateurs de l’Unité Educative d’Accueil de Jour (UEAJ) de Courdimanche et de Nadir Dendoune. Ce journaliste originaire de l’Ile Saint-Denis, qui avait raconté son ascension de l’Everest en 2008, sans expérience préalable, dans « Un tocard sur le toit du monde », les a suivis dans leur équipée avec une caméra, pour montrer les bénéfices de cette expérience.
« On parle souvent des trains qui n’arrivent pas à l’heure. Là, on fait le contre-champ. Il faut aussi montrer les choses qui marchent », soulignait le réalisateur, lassé de l’image extrêmement négative qui colle à la peau des jeunes de la PJJ.
Car c’est ce que le documentaire ne tarde pas à établir : en dehors de situations de vie parfois difficiles, ces jeunes sont en fait comme les autres. Avec leurs rêves, leurs manques et leurs envies. Et peut-être, plus que d’autres, le besoin d’être aimés.
« Ces jeunes ont besoin de se sentir valorisés. C’est un sentiment qu’ils ne connaissent pas : on les renvoie toujours à leurs échecs. Et quand ils réussissent quelque chose, ils ne le savent pas. Or, quand ils se sentent considérés, on voit bien qu’on peut leur demander des choses », témoigne dans le documentaire Mehdi Benbraham, l’un des deux éducateurs à l’origine de ce projet.

"Gain de temps éducatif énorme"

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Pendant 5 jours et quatre nuits, Djamel, Thomas, Issa, Yacouba et Stéphane ont donc parcouru au total 90 km et gravi en moyenne 800 mètres de dénivelé. Ils se sont baignés dans des torrents glacés, ont marché sur des névés, et dormi en refuge. Pour tous, c’était la première fois à la montagne et pour certains, même la première fois qu’ils quittaient l’Ile-de-France. « J’en garde un très bon souvenir, même si c’était dur physiquement », résume Issa. « Ma tante m’a dit qu’elle regarderait le film », dit fièrement Thomas. « Pendant la marche, c’était dur à certains moments, mais on n’a pas arrêté. Eh ben c’est pareil dans la vie : même quand c’est dur, faut continuer », image Djamel.
Le documentaire est d’ailleurs une bonne métaphore de l’existence- et pas seulement de celle de ces jeunes. « Faites de petits pas », conseille ainsi Sébastien, le guide haut-savoyard à ses jeunes apprentis randonneurs au moment où ils s’embarquent sur une fine couche de neige. La formule est transposable à l’échelle d’une vie : pour avancer dans la difficulté, mieux vaut parfois privilégier la persévérance et la lenteur plutôt que le « tout tout de suite ». Avec des résultats palpables : après trois ans de suivi, Djamel est aujourd’hui animateur dans un centre de loisirs, Thomas travaille dans les espaces verts et Issa dans un pressing, Stéphane est en intérim. Seul Yacouba a dévié, incarcéré à plusieurs reprises.
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Le réalisateur Nadir Dendoune et les éducateurs Mehdi Benbraham et Zouaoui Adame de g. à d.

Un bilan qui prouve que si cette escapade n’a évidemment rien d’une baguette magique, elle est tout de même extrêmement bénéfique à ces jeunes. « Cette expérience, c’est un gain de temps éducatif énorme. On a sans doute gagné 6 mois à un an dans le travail avec eux  », jugeaient ainsi les éducateurs Mehdi Benbraham et Zouaoui Adame, qui ont depuis « ritualisé » la formule. Certes, le Covid est passé par là, mais cela ne les a pas empêchés de repartir en 2021, avec cette fois 4 jeunes. Relatant une expérience positive là où beaucoup de medias recherchent toujours le sensationnel, « Petits pas » devrait être diffusé dans plusieurs cinémas de France, ainsi que dans des écoles d’éducateurs.
Est-ce à dire qu’il faudrait décliner ce modèle partout ? « Pas forcément. Il n’y a pas de vérité pré-établie, pas de formule qui marche à tous les coups. Moi, je mise sur les séjours parce que j’ai été formé comme ça. Mais d’autres auront des projets différents et tout aussi innovants. L’important je pense, c’est qu’on fasse comprendre aux gamins qu’ils n’ont pas à se mettre de barrières, que la montagne, l’équitation ou le théâtre, c’est aussi pour eux », estimait Mehdi Benbraham. Pour 2022, l’équipe prépare déjà une sortie sur le GR20 en Corse avec 5 autres jeunes.

Christophe Lehousse
Photos : ©Franck Rondot

Prochaine projection de Petits Pas dimanche 14 novembre à 17h au cinéma Le Concorde de Mitry Mory.

*Les prénoms ont été changés

En Seine-Saint-Denis aussi, des initiatives positives de la PJJ

Un food-truck animé par des jeunes de la Protection Judiciaire de la Jeunesse. C’est ce qu’a mis en place en 2019 le service d’éducation et d’insertion de la PJJ 93. Une fois tous les mois en moyenne, ce camion bleu et noir baptisé « Le P’tit Truck en plus » se poste devant la préfecture de Bobigny ou face au Millénaire d’Aubervilliers pour y servir les clients sur la pause de midi. Entrée-plat-dessert à 8 euros. A son bord, des jeunes de la PJJ de Villemomble qui y trouvent là une occasion pour s’aguerrir à la préparation des plats mais aussi au relationnel avec les clients. « L’atout du food-truck, c’est qu’il attire les jeunes par son côté aventure. Il s’agit d’une cuisine ouverte donc la valorisation est instantanée. », explique Nicolas Mermet, professeur à l’origine de ce dispositif, le seul de ce type actuellement mis en place dans toutes les antennes de la PJJ de France. Et là encore, ça marche : cette année, un quart des jeunes passés par le food-truck ont entamé après cette expérience une formation.

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