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Fake news : quand des collégiens de Romainville apprennent à démêler le vrai du faux

Le 21 janvier, une classe de 4e du collège Gustave Courbet, à Romainville, s’est rendue à la Fondation EDF, à Paris, pour visiter une exposition consacrée aux fake news. Une sortie organisée dans le cadre d’Agora, le programme d’éducation aux médias et à la liberté d’expression que le Département a mis en place dans les collèges de Seine-Saint-Denis après le choc de l’assassinat de Samuel Paty. Reportage.

Comprendre et décrypter la mécanique d’une fausse information à travers le prisme de l’art : telle est en substance la thématique de l’exposition intitulée « Fake News : Art, Fiction, Mensonge », visible actuellement (jusqu’au 30 janvier) à la Fondation groupe EDF (Paris 7e) et à laquelle a eu la chance d’assister, vendredi 21 janvier, une classe de 4e du collège Gustave-Courbet de Romainville.
Ce groupe d’élèves, comme tous leurs camarades des 130 collèges publics de Seine-Saint-Denis, bénéficie depuis le début de l’année du dispositif Agora, un programme d’éducation aux médias et à la liberté d’expression lancé par le Département après l’émoi suscité par l’assassinat du professeur Samuel Paty survenu en octobre 2020. Dans le cadre de ce programme, le collège Gustave-Courbet accueille actuellement une résidence de la photojournaliste de l’AFP, Elena Fusco, portée par l’association Citoyenneté Jeunesse, et qui propose notamment des actions ponctuelles chaque vendredi. La classe de 4e option art a par exemple réalisé à ses côtés, lors du premier trimestre, un magazine photo sur le thème de « demain » (la 5G, la crise migratoire, la représentation de la femme dans notre société, l’urgence climatique, etc.). L’établissement scolaire se rend aussi ponctuellement sur différents événements en lien avec l’actualité médiatique, telle cette exposition présentée à la Fondation EDF. Celle-ci réunit les œuvres d’artistes français et internationaux – des peintures, des sculptures, des installations, des photos, des vidéos - qui alertent et interrogent sur la prolifération de fausses informations (via Twitter, Facebook, Instagram et tant d’autres réseaux sociaux) dans notre monde hyper-connecté tout en bousculant notre esprit critique. Les mécanismes de création et de diffusion d’une fake news y sont analysés sous toutes les coutures afin de permettre au visiteur d’acquérir des méthodes et des astuces qui l’aideront par la suite à enrayer leur diffusion et à échapper aux manipulations en tout genre.

Une désinformation devient aussi virale que le coronavirus

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« Fake news ». Mais aussi « infobésité », « infodémie » ou encore « Deep fake » La plupart des élèves de cette classe de 4e du collège Gustave-Courbet n’avaient jamais entendu parler de toutes ces expressions et néologismes avant de visiter cette exposition. C’est donc bien souvent avec des yeux ronds qu’ils regardent Guillaume, leur guide d’un jour, quand celui-ci se lance dans des explications, toujours limpides et accessibles, à propos de telle ou telle œuvre. Sur un panneau, les messages, tour à tour encourageants ou anxiogènes, défilent : « Des hélicoptères vont répandre des produits chimiques dans les rues pour éradiquer le nouveau coronavirus. » « Retenir sa respiration pendant dix secondes est un bon test pour savoir si vous avez la Covid-19. » Plus bas, une infographie nous indique qu’il aura fallu une semaine, pas plus, pour que les fake news précitées essaiment sur les cinq continents. « Les fausses informations existent depuis la nuit des temps, rappelle le guide. On les retrouve dans la cour de récréation, chez le boucher, le coiffeur… La grande différence, aujourd’hui, est que le monde entier, ou presque, a accès à Internet. » Résultat : la désinformation devient aussi virale que le coronavirus. On s’arrête ensuite devant l’œuvre de Tsila Hassine et Carmel Barnea Brezner Jonas, deux artistes israéliens. Soit une petite boîte contenant un ordinateur miniaturisé, un routeur wifi et une mini-imprimante thermique. En sort un rouleau de papier sur lequel est imprimé, en temps réel, la référence de tout nouvel article ou message posté sur Internet, et qui contient l’expression « fake truth » (fausse vérité). Les élèves sont intrigués, tournent autour de l’installation, essaient de comprendre ce qui se trame ici, sous leurs yeux. « Les artistes ont voulu démontrer à quel point les flux de désinformation sont aujourd’hui importants et, donc, difficiles à endiguer », nous dit Guillaume. Et de souligner : « Nous sommes ici sur un bel exemple d’infobésité. Cette surcharge d’informations, fausses qui plus est, nous intoxique ». Et devient de fait un obstacle à la recherche d’informations, authentiques celles-ci.

« Il est facile de se faire piéger sur Internet »

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Autre installation qui suscite la curiosité des élèves : Arab Spring #2 (Printemps Arabe #2) de Karl Haendel. Sur le mur, une grande photo en noir et blanc qui nous montre des enfants en train de manifester, poing levé et regard rempli de colère, quelque part dans le monde. Mais en s’approchant de l’œuvre, on s’aperçoit que l’artiste américain a, dans un style hyper réaliste et ultra minutieux, reproduit au crayon de plomb une photo dénichée dans la presse figurant un mouvement de contestation du Printemps arabe. En choisissant d’effacer certaines parties du tableau, Karl Haendel nous questionne sur les fonctions de la photographie, souvent considérée comme un témoignage fidèle des événements passés mais qui peut aussi servir à manipuler le réel, jusqu’à le faire disparaître. « Les élèves s’informent essentiellement par l’image aujourd’hui, ils constituent des cibles privilégiées pour les fake news, analyse Coraline Serre, professeur documentaliste et pilote du dispositif Agora au collège Gustave-Courbet. A ce titre, cette exposition nous a semblé incontournable et s’inscrit parfaitement dans le programme. Si elle n’est pas toujours facile à interpréter, une installation artistique permet souvent de s’interroger, de prendre du recul sur les événements grâce à l’audace de leurs auteurs. »

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Parmi les élèves, les avis sur l’expo sont partagés. Entre ceux qui avouent n’avoir pas tout compris et les autres, enchantés. « C’était très instructif, fait savoir Gamze. Je me connecte fréquemment sur des réseaux comme Snapchat, WhatsApp ou YouTube mais en fait je ne sais rien de ces sites. J’ai appris beaucoup de choses, notamment à toujours rester vigilant sur les contenus qu’on me propose. De toute façon, je ne m’abonne qu’aux comptes de personnes que je connais. » Même son de cloche pour sa camarade Asmaa. La jeune fille avait, avant l’expo, vaguement entendu parler du terme « fake news » mais était incapable de lui donner une définition. « Je vais sur Instagram et sur quelques autres plateformes mais ma famille m’a toujours mise en garde contre les dangers d’Internet. Chez moi, c’est un sujet dont on parle car il est très facile de se faire piéger. J’ai des exemples autour de moi de copines à qui c’est arrivé. Cela se termine parfois sur du chantage et des tentatives d’extorsion. A notre âge, on a besoin d’être sensibilisé. »

Grégoire Remund
Photos : ©Franck Rondot

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