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Agora Education aux médias Villetaneuse

Le monde de demain radiographié par des collégiens

Grande première pour les 4e du collège Jean-Vilar à Villetaneuse : fin janvier, ils ont effectué leur premier reportage radio à la résidence d’artistes du 6B à Saint-Denis. Leur sujet : comment s’invente le monde de demain ? Un exemple du dispositif d’éducation aux médias Agora, lancé en 2021 par le Département pour aiguiser l’esprit critique des élèves et diminuer la fracture entre jeunes et médias.

« Franchement, je pensais qu’être journaliste, c’était plus facile. Je croyais qu’on mettait juste un micro devant la personne. Mais non : on doit moduler le son, bien écouter, se mettre à l’opposé des bruits parasites. Mais c’est pas mal, ça me plaît... » Oumou sort d’une interview avec la plasticienne Cornélia Eichhorn. Dans son atelier, la jeune collégienne de Jean-Vilar l’a interrogée sur le sens qu’elle donnait à son métier d’artiste peintre, comment elle avait rejoint le 6B à Saint-Denis et comment elle s’imaginait le monde de demain.
« Le monde de demain », cette chanson des Dionysiens NTM aura aussi inspiré à cette classe de 4e de Villetaneuse le titre de leur podcast, réalisé dans le cadre d’Agora, dispositif d’éducation aux médias lancé en 2021 par le Département. « C’est un thème fertile dans la mesure où il permet aux élèves de se rendre compte que ce monde de demain s’invente dès maintenant, et bien souvent bien plus près d’eux qu’ils ne l’imaginent. Comme au 6B, qu’on leur a suggéré comme premier lieu de reportage parce qu’il réunissait plusieurs métiers qui ont intégré cette dimension de développement durable : artistes, architectes, jardiniers... », détaille Laure Watrin.

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Par ailleurs à la tête de l’association d’éducation populaire Transonore, cette journaliste indépendante n’a pas hésité au moment de se lancer dans une année entière de résidence à Jean-Vilar, portée par le partenaire Citoyenneté Jeunesse. « C’est à la fois un bon moyen pour leur faire comprendre très concrètement les grands principes du journalisme – la hiérarchisation de l’information, le respect de la parole – et pour leur faire découvrir des métiers auxquels ils n’auraient peut-être pas pensé. »

Caverne d’Ali Baba

Créateur de vélos par exemple, comme Yann Bernard. Dans son atelier situé au rez-de-chaussée du 6B qui tient de la caverne d’Ali Baba, ce mordu de la petite Reine donne vie à d’étranges créatures roulantes qui possèdent un point commun : toutes sont issues de matériaux de récup et toutes fonctionnent à la force du jarret. « L’électrique pour moi c’est une aberration », grogne-t-il en lissant sa barbe broussailleuse. Timidement, Maria et Mehdi s’avancent pour interviewer ce Rodin de la bicyclette. « Comment imaginez-vous le monde de demain ? », souffle Maria. « Comme une grande décharge qui aurait au moins ça de positif que les gens arrêteraient d’acheter encore et encore, pour se resservir de ce qui existe déjà. C’est ma démarche : tous les vélos que je fabrique sont entièrement recyclés », lui répond celui qui a ouvert son atelier de réparation en novembre dernier.

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Un peu plus tard, c’est Sana qui se retrouve face à Alexandre Huguet, l’un des trois membres fondateurs d’Engrainage. En 3 ans, cette association, qui s’est mis en tête de mixer culture et agriculture, a réussi à transformer un ancien parking jouxtant le 6B en potager et à organiser plusieurs concerts. « J’ose espérer que dans le monde de demain, il y aura plus de nature en ville. Parce que d’une part c’est apaisant et que d’autre part, c’est une bonne solution pour régler plein de problèmes qu’on rencontre actuellement, comme la pollution, du fait de fruits qui viennent de trop loin. Et puis, cultiver ensemble et se cultiver, c’est aussi forcément favoriser la solidarité », estime ce Dionysien qui avec ses acolytes Hugo Coon et Ilan Kalaora a fait sienne la maxime de Candide : « il faut cultiver notre jardin ».

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« J’aime vraiment ce projet, poser des questions aux gens, découvrir de nouveaux métiers », s’enthousiasme Sana, élève qui était déjà venue au 6B pour y découvrir une expo sur les Lego. « Cette résidence est ultra-positive parce qu’elle apporte aux élèves une ouverture sur un monde pas si loin de chez eux, mais qu’ils ne connaissent pas. Et le thème les oblige à se projeter, à réfléchir à leur avenir », poursuit Aude Planell, professeure de français, pendant que ses élèves reviennent petit à petit avec leur butin dans leur enregistreur. Entre excitation et soulagement, les adolescents échangent leurs impressions : qu’est-ce que le bâtiment est grand ! Six étages, ça fait mal aux pattes… Côme, le régisseur du 6B, interviewé lui aussi, est « trop sympa ».

Le bruit des trains

« Quelqu’un a pensé à enregistrer le bruit des trains qui passent juste à côté ? Un reportage, ce n’est pas que de l’interview... », rappelle Laure Watrin. Mehdi hoche la tête, l’air malicieux : « déjà fait M’dame ! » Avec les reportages qui vont se rajouter – sont évoquées une petite visite au Dealer de Livres, bouquiniste installé près de la gare RER à Saint-Denis ou aux confitures ReBelle, fabriquées à partir d’invendus à Aubervilliers – le podcast sera au poil. De quoi rendre fiers nos apprentis reporters quand ils présenteront le fruit de leur travail, en mai prochain, à la Bibliothèque nationale de France. Pour la restitution de leur résidence, nos as de la radio ont en effet rendez-vous en mai avec d’autres collégiens du Département, engagés eux aussi dans une production journalistique : Lucie-Aubrac, toujours à Villetaneuse, travaille sur de petits portraits du quotidien, Elsa-Triolet à Saint-Denis, ville du Stade de France et du futur village des athlètes, se passionne pour les JO de 2024, tandis que Gustave-Courbet à Romainville teste le choc des photos avec une photographe de l’AFP.
« Avec ce projet, on espère semer de petites graines auprès des élèves qui sont à la fois reporters en herbe et citoyens : le but du jeu est leur donner des perspectives d’orientation professionnelle et d’ouvrir le champ des possibles », conclut Laura Watrin dans une belle métaphore germinale que ne renierait pas Engrainage.

Christophe Lehousse
Photos : ©Franck Rondot

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