Catégories
Seine Saint-Denis
Cinéma Montreuil

Le Méliès, 50 ans de passion du cinéma et de partage

Du 7 au 10 juillet, l’emblématique cinéma de Montreuil fête ses 50 ans à travers une programmation folle et audacieuse qui lui ressemble : 50 heures de films non-stop, à 3,50 euros la séance. L’occasion de revenir sur l’odyssée de cette salle, faite de rencontres, de luttes et surtout d’amour du cinéma !

Il faudrait plus de 50 heures – la durée du festival exceptionnel proposé du 7 au 10 juillet - pour raconter l’histoire du Méliès. L’aventure de ce cinéma, à la fois populaire et pointu, qui contribue à l’identité de Montreuil, pourrait même constituer un film à elle toute seule. Soit l’histoire d’une salle au départ privée, née en octobre 1971 (les organisateurs trichent un peu sur la date anniversaire en raison de la période Covid) qui a su faire sa mue pour devenir le plus grand cinéma d’art et essai public d’Europe. Depuis, pas une semaine sans que ne soit invitée une personnalité du grand écran. Et toutes les semaines y viennent aussi des scolaires pour leur transmettre ce goût du cinéma que tous ses personnels ont chevillé au corps.
« Un ciné pas comme les autres », c’est comme ça que le résumerait Ralph Eltabet, spectateur historique du début des années 2000 et actuel président de l’association de spectateurs Renc’art au Méliès. « C’est simple : les gens aiment le Méliès, il n’y a pas qu’une relation de consommation à son égard. C’est une relation affective parce que ce cinéma public remplit toutes les cases : il ne fait pas que de l’art et essai mais aussi du grand public, il est dynamique et assez accessible financièrement », fait valoir Ralph Eltabet qui ne manquera évidemment pas l’événement des 50 ans. Son plus grand souvenir au Méliès ? « Une soirée avec Jodorowsky autour de son documentaire « Psychomagie », il y a 3 ans. Les gens se battaient quasiment pour avoir une place. La venue de Catherine Deneuve aussi, c’était quelque chose... », se remémore ce cinéphile.

Talent de dénicheurs de films

JPEG - 104.5 ko

Eric Elmosnino au Méliès Croix de Chavaux

Certaines rencontres ont aussi marqué Catherine Giffard, Montreuilloise depuis 20 ans et elle aussi ancienne présidente de Renc’Art au Méliès. « Celle de Bertrand Tavernier, que l’association avait fait venir à l’ancien Méliès, quand il était encore Croix de Chavaux. » Mais cette grande cinéphile salue surtout le Méliès pour son « talent de dénicheur de films, qu’on ne voit pas partout » Et de citer en exemple "Notturno", un documentaire italien faisant témoigner d’anciennes victimes de guerre en phase de reconstruction.

JPEG - 74.2 ko

Anna Karina, au Méliès Croix de Chavaux

Passion, rencontres, partage… A ces termes, Stéphane Goudet, le directeur artistique du Méliès, à bord depuis 2002, ajouterait le terme de « résistance ». « D’une part parce qu’on ne veut pas être dans une logique de consommation, d’immédiateté qui consisterait à ne passer que ce qui marche, mais qu’on veut au contraire défendre des films auxquels on croit. Et d’autre part pour la résonance politique du terme résistance puisque cette salle s’est souvent fait l’écho des craintes de la ville : craintes d’une reprise en main par la ville au moment de la remunicipalisation de la salle en 2001, puis bras de fer entre 2013 et 2014 autour de la volonté de Dominique Voynet (la maire de l’époque) d’écarter quatre membres de l’équipe », rappelle Stéphane Goudet, encore marqué par ce conflit.
Marie Boudon, employée depuis 2003, d’abord comme responsable jeunes publics puis comme programmatrice, emploie elle aussi le terme d’équipe. « Je crois que personne ne peut se vanter d’avoir créé ex-nihilo ce qu’est le Méliès aujourd’hui. C’est une histoire de transmission, de valeurs communes », explique-t-elle joliment.

De 3 à 6 salles

JPEG - 123.6 ko

On l’aura compris : l’odyssée du Méliès n’a pas été un long fleuve tranquille. De salle privée UGC, le cinéma devient municipal puis associatif en 1987, avant d’être remunicipalisé en 2002. Dans les années 2010, le cinéma, qui reste public, passe ensuite sous gestion de la communauté de communes Est Ensemble, aux côtés de 5 autres salles. Une mue « gestionnaire » qui va de pair avec un changement géographique et d’échelle, d’un 3 salles au centre commercial Croix de Chavaux à un 6 salles face à la mairie en 2015. Un pari décrié par certains à l’époque, mais largement remporté aujourd’hui. « Ce projet a dépassé nos espérances, se réjouit Stéphane Goudet. En 2019, on était même au-delà de nos prévisions (de 280 000 entrées par an). Après, le Covid nous a impactés comme tout le monde, mais la baisse de la fréquentation n’est que de 12-15 % quand la moyenne nationale est de 33 %. Cette remise à flot s’explique par le fait qu’on est une équipe de passionnés, clairement, qui tirent tous dans le même sens ». Le Méliès, 50 ans et tous ses écrans.

Christophe Lehousse
Photos : ©Ville de Montreuil

JPEG - 106.7 ko

Une programmation jusqu’au bout des nuits

50 heures de films pour 50 ans. C’est le pari un peu fou lancé par le Méliès pour célébrer son histoire. Avec comme toujours, des rencontres autour d’avant-premières, l’une des marques de fabrique de ce cinéma : le réalisateur montreuillois Dominik Moll nous voudra une nouvelle fois du bien avec « La nuit du 12 », un polar à l’ambiance crépusculaire, tandis que les 50 heures termineront dimanche en dérapage contrôlé avec « Rodéo », de la Séquanodionysienne Lola Quivoron. Mais pour ses 3 jours et 2 nuits de bobines, le Méliès se sera aussi attaché à raconter une partie de son histoire, en demandant notamment à chacun de ses 22 salariés de choisir un film qu’il souhaitait faire découvrir. « Ça va d’un film de Fellini à des films très récents comme Joker ou Lalaland, ce qui reflète bien aussi les différentes générations de l’équipe, souligne Marie Boudon, la programmatrice. Et d’attirer l’attention sur « Macadam à deux voies », film de Monte Hellman, de 1971 : « c’est une œuvre qui fait date à mon avis dans l’histoire du Méliès. Monte Hellmann avait été invité en 2003, dans le cadre d’une rétrospective de 8 de ses films. Il y avait un de ces mondes ! Cette rencontre résumait bien à mon sens tout l’esprit du Méliès : du plaisir, de la découverte et du partage. » Bonnes projections !

à lire aussi
Mémoire Eau & assainissement Patrimoine

Canal historique

200 ans c’est peu ou beaucoup au regard de l’Histoire ? Quelle que soit votre réponse, voilà déjà 2 siècles que le canal de l’Ourcq dessine les paysages des villes de Seine-Saint-Denis qu’il traverse. Débutant à Mareuil-sur-Ourcq dans les Hauts-de-France pour terminer son fil de l’eau dans le bassin de la Villette, embarquez pour une balade historique en vidéo ou en mots.

Musique Saint-Ouen

Serge Malik, la note bleue de Saint-Ouen

Cet Audonien pur jus, guitariste de studio, a joué avec Charles Aznavour, Michel Berger ou encore Nougaro. Il se souvient du Saint-Ouen de son enfance, de son ami Didier Lockwood avec qui il a créé le festival Jazz musette des Puces et de son grand-père, le fondateur du marché Malik du même nom. Portrait.

La Courneuve Théâtre Football

Joue-la comme elles

Résidente de la Maison des pratiques artistiques amateurs (MPAA) de La Courneuve, la compagnie de théâtre Les Enfants du paradis a monté un spectacle mêlant comédiennes professionnelles et amateures sur l’une des premières équipes féminines de football à avoir vu le jour en Angleterre pendant la Première Guerre mondiale. Un projet mené avec l’association basée à Clichy-sous-Bois « Jouons comme elles » et qui a été présenté au public le 16 juillet.

Danse Pantin

Dans les pas des danseurs de la prépa Élan

Le Centre national de la danse a ouvert cette année une école de l’égalité des chances (Élan) qui accueille à Pantin les jeunes talents issus des conservatoires du département. Ce cursus inédit en France leur permet de se frotter à l’univers des grands chorégraphes contemporains et d’ouvrir la voie à la professionnalisation. Reportage dans les studios.