Street Art Avenue, saison 2
Le second tronçon de la Street Art Avenue est à découvrir ! Cette galerie de graffs à l’air libre, le long du canal Saint-Denis, débutée en juillet 2016 à l’occasion de l’Euro de football, peut notamment être admirée dans le cadre de visites commentées. REPORTAGE.
« Qui connaît la différence entre un tag et un graff ? » D’entrée de jeu, Pauline, le sourire aux lèvres, dégaine l’interro surprise. Ce samedi 8 juillet, cette spécialiste de la culture hip-hop guide le visiteur dans la Street Art Avenue, le long du Canal Saint-Denis.
La Street Art Avenue, kezako ? Lancée en juillet 2016 par la communauté d’agglomération Plaine Commune et soutenue par le Département, cette initiative entend redonner un peu de couleur à la portion de canal située entre la Villette et le Stade de France. Et rappeler au passage à quel point la Seine-Saint-Denis constitue un réservoir bouillonnant pour les arts urbains. Après avoir déjà accueilli à son lancement une quinzaine d’oeuvres, parmi lesquelles celles de Marko93, Unavida familia ou Onoff, le parcours s’est enrichi cette année de quatre nouvelles signatures.

Au cours d’un itinéraire entre couleur et béton brut, les novices font donc connaissance avec les fondamentaux du graff quand les plus aguerris peuvent glaner ici ou là quelques compléments d’information, voire tomber sur les artistes en plein processus de création.
C’est le cas de Zdey, qu’on surprend ce samedi, perché sur une nacelle contre un pilier de l’A86, le rouleau à la main. Ce jeune street-artiste de 28 ans, est aux prises avec son œuvre de 700m2, une fresque multicolore jouant avec la perspective, dominée par un mystérieux personnage de cartoon, en haut de forme. « C’est mon alter ego en street art, une sorte de Zorro, explique ce jeune homme originaire des Yvelines, tombé dans le pot de peinture à l’âge de 14 ans. Il est né quand je vivais à Bombay, où je travaillais dans la finance le jour et où je graffais la nuit » Zdey, biberonné aux magazines de graff des années 90-2000, n’est pas peu fier d’avoir maintenant une œuvre en Seine-Saint-Denis, « un vivier historique du street art, où ce mode d’expression a fleuri en même temps que les flows du groupe de rap NTM ».

Un peu plus près du canal, toujours sur les piliers de l’A86, on aperçoit les deux fresques de Dizzy et Fimo. Leurs formes géométriques, psychédéliques et enchevêtrées, reprennent exactement les mêmes couleurs que le jaguar de l’artiste colombienne Alexandra Arengo qu’elles jouxtent : bleu, jaune, vert et blanc. Là encore, pas besoin de chercher bien loin pour trouver les auteurs : les deux compères aiment faire de temps à autre un tour devant leur œuvre et se pincer pour être sûrs qu’ils ne rêvent pas.

« Cette Street Art Avenue, c’est une super idée. Je peux vous dire que des projets de cette ampleur, où autant de pièces différentes se côtoient, il n’y en a pas beaucoup en France », témoigne Fimo. Ce Rennais, venu au graff par « ego trip » avant d’évoluer, a croisé la route de Dizzy à l’école Pivaut de Nantes, spécialisée dans les arts appliqués. « Depuis, on fait équipe parce qu’on se complète bien. Dizzy, son truc, c’est la couleur, moi j’aime bien les délires géométriques. Là, on avait reçu comme consigne de reprendre les mêmes tons que l’oeuvre de l’artiste juste à côté de nous. C’était un défi intéressant », raconte le plus volubile du groupe. Et les deux de donner aussi quelques détails techniques sur leur œuvre : « les lignes, on les a faites avec des scotches de masquage. Et sur l’une des deux fresques, on a même travaillé au cordeau de maçon pour être plus efficaces ». C’est aussi ça le graff : la culture de la débrouille.
Les deux derniers ajouts du cru 2017 se trouvent aux deux extrémités du parcours : les baleines et orques des Soeurs Chevalme, deux artistes du 6B, ambiance Moby Dick, ornent les murs de l’entreprise Truffaut à Saint-Denis. Et les portraits du pochoiriste Guate Mao, made in Saint-Denis, vous attendent sous le périphérique parisien. Une balade qui a comblé Ibtissame, habitante de Fresnes et passionnée de graff. Ses coups de coeur à elle s’appellent Dizzy et Fimo, ainsi que Marko93 et sa fresque montrant des félins sur un fond bleu électrique.
« Ce qui me plaît dans le graff, c’est d’une part qu’il rend l’univers urbain moins terne et d’autre part que grâce à lui, des gens se réapproprient la ville de manière positive. Ici en Seine-Saint-Denis, certains territoires ont parfois subi l’urbanisation ou l’industrialisation à marche forcée, et pour moi, laisser sa patte sur le mobilier urbain, c’est reprendre possession de la ville », estime cette formatrice en écriture du bien-être.

Et pour ceux qui voudraient mettre la main à la pâte, c’est également possible. Ce samedi, entre deux arbres du parc Eli Lotar d’Aubervilliers, le graffeur Dixiz a par exemple tendu une bâche en cellophane. Sa proposition : aider qui le souhaite à remplir au pochoir les lettrages de l’inscription « Street Art Avenue ». « Le graff, c’est une question de pratique. Pour être bon, il faut en bouffer, témoigne ce jeune artiste, originaire du XXe arrondissement. Honnête, il confesse avoir fait ses premières armes dans le graff illégal. Mais dit toute son admiration pour ce projet parfaitement dans les clous. « Au-delà de rendre la ville plus belle, c’est un vrai travail artistique », souligne-t-il. Au passage, c’est aussi lui qui nous souffle la réponse à l’interro surprise de Pauline : « Un tag, c’est la signature de l’artiste, souvent apposée à l’arrache. Un graff, c’est une œuvre plus léchée donc la plupart du temps légale ». Dixit Dixiz.
Christophe Lehousse
photos : Franck Rondot
Dans le cadre de l’opération « Au fil du Canal », des mini-croisières sont aussi organisées les vendredis, samedis et dimanches du 30 juin au 23 juillet.
Enfin, le graffeur Brokovich vous initiera aussi certains jours aux techniques basiques du graff. Plus de renseignements sur http://www.tourisme-plainecommune-paris.com
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