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Economie Sociale et Solidaire Montreuil

Les Cuistots migrateurs, traiteur solidaire

Un poids économique et social, les migrants ? Loin de là pour Sébastien Prunier et Louis Jacquot. Etablis à Montreuil, ces entrepreneurs engagés ont lancé un service de traiteur spécialisé en cuisine du monde et embauchant exclusivement des réfugiés. Un pari gagnant !

« Quand les gens goûtent, ils ont toujours le sourire et ça fait plaisir », confie Hasnaa les yeux brillants. Cette réfugiée syrienne de 37 ans, arrivée dans l’Hexagone en 2014 avec son mari et ses trois enfants, rêvait que tous les Français découvrent la cuisine de son pays. Depuis l’été dernier, les Cuistots migrateurs lui ont donné l’opportunité de la partager, mais aussi un travail pour reconstruire sa vie.

Ce traiteur événementiel montreuillois - fondé il y a un an par Sébastien Prunier et Louis Jacquot - s’est en effet spécialisé dans les cuisines du monde, avec la particularité de ne proposer que « des recettes familiales traditionnelles » et « une manière de faire authentique  », celle de leurs six cuisiniers, exclusivement des réfugiés ayant obtenu l’asile en France.

Inverser le discours misérabiliste sur les migrants

L’idée leur est venu à l’automne 2015, alors que les deux amis, à un tournant de leur vie professionnelle, réfléchissent à créer leur propre entreprise avec un projet qui fasse sens. La question migratoire prend alors de plus en plus d’importance dans les médias et les interpelle.

«  Nous nous sommes dit qu’il y avait moyen d’inverser le discours misérabiliste sur les migrants et avons eu l’intuition de la cuisine, car elle réunit tout le monde et se partage », explique Louis. Le concept des Cuistots migrateurs naît alors, selon trois idées : aider à l’intégration des réfugiés, valoriser les atouts de l’immigration et « apporter un souffle nouveau à la cuisine du monde ».

Avec l’aide d’associations comme Singa ou France Terre d’asile, ils recrutent des « passionnés, qui ont une capacité à cuisiner vite et bien pour un grand nombre de personnes ». Comme Hasnaa, mais aussi Fariza, une jeune femme tchétchène qui a appris la cuisine avec sa mère, chef à Grozny, et sa grand-mère. Durant trois ans, elle a été aussi au service de chefs pour une salle de mariage en Pologne, où elle a habité après avoir fui son pays en 2002. En France pourtant, où elle est installé depuis 2011 avec mari et enfants, « elle n’avait jamais fait que du ménage », souligne Louis.

Une nouvelle chance

Après des parcours durs, parfois tragiques, tous connaissent en effet des difficultés pour se loger et trouver un travail. Mais ils ne se plaignent pas. « C’est difficile », se contente de dire Hasnaa, avant d’ajouter : « Quand même, il y a la paix et je n’ai pas peur pour les enfants. Ils ont vécu beaucoup de choses à Damas...  » Les Cuistots constituent ainsi pour eux une nouvelle chance.

Au départ, Louis et Sébastien n’ont pu les embaucher qu’à la mission, puis certains en CDD dès que le volume de commandes le permet. Mais les six cuisiniers ont aussi trouvé là une revalorisation et le plaisir de faire ce qu’ils aiment, au sein d’une équipe soudée. « Une famille » même, confie Fariza.

Et le concept plaît. Selon Louis, 8500 personnes ont été servis en un an, les clients (de la grande société à l’association en passant par le cabinet d’avocats) reviennent et « les commandes s’accélèrent dans un contexte où les traiteurs ont dû mal ». Pour se développer encore, les deux entrepreneurs fourmillent d’idées : organisation de brunchs dans des restaurants partenaires, livraison de plateaux-repas, ouverture de leur propre restaurant. Et bien sûr, embaucher de nouveaux cuisiniers !

http://lescuistotsmigrateurs.com/

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