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SOS homophobie, un travail au long cours

L’association SOS homophobie lutte contre les LGBTphobies dès le collège. Elle est à la recherche de bénévoles. Interview de Sylvie Gras, sa responsable Ile-de-France.

Insultes, moqueries, mises à l’écart, humiliations, harcèlement..., l’association nationale SOS homophobie dénonce les discriminations en milieu scolaire dans son rapport annuel 2018. Elle est intervenue pendant l’année scolaire dans 14 collèges et 3 lycées de Seine-Saint-Denis*. « Il y a des établissements où on intervient depuis 10 ans chaque année, rappelle Sylvie Gras, sa responsable Ile-de-France. Au bout d’un moment, on pourrait se dire qu’il n’y en a plus besoin... Mais si. Nos interventions doivent s’ancrer dans le temps. C’est une évidence. On ne va pas lutter contre les discriminations homophobes sur un one-shot. D’autant que sur les questions de harcèlement, le ministère de l’Éducation nationale estime qu’il faut 15 ans pour obtenir des résultats. »
Lors de ses interventions en milieu scolaire, cette association de terrain préfère l’échange entre élèves aux cours magistraux : « Le fait de débattre entre eux, qu’ils soient acteurs, est absolument essentiel. En échangeant entre eux, ils ont une réflexion sur eux-mêmes qui va davantage les marquer. Ils vont plus facilement en parler dans la cour d’école et se le transmettre entre niveaux de classe différents. Lorsqu’on leur demande de faire eux-mêmes, c’est un moteur ».
L’association qui propose une ligne d’écoute (01 48 06 42 41) et un chat-écoute pour signaler un événement LGBTphobe a aussi créé un site internet à l’intention des ados (www.cestcommeca.net).

* A Bobigny, Noisy-le-Grand, Tremblay-en-France, Saint-Denis, Noisy-le-Sec, Sevran, Clichy-sous-Bois, Montreuil, Gagny, Romainville et le Pré-Saint- Gervais.

Interview de Sylvie Gras, responsable Ile-de-France de SOS Homophobie :

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A partir de quel âge intervenez-vous dans les établissements scolaires de Seine-Saint-Denis ?

Nous avons un agrément Éducation nationale qui nous permet d’intervenir à partir du collège auprès des classes de 4e, et ensuite au lycée, qu’il soit généraliste, professionnel ou technique. Évidemment, nous, on souhaiterait intervenir dès le plus jeune âge. Et notamment auprès des écoles primaires. C’est plus délicat. Il y a tellement d’idées reçues de la part de certaines personnes qui imaginent des choses très négatives comme du prosélytisme, de la promotion de l’homosexualité, alors que ce n’est pas du tout ça. Nous, on intervient sur les discriminations, au même titre que le racisme, l’handiphobie, le sexisme. Si on intervenait au niveau de la maternelle, ce serait pour parler de la diversité familiale. Nous avons créé à SOS homophobie un jeu des 7 familles qu’on a testé sur des jeunes. Cet outil permet d’aborder plein de questions sur la diversité des familles, divorcées, recomposées. On est dans une réalité qui n’est pas une approche binaire (un papa, une maman et des enfants). Ce jeu parle des histoires familiales en prenant en compte les ruptures, la monoparentalité.

Etes-vous sollicitée pour intervenir dans des entreprises de Seine-Saint-Denis, dans des institutions ?

Quand on fait des interventions en milieu scolaire, on essaie de former le personnel de l’établissement en amont. Nous avons participé à une table ronde au Département de la Seine-Saint-Denis le 17 mai 2018, le jour de la lutte contre l’homophobie et la transphobie. Notre intervention auprès du personnel du Conseil départemental du 93 portait sur les LGBT-phobies au travail. En marge de ces tables rondes, conférences, on rencontre des personnes qui nous parlent de leur vécu, de leur cas particulier. C’est important d’échanger aussi en direct avec des personnes qui sont un peu perdues, qui n’osent pas forcément appeler notre service d’écoute ou qui ne nous connaissaient pas avant. Au-delà de la présentation publique, on a aussi des sensibilisations, ou des aides individuelles qu’on peut apporter à des personnes.

De quand datent vos dernières interventions en Seine-Saint-Denis ?

Dernièrement, nous sommes allés à l’IUT de Saint-Denis, à la Maison d’arrêt de Villepinte section Respect, et auprès d’Unis-cités. J’aimerais bien en tant que déléguée Ile-de-France avoir des antennes spécifiques en dehors de Paris, de façon à développer la prévention au plus près des citoyens. La proximité est absolument fondamentale. Et on a besoin de nouveaux bénévoles investis pour développer ces activités, notamment dans le 93. On a partagé en fin d’année dernière un stand avec Aides à Saint-Denis. Depuis, on est dans la boucle avec l’association Saint-Denis Ville au cœur qui veut mettre en place une marche des fiertés le 9 juin à Saint-Denis.

La première Gay-pride en Seine-Saint-Denis ? Vous y serez ?

Oui, bien sûr si elle a bien lieu, on sera là. C’est quelque chose de très bien. On est dans le groupe de travail de l’organisation. On est en soutien. Il devrait y avoir aussi des stands.

Aujourd’hui, est-ce qu’on peut dire qu’il y a des villes plus homophobes que d’autres, des territoires plus homophobes que d’autres ? Ou à l’inverse, plus friendly que d’autres ?

Au niveau de la population c’est clairement réparti. On le voit bien quand on fait des enquêtes concernant les LGBTphobies au sein de la famille, toutes classes sociales, sur tout le territoire, c’est uniformément représenté. Lorsqu’il y a des classements sur les villes les plus friendly je pense que ces classements sont basés sur les mesures prises par des communes, des départements, comme les labels diversités. Le nombre de commerçants qui mettent des petits flags, des drapeaux arc en ciel pour dire que le lieu est LGBT friendly. Il y a des municipalités comme Marseille, Nantes, Paris, qui ont mis des passages pour piétons arc en ciel. Je pense que ce qui est noté dans ces classements, c’est cette volonté des institutions de mettre en avant cette diversité-là. C’est évidemment très positif mais, après, les réactions LGBTphobes peuvent être partout, dans le monde du travail. Il y a ce que font les municipalités, bien sûr avec ces labels, ces signes visibles sur la population qui déclarent qu’on accepte la diversité et c’est positif. Mais il y a aussi ce que font les entreprises, l’Education nationale, les citoyens, c’est ce tout qui va permettre d’agir sur les LGBTphobies. Ces classements ont certainement une vision plus restreinte. Le fait qu’il y ait des passages piétons dans le Marais, certaines personnes ont trouvé qu’il y avait un effet ghetto. Il faut faire attention à ce que cette diversité-là ne soit pas restreinte à un quartier dans une ville mais que les actions soient bien uniformément réparties sur l’ensemble de la ville, que ce soit une démarche sur l’ensemble du territoire, très collective.

La loi sur la Procréation médicalement assistée (PMA) va être votée d’ici juin. Estimez-vous qu’elle va entraîner davantage de témoignages homophobes ? Pensez-vous que cette loi va entraîner des manifestations d’aussi grande ampleur que la Manif pour tous au moment du mariage pour les personnes de même sexe ?

On a eu la promesse que les textes soient votés en 2019 mais on n’a aucune garantie qu’ils le soient. Et les attaques contre la PMA au moment de la Manif pour tous étaient déjà visibles. On a vu des tags au sol sur les trottoirs « PMA sans pères, douleurs sans fin ». Les familles homoparentales sont malmenées par les attaques anti-PMA de façon large. On craint beaucoup pour les personnes : les enfants nés de PMA, ceux qui ont deux papas, deux mamans, et les parents eux-mêmes. Il y a une homophobie qui n’est pas dite derrière cela. La PMA existe pour les couples hétérosexuels. Lorsque les anti-PMA lancent des alertes sur le risque de pénurie des dons de gamètes, ce sont des arguments assez hypocrites car ces dons concernent une minorité de personnes : les femmes seules et les femmes en couple. Dans ce débat-là, les hommes trans sont complètement oubliés. Les personnes qui ont fait une transition existent. Des cas d’hommes enceints sont mis sous le tapis. Il n’y a pas une volonté de comprendre ces questions-là, d’échanger de façon sereine. Oui, une personne qui a fait une transition pour changer de genre, qui est un homme pour la société, mais qui biologiquement a la possibilité de porter un enfant, c’est très perturbant. Mais refuser d’en discuter calmement, de comprendre le parcours de ces personnes et d’avoir une approche très humaine sur la parentalité, je trouve que c’est d’une grande violence. Il y a un travail à faire que, nous, on tente de faire avec d’autres associations. De communiquer, de comprendre les familles.

J’ai lu qu’au Japon, ils stérilisent les personnes transgenres. J’espère que c’est une fake news...

Il faut savoir qu’en France, jusqu’en novembre 2016, le changement d’état-civil des personnes trans étaient soumis à une stérilisation. La personne devait prouver une sorte de non-retour en arrière biologiquement. C’est assez immonde. C’est nier la personne humaine et la diversité des personnes. C’est vouloir les faire entrer dans des cases. On se demande bien pourquoi. Le changement d’état-civil a été démédicalisé mais il est encore judiciarisé. Il faut encore passer devant un juge. Beaucoup d’associations demandent à ce que ce changement d’état-civil soit libre et gratuit sans démarche lourde et juridique. Pour information, on ne dit plus « transsexuel », on dit personnes « transgenres » ou « trans ». Ce terme « transsexuel » a été trop pathologisé dans le passé. Il ramène au sexe, alors qu’on est plus sur des questions de genre : être homme, femme, autre.

Les JO ont adopté en 2014, une charte sur la non-discrimination selon l’orientation sexuelle. Dans le sport, dans les stades, les vestiaires, les terrains, l’homophobie est très présente. Recevez-vous beaucoup de témoignages de discriminations homophobes émanant des milieux sportifs ?

Le sport est un milieu où les LGBTphobies sont très tabous. Dans les rapports que nous produisons chaque année, il y a très peu de témoignages émanant des milieux sportifs. Les insultes dans les stades, dans les tribunes, envers les joueurs, envers les arbitres, entre supporters et supportrices sont tellement ancrées que les gens ne prennent même pas la peine de nous signaler « j’ai vécu ceci » ou « j’ai vécu cela ». C’est comme si c’était quelque chose de tellement habituel qu’on ne prenait pas la peine de le dénoncer. Même à un niveau « loisirs » c’est extrêmement présent.

Vous utilisez encore lors de vos interventions la méthode des petits papiers pour que chacun soit libre de poser les questions qu’il souhaite, sans être jugé. Pensez-vous qu’un jour on pourra poser ces questions sans en avoir besoin ?

C’est un outil extrêmement intéressant que l’intervenant.e choisit ou pas d’utiliser en fonction de la dynamique de groupe. Pour l’instant cela a tout son sens. Les sujets sont assez intimes, liés à des sentiments, à l’amour. Et au-delà de ce qui peut être tabou, je pense qu’il y a des gens qui n’osent pas prendre la parole, même sur des sujets qui ne sont pas personnels. Dans tout groupe, il y a des personnes qui prennent la parole et la mobilisent... qui étouffent la parole d’autres personnes. Et ce n’est pas toujours évident pour des animateurs, des animatrices de faire parler ceux qui n’osent pas.

Est-ce que les messages de tolérance arrivent à se transmettre d’une génération à l’autre ? Ou à chaque fois il faut recommencer tout le travail ?

On agit depuis 15 ans en milieu scolaire. On sensibilise la population depuis 25 ans. Ce sont des messages qui ne se veulent pas restreints à une génération. Nous, on espère toucher à la fois les enfants, les parents, les grands-parents. Je ne dirais pas qu’il faut tout recommencer à chaque fois. Je dirais qu’il y a besoin d’un travail en continu.
Les LGBT-phobies sont nourries complètement par le sexisme. Le sexisme : c’est mettre les gens dans deux cases. Quand on voit l’état dans le monde et en France du sexisme... Il y aura toujours des gens qui vont se sentir très à l’aise dans leur rôle de dominants. Dominants, parce qu’ils sont blancs, dominants, parce qu’ils sont hommes, parce qu’ils sont cisgenre, parce qu’ils ont de l’argent, un travail etc… c’est très confortable d’être dans un groupe dominant. Il y a un entre-soi qui se crée. Et on peut oublier très facilement les minorités. A SOS homophobie, on a développé un groupe « racisme et diversité ethnique » qui est là pour étudier l’intersectionnalité entre les LGBT-phobies et le racisme. Et pour s’améliorer en termes de prévention, de discours. Il faut que tout ça s’ancre en continu. C’est pour ça que l’éducation scolaire a un rôle à jouer, que les entreprises avec leur charte diversité, leurs actions, ont leur rôle à jouer. Je pense qu’on ne peut pas lâcher ça. C’est vraiment du continu."

Propos recueillis par Isabelle Lopez

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