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Maltraitance et bientraitance en institution : paroles de soignants

Rapport parlementaire en mars, avis du Comité national d’éthique en mai : la maltraitance subie par les personnes dépendantes, et notamment âgées, en institution, fait régulièrement l’objet de vives dénonciations. À l’hôpital Casanova de Saint-Denis, qui compte un pôle gériatrie et un service de réadaptation, nous avons rencontré des personnels conscients du problème, et surtout impliqués dans sa prévention.

« La bientraitance, c’est aller à l’encontre de l’institution »

Dr Arnaud Sevène, responsable du service de médecine physique et de réadaptation
« Pour être bien-traitant, il faut tenir compte de l’individu. Vous ne pouvez pas être dans une stratégie de règles, de procédures. C’est difficile parce que l’institution a ses règles qu’on doit respecter pour qu’elle fonctionne bien. Le système est maltraitant en soi, en imposant par exemple des heures de repas, de lever, de coucher. Et il l’est encore plus si le personnel parle très fort dans le couloir quand une personne dort. Il faut assouplir le système, faire l’effort de s’adapter, de déroger aux règles. La bientraitance, c’est aller à l’encontre de l’institution. Oui, cela complique le travail, mais on gagne quelque chose : une adhésion aux soins. Si les conditions de vie sont maltraitantes, vous allez au contraire déclencher un isolement, un comportement agressif et vous n’aurez pas une adhésion aux soins. Or, elle est fondamentale. On ne rééduque pas les gens sans eux. »

« Un métier très difficile »

Valérie Bilous, cadre du pôle gériatrie de l’hôpital Casanova et pilote du groupe de travail sur la maltraitance interne à l’établissement
« La maltraitance que l’on retrouve en institution est essentiellement de la maltraitance "ordinaire", comme le fait de se disputer devant des patients ou des résidents sans avoir conscience de leur présence. Le métier de soignant est très difficile en raison de la charge de travail qui va en augmentant, mais aussi du profil des personnes dont ils s’occupent, atteintes souvent de démences cognitives. C’est aussi un travail de routine, ce qui accroît les risques d’automatisation et donc de maltraitance. Nous travaillons donc beaucoup à rappeler que, être soignant, ce n’est pas seulement de la technique, et pour les inciter à discuter entre eux. Les cafés-éthiques notamment leur permettent d’échanger sur leur quotidien, leur ressenti, d’analyser certains cas qui se présentent. »

« Nous n’avons pas le temps »

Mireille, aide-soignante au service de long séjour du pôle de gériatrie
« La charge de travail est lourde et la maltraitance est souvent liée au fait que nous n’avons pas le temps. Monsieur Julian par exemple voudrait tout le temps que l’on discute, mais on ne peut pas. Nous nous efforçons cependant à ce que le patient soit bien dans sa peau. Nous avons beaucoup d’empathie pour eux. Nous essayons d’imaginer comment on aimerait être traité. Les formations internes nous ont permis aussi de nous rendre compte de gestes que le patient peut ne pas vouloir. Même si nous exerçons ce métier depuis des années, on peut perdre facilement certaines choses de vue, comme frapper à la porte d’une chambre avant d’entrer par exemple. Maintenant, cela nous arrive même parfois de frapper au vestiaire. [rires] »

« Ils veulent réellement être dans une dynamique de bientraitance »

Emna Manis, psychologue et copilote du groupe de travail
« La charge et les conditions de travail font que la priorité est donnée aux soins techniques et pas aux soins relationnels. Or, c’est dans ces derniers que réside la bientraitance. Nous travaillons donc à rappeler aux soignants que la bientraitance est une des bases de notre métier, qu’ils reprennent conscience de leur vocation. C’est une thématique un peu sensible. Le personnel peut se montrer un peu réticent au départ, évoquant leurs conditions de travail et la maltraitance qu’ils subissent eux-mêmes, mais nous voyons clairement l’intérêt qu’ils portent au sujet. Ils posent beaucoup de questions, y sont très sensibles et veulent réellement être dans une dynamique de bientraitance. »

« Rebondir, se remettre en question »

Chrystelle Paul, ergothérapeute
« Nous savons que nous ne sommes pas parfaits mais ce qui est important est d’être réactifs, comme quand cette collègue m’interpelle à propos d’une dame qui ne va pas bien. Il faut pouvoir rebondir, se remettre en question. L’humain est tellement complexe. C’est cela la base de la bientraitance. Il est important de prendre le sujet dans sa globalité, de l’écouter, de le connaître, de connaître son histoire de vie, son rythme. »

« La bienveillance, c’est la partie la plus intéressante de notre travail »

Dousouba, aide-soignante au service de long séjour du pôle de gériatrie
« Notre charge de travail est lourde mais nous sommes dans un service qui aime bien s’amuser. Cela nous permet de résister à la souffrance et à la douleur. Nous organisons des repas thématiques, un pique-nique au parc, etc. C’est du travail supplémentaire mais c’est à notre initiative et c’est un plaisir de le faire. La bienveillance, leur faire passer le plus de bons moments possibles, c’est la partie la plus intéressante de notre travail. »
Reportage de Stéphanie Coye

Aller plus loin : Paroles d’invisibles, l’exposition du Département pour sensibiliser à la maltraitance des personnes âges et handicapées.

* Lire également « Que fait la Seine-Saint-Denis pour prévenir la maltraitance des personnes âgées ou handicapées ? » dans notre magazine d’octobre.

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