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Les Engraineurs confient 20 ans de bobines aux Archives départementales

L’association de création audiovisuelle, qui initie au scénario et à la vidéo les habitants du quartier des Courtillières de Pantin depuis 1998, a décidé de déposer l’ensemble de sa production aux Archives départementales de Bobigny.

Boris Seguin se passe la main sur son crâne à la Yul Brenner. « Si on m’avait dit que les Engraineurs auraient une telle longévité, je n’y aurais pas forcément cru ». Ce co-fondateur de l’association audiovisuelle de Pantin était présent le 7 juin aux Archives départementales, pour fêter le dépôt de l’ensemble des vidéos réalisées par l’association depuis sa création.
L’occasion de revoir de vieilles connaissances et de célébrer presque 20 ans d’une aventure cinématographique et pédagogique intense.
En une double décennie, les Engraineurs – terme qui, en langage « jeunes » signifie inciter quelqu’un à faire quelque chose - ont en effet fait éclore de bien belles pousses. Cette association, qui se proposait dès le départ de laisser libre cours à la créativité des habitants en les formant à l’écriture et à la réalisation audiovisuelle, est en effet devenue une véritable institution au sein du quartier des Courtillières.
Dans les 450 cassettes vidéos, cassettes DV et le disque d’un teraoctet transmis par l’association aux Archives départementales dorment ainsi quelques trésors. « Miskine », le tout premier court-métrage réalisé par des élèves du collège Jean-Jaurès, acte fondateur qui allait donner naissance à l’association. « Tout à refaire », un film sur le déracinement et l’humiliation que représente l’expulsion d’un sans-papiers. Ou encore « Sale réput’ », une fiction parodique sur les mass media réalisé en réponse à un reportage particulièrement malhonnête de France 2 sur les banlieues. Le tout documente non seulement l’évolution du quartier des Courtillières, passé par de nombreuses rénovations urbaines, mais compose surtout un beau patchwork des rêves et préoccupations de plusieurs générations d’habitants.

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@Tout à refaire

Discrète mais puissante, la graine des Engraineurs aura été semée au collège Jean-Jaurès de Pantin. « Tout est parti d’ateliers d’écriture que j’organisais, se souvient Boris Seguin, professeur de français dans cet établissement de 1991 à 2013. La forme scolaire ne marchait pas avec certains élèves, donc j’avais décidé de contourner la difficulté en leur proposant d’écrire des poèmes sur le thème « décrivez la banlieue ». Ces poèmes ont par la suite été mis en image par un collègue et on a eu la chance de passer sur Canal +. Du coup, l’année d’après, on a remis ça avec des ateliers le mercredi après-midi sur la base du volontariat où venaient des élèves, et à ma surprise aussi des élèves durs, en décrochage scolaire »
Dès le départ, les Engraineurs entendent donc ouvrir un espace de parole, bien plus que former à un métier ou faire miroiter d’improbables rêves de carrière. Et si quelques beaux noms sont passés par là – à l’image de l’auteure Faïza Guène ou de l’acteur Mourad Boudaoud - la mission est tout autre. « Ce que j’appréciais dans les Engraineurs, c’était l’ouverture que ça nous donnait, se souvient Sonia Chikh, ancienne adhérente de l’association devenue depuis 2014 sa présidente. Ça nous sortait de nos seules références de quartier, ça nous faisait voir autre chose. Le cinéma, la plupart d’entre nous ne songeaient pas à en faire un métier, juste une passion. »

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@Minute de silence

Au gré des envies de ses adhérents et aussi de leurs besoins, l’association explore différents genres, différents thèmes. En 2002, il y aura notamment l’aventure 93TV, menée de concert avec le Githec, le Groupe d’intervention théâtrale et cinématographique, une association sœur, basée juste en face de la maison de quartier où les Engraineurs ont entre temps pris racine. « L’idée, c’était un peu de se réapproprier la parole sur les thématiques de la banlieue, notamment par rapport à certains reportages assez scandaleux qui avaient été tournés sur les Courtillières pendant un temps », pointe Guy Benisty, metteur en scène et directeur du Githec.
Durant 6 mois, les habitants intéressés, travaillant en binômes avec des professionnels de l’image, se muent ainsi en reporters et enquêtent sur des thématiques qu’ils jugent délaissées par les médias traditionnels. Le documentaire « Mémoires du 17 octobre 1961 », sur l’assassinat longtemps tu de manifestants pro-FLN à Paris, et un reportage sur 27 femmes de ménage en grève font par exemple partie de cette saga journalistique.
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@Sale Réput’

Aujourd’hui, les Engraineurs, forts de leur 80 adhérents, continuent leur petit bonhomme de chemin. Là encore, en variant formes et formats. En novembre 2015, le long-métrage « Merci les Jeunes », signé par Jérôme Polidor, l’un des encadrants historiques de la structure, a ainsi fait appel aux talents de nombreux membres de l’association. Et tout récemment, le premier film d’animation a même vu le jour, réalisé par des enfants de 7 ans.
« On va vers un public qui se rajeunit, donc les envies de sujets ne sont pas non plus les mêmes, constate entre autres nouveautés Nadège Ammouche, ancienne adhérente de l’association avant d’en devenir salariée. Ce rajeunissement, c’est aussi lié au fait que jusqu’à 11 ans, on ne peut pas s’inscrire au service jeunesse. Or ces enfants-là ont souvent déjà l’envie d’entreprendre quelque chose. Il n’y a pas d’âge pour commencer, en réalité »

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@Les aventures d’une goutte

Ce qui frappe dans la belle histoire des Engraineurs, c’est sa science pour se renouveler et résister au temps. L’association ne compte ainsi plus les cas de figure où elle a accueilli les petits frères et petites sœurs des premiers adhérents. C’est aussi le cas d’Idriss Ouederni, jeune homme de 20 ans ayant grandi aux Courtillières et réalisateur de clips de rap. « Au départ, je n’étais pas plus intéressé que cela, j’ai simplement suivi ma grande sœur qui avait eu un rôle dans un court métrage, témoigne-t-il. Et puis, moi et mes potes on s’est engrainés. Techniquement notamment, j’ai appris beaucoup de choses grâce à l’association. Sans eux, c’est clair, je n’en serai pas là » Merci les jeunes et les Engraineurs !

Christophe Lehousse
Photos @Les Engraineurs

Comptant quelque 70 000 documents audiovisuels, les Archives départementales s’enrichissent donc du fonds vidéo des Engraineurs. A terme, une fois traitée la question des droits d’auteur, elles envisagent de mettre en ligne sur leur site une partie des œuvres produites par les habitants du quartier des Courtillières.
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