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Street-Art Aubervilliers

A Aubervilliers, le street art met le nez à la fenêtre

Après une première édition couronnée de succès à Saint-Denis, le parcours de street art « Fenêtre sur Rue » revient, cette fois-ci à Aubervilliers. Dans les fenêtres murées du quartier du Marcreux, 22 artistes ont dessiné les portraits de quelque 70 habitants, créant ainsi un hommage aux gens du lieu. Les balades, gratuites, peuvent se faire en autonomie, au moyen d’un livret pédagogique. Reportage et vidéo.

« Me voir comme ça, ma fille et moi, ça me rend fière. C’est la première fois qu’on me peint. » Regard doux et lumineux, voilà Beye, habitante d’Aubervilliers, et sa fille Khoudia, immortalisées par la street artist Sema Lao sur le rideau de fer d’un commerce de la rue du Moutier. Cette habitante du quartier du Marcreux fait partie des quelque 70 personnes dont les visages ornent désormais les nombreuses fenêtres murées de cet espace coincé entre l’hôtel de ville et le canal de Saint-Denis, en pleine transition urbaine.
Donner de la vie à ce quartier à l’habitat parfois dégradé, tout en rendant hommage à ses habitants, c’était l’objectif de l’association L’Ecluse, à l’initiative de ce parcours d’art urbain « Fenêtre sur Rue », soutenu par la ville d’Aubervilliers et l’Office de Tourisme de Plaine Commune. « Comme il y a de nombreuses fenêtres murées dans ce quartier en pleine rénovation urbaine, on a pensé à exploiter ces espaces. Et puis, c’est aussi une manière de mettre en lumière les habitants, car mettre les gens à la fenêtre, c’est adopter leur regard, écouter leur parole. », explique Malo Garnier, co-fondateur de L’Ecluse qui était déjà à l’origine d’une première édition de « Fenêtre sur Rue » dans le centre-ville de Saint-Denis.

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Portraits d’habitants du Marcreux par l’artiste Rouge

Pour réaliser ce parcours, cette association, qui promeut l’art urbain comme un moyen d’expression mais aussi comme un moyen d’animer l’espace public, a donc fait appel à une vingtaine d’artistes, qui ont choisi de mettre en avant tel ou tel habitant, selon leur histoire ou leur sensibilité. Ici, au hasard des rues animées de ce quartier populaire, on découvre donc les beaux visages pastel de Laura et Elbasan, par l’artiste Rouge, qui se fondent parfaitement dans le décor d’une boulangerie-confiserie. Là, on tombe sur 4 autres portraits, dont les hauts du visage sont mystérieusement cachés par des formes géométriques. « J’obture toujours le regard pour faire ressortir le côté anonymat dans la ville. Car dans mon travail, je questionne la place de l’homme dans l’espace urbain contemporain : est-ce que cette architecture, qui veut loger un maximum de gens, les intègre vraiment, est-ce qu’elle ne provoque pas une perte d’identité ? », explicite Skio, artiste de Saint-Ouen, présent lors de la balade, en ce jour de vernissage.

Lien intime des habitants au quartier

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Au pied de son dessin, deux des habitantes qu’il a représentées et qui effectuent ce jour-là la visite, en chair et en os. « Je trouve que c’est un bel hommage aux habitants. Certains sont là depuis des décennies, ils ont beaucoup d’histoires à raconter », estime Odile, elle-même présente à Aubervilliers depuis 1999. « Ce parcours est super. Il met en valeur les habitants, les artistes, mais aussi les bâtiments sur lesquels sont installées les œuvres. Et puis, grâce à lui, j’ai rencontré des gens que je ne connaissais pas, ça crée du lien », s’enthousiasme pour sa part Sandy, à Aubervilliers depuis 4 ans et membre active de La Pépinière, une association qui se bat pour l’environnement et contre la malbouffe.
L’avantage est aussi que cette balade urbaine peut se faire seul, grâce au livret édité spécialement par L’Ecluse et l’Office de Tourisme de Plaine Commune. « Il a été pensé pour aller un peu plus loin dans le lien intime des habitants avec le quartier. Dans leurs témoignages, beaucoup nous parlent de l’esprit village du Marcreux mais aussi de leurs différents problèmes : insalubrité, mal-logement comme ces migrants qui n’ont nulle part où aller. Plus l’enjeu de mémoire : ces 50 dernières années, ce quartier, d’abord maraîcher, puis industriel, a pris de plein fouet la fermeture de certaines usines... », complète Malo Garnier. Des aspects qu’évoquent par exemple la fresque des Invisibles Invincibles, de Kazy Uscley, sur la vulnérabilité des migrants, ou « L’Imprimeur clandestin », hommage à la tradition de résistance d’Aubervilliers pendant la guerre, pour le côté mémoire.
Engagé et intelligent, le parcours « Fenêtre sur Rue » vous fait donc lever le nez et toucher du doigt une chose essentielle : la rue est un des premiers espaces de débat et d’expression, un musée à ciel ouvert en quelque sorte.

Christophe Lehousse

N.B : Le livret pour suivre le parcours artistique peut s’obtenir en mairie d’Aubervilliers ou dans les points Info Tourisme de l’Office du Tourisme de Plaine Commune
(Basilique Saint-Denis ; 1 rue de la République à Saint-Denis
Stade de France - 19 rue Jules Rimet à Saint-Denis
Puces de Saint-Ouen, 124 rue des Rosiers à Saint-Ouen-sur-Seine)
On peut aussi le télécharger depuis le site internet de l’Ecluse et de l’Office de tourisme
www.tourisme-plainecommune-paris.com
www.lecluse.art
La balade dure environ une heure.

Un espace dédié à l’art urbain en gestation à Aubervilliers

« Chez Régine ». Non, le haut lieu des nuits parisiennes ne va pas déménager à Aubervilliers. Ce sera plutôt le nom d’un nouvel espace dédié à l’art urbain, en référence à la rue – Régine-Gosset - où il devrait éclore d’ici quelques mois. Lancé par l’association L’Ecluse, ce « tiers-lieu » devrait abriter à la fois des ateliers d’artistes, un espace pédagogique et surtout un lieu d’exposition. « C’est une chose qui manque pour l’instant en Seine-Saint-Denis. Beaucoup de street artistes ont leurs ateliers dans ce département, mais très peu ont en fait un espace un peu dégagé des lois du marché où exposer librement. C’est ce manque qu’on veut combler », expose Malo Garnier, co-fondateur de L’Ecluse. Les anciens entrepôts qui devraient héberger « Chez Régine » font partie du programme de rénovation urbaine du Marcreux qui s’étalera sur 5 ans. Suffisant pour organiser plein de superbes expos, donnant à voir tout le talent graff du 93.

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