Catégories
Seine Saint-Denis
Portrait Bobigny

Omar Youssef Souleimane, écrire pour ne pas oublier Damas

Le jeune écrivain syrien Omar Youssef Souleimane, en résidence à la MC93, a mené depuis février des actions auprès des jeunes et du grand public balbynien. Rendez-vous le 3 octobre pour une restitution d’ateliers d’écriture sur la résilience, un thème qui lui est cher.

« Mon pays est en ruines, dévasté par un tyran qui est responsable de la mort de centaines de milliers de personnes » s’emporte le trentenaire, dont la vie a été bouleversée par la guerre en Syrie. « En tant qu’exilé, ma manière de récréer mon propre pays passe par l’écriture, qui est pour moi le dernier refuge de la mémoire et de la liberté ». La vie d’Omar Youssef Souleimane est un incroyable roman et un beau pied de nez à tout essentialisme religieux ou sociologique.

Un dissident à l’aube des printemps arabes

Né à Al-Qutayfah en Syrie mais élevé en Arabie saoudite dans une famille salafiste conservatrice, l’adolescent se rêve comme la plupart des garçons autour de lui en petit héros djihadiste. Lorsque son père lui achète un ordinateur, le jeune homme découvre sur la toile les actrices américaines et la philosophie occidentale, dont il se prend de passion. « L’art et la littérature peuvent changer les gens et le monde. Moi ça a changé mon existence » se plaît-il à dire. « Dès que j’ai eu accès à internet, j’ai eu accès au doute... J’ai relu le Coran en l’analysant en profondeur… et je suis devenu athée ».
De plus en plus distant vis-à-vis de la religion, Omar retourne en Syrie avec sa famille puis étudie la littérature arabe à l’université d’Homs. De 2006 à 2010, il devient correspondant de presse et écrit ses premiers recueils de poésie : Chansons de saison et Je ferme les yeux et j’y vais pour lequel il obtient le prix koweïtien Saad Al Sabbah.
En 2011, le vent de liberté des Révolutions arabes souffle dans le sud du pays mais les manifestations de la population syrienne sont réprimées férocement à Homs comme dans les grandes villes. Omar filme les rassemblements à Damas et fait des reportages sur les victimes civiles de Bachar el-Assad. Vite menacé par les services secrets du régime, il fuit en Jordanie puis obtient le statut de réfugié politique auprès de l’ambassade de France.

La découverte d’une culture inconnue

À tout juste 25 ans, le jeune homme débarque dans un pays dont il ne connaît que quelques mots et les textes traduits - et adorés – de Descartes, Aragon et Paul Éluard. Il apprend la langue française et découvre Paris, « une ville-monde avec son métro, ses cafés dans les rues populaires et ses couples d’amoureux ». Très attaché à sa nouvelle patrie, il décide après le massacre de Charlie Hebdo de « créer des ponts entre les cultures arabes et françaises ».
L’écrivain, qui a vécu quelques années à Montreuil et à Bobigny, publie des recueils de poèmes et devient directeur de programme au Collège international de philosophie. Il écume les festivals et plateaux de télévision puis publie en 2018 Le petit terroriste, un récit autobiographique sur la mécanique de la radicalisation. Dans le sillage de cette œuvre, l’auteur co-écrit avec Sarah Llorca La terre se révolte une pièce de théâtre interprétée entre autres par Lou de Laâge sur la rencontre entre un réfugié et une étudiante parisienne.
En 2020, il publie chez Flammarion le roman Le dernier Syrien inspiré du « grand rêve d’une génération qui a tout sacrifié pour la liberté » en mettant en avant le rôle des femmes dans la Révolution. « Nous étions naïfs en pensant que le régime allait tomber comme les autres dans le monde arabe », commente-t-il. « Personne n’imaginait la répression qui a suivi : les exécutions sommaires, la torture, l’infiltration des islamistes et les bombardements massifs ».

En résidence à la MC93 depuis février 2020, l’auteur multiplie les ateliers d’écriture sur la permanence de l’espoir auprès des lycéen·ne·s, d’étudiant·e·s de l’université Paris XIII et de Balbynien·ne·s amateur·rice·s de littérature. Il vous invite samedi 3 octobre à 16h au 9 boulevard Lénine à Bobigny pour une lecture de textes en musique avec des apprenti·e·s comédien·ne·s. Et si vous soulevez la question, l’écrivain vous parlera de son prochain roman actuellement en cours d’écriture.

JPEG - 66.3 ko

Crédit-photo : DR Flammarion et Elisa Castello

à lire aussi
Saint-Denis Patrimoine

La banlieue investit 20 millions pour la reconstruction de la flèche de la basilique de St-Denis

Le 23 décembre dernier, on aurait pu faire sonner les cloches de la basilique de Saint-Denis à toute volée. Le Fonds de Solidarité Interdépartemental et d’Investissement, qui rassemble les sept départements périphériques de la capitale, va financer à hauteur de 20 millions d’euros la reconstruction de sa flèche. Cette cagnotte est en réalité l’aboutissement d’une décennie de travail, qu’a bien voulu nous conter Jacques Moulin, architecte en chef des monuments historiques de Seine-Saint-Denis.

Cinéma Aubervilliers

Samy d’Auber

En 2009, Samy Seghir fait rire plus de deux millions de spectateur·rice·s en interprétant un jeune de cité accueilli par une famille huppée dans "Neuilly sa mère". Douze ans plus tard, le comédien d’Aubervilliers, cantonné un temps aux rôles de banlieusard, a étoffé son jeu et enchaîne les films avec les plus grands acteurs français.

Collèges

Joséphine, Séquano-dionysienne épanouie

Le Salon du livre et de la presse Jeunesse Seine-Saint-Denis (SLPJ) a confié à la journaliste et autrice, Joséphine Lebard un parcours Culture et Art au Collège (CAC) pour réfléchir à la façon dont l’espace urbain est partagé entre les femmes et les hommes. Récit de ses premiers pas.