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Olivier Grossetête : "Ce qui est essentiel est de construire ensemble"

Du 21 au 27 septembre, l’artiste Olivier Grossetête, connu internationalement pour ses constructions monumentales en cartons, proposera aux habitant·e·s de Seine-Saint-Denis d’en fabriquer une autour du bâtiment de la Cartoucherie, dans le parc départemental de La Poudrerie. Nous avons demandé au plasticien de nous en dire plus sur ce projet artistique participatif hors norme.

Sans la dévoiler, pouvez-vous nous donner une idée de votre future construction ?

La cartoucherie est un bâtiment dont il ne reste qu’une grande porte, et qui n’est pas trop haute – 6 mètres. Il est donc possible de l’intégrer en l’encadrant par des tours, en la surélevant d’une arche. Je suis parti sur cette idée, avec une construction mixant cartons et pierres. C’est assez unique par rapport à mes autres projets.

L’idée est de voir comment on peut transformer le bâtiment pour l’amener vers autre chose et offrir un autre regard sur lui. Mais, dans ma démarche, l’important n’est pas tant ce que l’on construit que de construire ensemble. Comme pour un jeu de construction ou un mandala, c’est le chemin qui importe.

Un jeu de construction... et de destruction, puisque après son élévation le samedi, elle sera détruite le dimanche...

Le matériau utilisé étant le carton, on sait déjà que la construction n’est pas faite pour durer. La détruire, c’est insister sur le fait que ce qui est essentiel est de construire ensemble. C’est un moment très important qui, au lieu d’être triste, est festif. Cela permet aussi de désacraliser l’œuvre.

Qu’est-ce qui vous a inspiré ?

Une particularité dans ce projet est que des ateliers ont eu lieu en amont. Les participants ont fait des propositions qui seront d’ailleurs exposées durant le week-end. Cela a donné lieu à beaucoup de fantaisie et de créativité ! Certaines n’étaient pas réalisables mais j’ai fait un petit mix de ce qui me semblait intéressant et je m’en suis inspiré.

Comment l’idée de ces constructions monumentales est née ?

Ma toute première construction en cartons remonte à mes études aux Beaux-Arts de Valence [en 1997]. Il y avait eu un changement d’équipe municipale et certaines subventions avaient été supprimées alors que, dans le même temps, la mairie était éclairée la nuit. L’architecture est un instrument de pouvoir. Une mairie par exemple sera toujours plus belle qu’un HLM. Les tribunaux en sont la meilleure illustration. Quand on entre dedans, on est écrasé par l’architecture. On est déjà coupable. Intervenir sur ces bâtiments, c’est questionner ces pouvoirs.

Illuminée, la mairie me faisait penser au château de Disney. J’ai voulu l’encadrer de tours en cartons pour montrer le côté dérisoire et factice de tout cela. Pour y parvenir, j’ai eu besoin de beaucoup de monde, d’autant que je n’avais pas d’autorisation. De nombreux passants sont aussi venus nous aider. J’ai ensuite poussé cette démarche de plus en plus loin.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans cet aspect participatif ?

Nos constructions font 1,5 tonne. Les ateliers mobilisent une trentaine de personnes chaque jour durant 5 jours. La construction prend ensuite 8 heures avec 400 à 800 personnes. Il nous faudrait des mois pour le faire à nous seuls ! Nous avons vraiment besoin des gens.

Ce qui est très intéressant aussi, avec des enjeux politiques derrière cela, est l’auto-organisation qui se met en place. Quand tu fais confiance aux gens, cela se passe super bien et dans la joie ! Ils s’auto-organisent et font des choses géniales. Cela me paraît d’autant plus important en ce moment, dans le contexte de l’épidémie, où nos dirigeants veulent tout maîtriser...

Vous souhaitez participer à une ou plusieurs étapes du projet ? Inscrivez-vous en suivant les liens ci-dessous :
- ateliers de fabrication entre le 21 et le 25 septembre
- journée de construction le samedi 26 septembre de 10h à 18h
- journée de déconstruction le dimanche 27 de 14h à 18h

Une rénovation programmée

La Cartoucherie autour de laquelle s’articule le projet d’Olivier Grossetête fait partie de la trentaine de bâtiments subsistant, partiellement ou totalement, de l’ancienne Poudrerie nationale, créé en 1865 par Napoléon III et qui constitue un ensemble patrimonial classé au titre des Sites en 1994.
Parmi ces bâtiments, trois sont en péril et font l’objet d’une importante mobilisation de l’État, du Département et de l’ensemble des collectivités territoriales concernées pour les réhabiliter, avec l’aide de la Mission Stéphane Bern et de la Fondation du patrimoine. Le montant total des travaux s’élève à 2,7 millions d’euros. À terme, ils accueilleront de nouvelles activités de loisirs tels qu’un centre nature, des expositions, des activités sportives, etc.
Vous pouvez vous aussi participer à la sauvegarde de ce patrimoine par un don sur le site de la Fondation du patrimoine.

Photographie : Laurent Lache

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