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« Passages » en revue des ateliers des bibliothèques de Montreuil

Le magazine « Passages » est le produit de l’année de résidence de la journaliste Sylvie Fagnart dans lequel elle présente les ateliers menés par les bibliothèques de Montreuil. Ce 10 juin, elle présentait l’objet à une classe de 3e de Marais de Villiers (Montreuil), dont les élèves ont composé cinq pages de Passages en se frottant, pendant une semaine, aux réalités des pratiques journalistiques.

Des couleurs gaies, des dessins vivants et pleins d’humour, une maquette agréable... C’est un bel objet de presse que Passages, la revue des bibliothèques de Montreuil, « avec et pour les ados ». Au travers d’une multitude de formats, le papier glacé fixe le souvenir des ateliers qu’ont mené les bibliothèques de Montreuil tout au long de cette année un peu particulière. A l’origine du magazine tiré à 1000 exemplaires, Sylvie Fagnart, une journaliste indépendante, qui collabore notamment avec Causette, Le Canard Enchaîné ou la revue Chut !, accueillie cette année en résidence par les Bibliothèques de Montreuil. Ce matin du 10 juin, flanquée de l’illustrateur de la revue Etienne Lécroart, de la graphiste Margot Plé, la documentariste radio Clémence Allezard et la photographe Valentina Camu, elle vient présenter son bébé de papier aux 3e « Jesse Owens » du collège Marais de Villiers, à Montreuil, qui en ont produit cinq pages dans le cadre de leur atelier à eux, « La Fabrique de l’info ».

Client clandestin

En mars, pendant une semaine, les collégiens se sont transformés en journalistes d’investigation. Ils ont d’abord proposé, puis choisi leur sujet d’enquête. « On a décidé de travailler sur les restaurants, plutôt que sur le sexisme, les étudiants ou la pollution, parce que ça nous permettait de sortir du collège », confesse l’un des Tintins en herbe. La classe s’est ensuite divisée en quatre équipes : presse écrite, photo-journalisme, radio, et dessin de presse.

La séance de restitution du 10 juin est l’occasion d’écouter le résultat du travail de l’équipe « radio » : Clémence Allezard, l’intervenante, documentariste sonore pour France Culture, a réalisé un montage des prises de sons des élèves. Chaque chroniqueur est introduit par Victoria, la présentatrice. On entend d’abord la responsable des « Marmites Volantes », qui livre des plats chauds, expliquer le protocole qu’elle a mis en place pour tout de même distribuer ses assiettes. Puis le responsable de la Villa 9Trois, le gastro de Montreuil, détaille les dispositifs mis en place par l’Etat pour permettre aux restaurateurs de s’en sortir. On entend ensuite Dieguy essayer d’approcher la police de Montreuil, et insister pour savoir si elle a interpellé des restaurants contrevenant à la loi. En vain. C’est au tour d’une voix anonyme de prendre la parole : les élèves sont parvenus à dégoter le témoignage d’un client clandestin, qui a continué de s’embaumer les papilles malgré l’interdiction. La classe s’est accordée pour faire l’impasse sur les cinquante minutes de monologue de l’élu qu’elle avait réussi à interviewer... mais pas à interrompre. A la fin de la séance d’écoute, les sourires barrent les visages des troisièmes. « Ça a montré qu’on a bien travaillé et que ça a donné quelque chose de concret », s’enthousiasme Noah.

Coriaces

« Victoria, je tiens à te féliciter : ta voix est posée, tu accompagnes l’auditeur, tu fais une excellente présentatrice ! » congratule Clémence, l’intervenante. « Et c’est très bien, quand les policiers refusent de vous répondre, vous êtes coriaces, vous ne lâchez pas l’affaire. Vous avez bien réussi l’exercice qui consiste à écouter ce que disent les interlocuteurs, et à réagir à ce qu’ils disent, tout en sachant où vous l’emmenez », poursuit-elle. Pourtant, ce n’était pas gagné d’avance. « Le responsable du Café Salé, on lui demandait : « Comment vous vivez la crise sanitaire ? », il nous répondait « oui ». C’était pas facile de garder son sang froid. Des fois, on avait envie d’arrêter, mais on pouvait pas », raconte Noah. Nos reporters ont éprouvé les difficiles conditions du métier- interlocuteurs taiseux, silences institutionnels, dead-line (délais) à ne pas dépasser- mais n’en restent pas moins des élèves, et, pour leur brevet blanc, ils ont pu valoriser les choses apprises pendant les ateliers et se sont fait interrogés sur la notion d’angle, sur ce que c’est qu’une bonnette, à leur grand oral.

JPEG - 1.1 MoSi la spécialité « radio » a clairement pris toute la lumière ce matin, une fois leur heure de gloire passée, chacun se plonge dans la Revue où l’on peut voir le résultat du travail des autres groupes. Le dossier est introduit par un éditorial de Sylvie, la rédactrice en chef. Puis fait place au texte de l’enquête signée d’Elyas, Léonor, Serin et Mamadou, qui commence très fort : « Restaurateur, ça rime avec malheur, à Montreuil, comme ailleurs », et dans lequel on peut trouver des chiffres sur les pertes des entrepreneurs, ou encore la parole de Frédéric Molossi, adjoint au maire (et conseiller départemental), sur les rapports entre la mairie et les restaurateurs. Sur les pages jaunes citron, on retrouve aussi les dessins de presse d’Alice, Nikola et Mona. « Le dessin « de presse » est plus caricatural que le dessin normal. Il faut trouver un angle : Mona a choisi de dessiner le triporteur pour représenter les Marmites volantes, car c’est comme cela qu’elles livrent leurs plats. Ensuite, on présente son dessin à d’autres pour voir s’il est compréhensible, si on comprend ce que l’auteur a eu envie de dire sur un objet », explique Etienne Lécroart. Sans oublier la sensibilité à l’esthétique, aux traits et aux couleurs. La page suivante est l’œuvre des élèves du groupe de Valentina Camu, photo-journaliste. Difficile exercice que de rendre en image l’inertie des restaurants, leur « non-vie ». Là encore, le choix d’un angle s’est révélé payant, avec des photos de chaises alignées et désespérément vides, du mobilier bâché de draps blancs, ou des Tacos aux portes closes. A l’issue des deux heures, les élèves se traînent vers la cour de récré en serrant contre eux le A4 bleu, souvenir de cette folle année de 3e. Sylvie Fagnart les couve d’un regard affectueux, et déjà nostalgique.

Symphonie d’ateliers

Pourtant, elle en a vu d’autres. La Fabrique de l’info n’est qu’un des treize ateliers auxquels Sylvie Fagnart a assisté, et dont elle témoigne- toujours avec le dessinateur Etienne Lecroart- dans le magazine Passages. On trouve au fil de ses pages un reportage sur la participation du club lecture au festival Hors Limite, et les critiques rédigées par les filles du club sur les romans Parler comme tu respires, ou Demandez leur la lune. S’y étalent également les vers inventésJPEG - 135.8 ko par les élèves d’une classe non-francophone, ou ceux d’un groupe qui s’est mis en tête d’écrire des poèmes sur les fleurs. On retrouve un reportage sur le cours d’histoire de Street-art mené dans les rues montreuilloises par un artiste graffeur, et le compte rendu d’un atelier de sur l’engagement amoureux dans la poésie, à l’issue duquel les ados sont invités à déclamer des vers du XVIIe siècle, puis à écrire les leurs. La rubrique Musique propose les avis d’adolescents sur Carmen, de Bizet, et ses reprises dans la pop culture, mais aussi leurs conseils de youtubers à suivre absolument. Sous l’onglet « Politique », elle narre l’émission de télévision réalisée par une classe de collégiens qui a invité Noël Mamère, la sociologue de la fast fashion, et la représentante de l’association Les amis de la Terre, à débattre autour du réchauffement climatique, et une enquête sur les nouvelles militantes féministes présentes sur les réseaux sociaux, agrémentée d’un article de quatre élèves sur la masturbation féminine. Un programme dense et foisonnant, donc, à l’image de l’énorme travail des bibliothèques de Montreuil pour faire vivre le rapport des élèves à l’écrit. Mais Margot Plé, la graphiste des Bibliothèques, a fait un travail d’orfèvre pour que les pages soient aérées et aisées à parcourir. Le mieux, c’est d’aller l’emprunter dans les bibliothèques de Montreuil, et de le lire cet été, on vous le souhaite, sur le sable chaud, pour avoir la tête pleine d’idées pour attaquer l’année prochaine !

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