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Que fait le cinéma pour la Seine-Saint-Denis ?

En 2018, beaucoup de productions cinématographiques, notamment documentaires, ont donné à voir la Seine- Saint-Denis sous un jour différent : jeune, battante ou cosmopolite. Retour sur un phénomène persistant.

Alice Diop avec Vers la tendresse ou Olivier Babinet avec Swagger avaient montré la voie : pour sortir de la sempiternelle stigmatisation du 93, quoi de mieux que de donner à voir la Seine-Saint- Denis dans sa complexité ou sa diversité ? L’une avait choisi de s’intéresser à la manière dont on parlait d’amour en banlieue, l’autre, bluffé par une année de résidence dans un collège d’Aulnay-sous-Bois, aux rêves de sa jeunesse. Salutaire par rapport aux vieilles lunes de certains pseudo-reportages.

Cette envie de prendre la parole, de montrer des facettes insoupçonnées de la Seine-Saint-Denis aura été reprise dernièrement par beaucoup de réalisateurs, souvent originaires eux-mêmes du territoire. Récemment, Ladj Ly et Stéphane de Freitas nous ont ainsi montré les talents d’orateurs des jeunes de Paris-8 -Saint-Denis qui se révélaient à eux-mêmes dans À voix haute, un documentaire sur le concours d’art oratoire Eloquentia.

Nadir Dendoune a lui donné une idée de la France d’aujourd’hui à travers le portrait tendre et touchant de sa mère, Messaouda, arrivée en 1961 de son Algérie natale et devenue une figure de L’Île-Saint-Denis.

Et Wael Sghaier nous a emmenés sur son porte-bagages à la rencontre de son Incroyable 93, sorti fin décembre 2018 en avant-première. Dans ce documentaire rythmé, le jeune aulnaysien part sillonner son propre département, sur le mode du J’irai dormir chez vous d’Antoine de Maximy.
"J’ai eu une approche volontairement positive pour rééquilibrer ce qu’on voit malheureusement trop trop souvent dans les mass media, explique le globe-trotter de 32 ans. Je voulais vraiment montrer à quel point la Seine-Saint-Denis est diverse de par ses profils, de par les gens qui s’y trouvent. Et montrer tout ce dont on se prive par une manière biaisée de voir les choses : un berger qui fait la transhumance, un rappeur amoureux des mots, un sculpteur sur bois qui aura aussi sauvé un lieu... »

C’est aussi le point de vue de Florie Martin, réalisatrice d’un documentaire sur la folle aventure de Casa 93, une école de mode atypique entièrement gratuite qui a ouvert ses portes en 2017 à Saint-Ouen. Dans Seine-Saint-Denis Style, qui sera diffusé fin janvier sur C8, on fait la connaissance de Doris, Njeri ou encore Tio, membres de la première promotion de la structure et qui se confient sur leurs aspirations.
« Ce que j’ai trouvé beau et que j’ai eu envie de montrer, c’est que ces jeunes sont très fiers de leurs origines de Seine-Saint-Denis et, en même temps, ils n’en sont pas la caricature. Ils sont très différents mais tous ont des rêves qui se traduisent par la création et ce goût pour la mode », raconte la réalisatrice, dans une citation que ne renierait sans doute pas Olivier Babinet.

Un patrimoine immatériel

Montrer la vie bouillonnante d’un territoire, donner la parole à des gens qui ne l’ont pas souvent, c’est aussi le but de La Toile blanche. Implantée depuis 10 ans à Saint-Denis, cette association audiovisuelle a choisi de former des jeunes des quartiers populaires à la réalisation de courts documentaires, sans expérience préalable. Ces courts métrages, diffusés dans bon nombre de cinémas d’Île-de- France, reflètent bien la richesse de la Seine-Saint-Denis en termes d’histoires et de mémoires. « Cette association m’a sensibilisé à ce patrimoine immatériel que recèle le département. C’est ça que je veux montrer », raconte Roland Nyoth, jeune homme de Bondy qui a par exemple réalisé un court sur une histoire de transmission entre un père et son fils au Ring de boxe de Pantin. Avec tant d’envie et de créativité, on n’a pas fini de voir la Seine-Saint-Denis autrement.

Photo : extrait de "Mon incroyable 93" de Wael Sghaier, toutes les dates de projection ici

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