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Ladj Ly, prix du Jury au festival de Cannes

Le réalisateur originaire de Montfermeil a remporté dimanche 26 mai le prix du Jury au festival de Cannes pour « Les Misérables », film sombre sur une escalade de violence liée à une bavure policière. Une consécration pour celui qui est aussi ambassadeur du IN Seine-Saint-Denis.

On le connaît notamment à travers une photo, qui a fait le tour du web lors des émeutes de 2005. Le cliché le montre la mine sombre, le regard menaçant, pointant sa caméra aux allures de mitraillette vers l’objectif du photographe. Pourtant, les intentions de Ladj Ly ont toujours été pacifiques. Son arme à lui, c’est la caméra, son calibre, du 24 images par seconde pour porter la voix des sans-voix, montrer la relégation des banlieues, mais aussi ses joies, ses personnages. En un mot, sa vie.
« J’ai toujours filmé. J’ai commencé par les potes et puis j’ai élargi aux habitants de la cité, parce qu’il s’y passait plein de choses. Ca a juste pris plus d’ampleur avec les émeutes de 2005 », raconte celui qui habite Montfermeil depuis l’âge de 3 ans.
Ses premières gammes, ce réalisateur les a faites au sein du collectif « Kourtrajmé », réunissant Kim Chapiron ou Romain Gavras, dont il fait toujours partie. D’abord acteur, il est vite passé de l’autre côté de la caméra en remarquant l’extraordinaire liberté que lui donnait ce média. En 2001, sa rencontre avec le photographe JR, connu depuis pour ses clichés monumentaux en milieu urbain, est déterminante. Ensemble, ils affichent dès 2004 de gigantesques portraits d’habitants de la cité des Bosquets sur des tours concernées par le plan de rénovation urbaine à Montfermeil. Un travail qui, à l’époque, est considéré comme du graffiti illégal. « Aujourd’hui, on vient nous solliciter pour ces mêmes affiches. Mais je vois le côté positif : les gens se sont rendu compte que notre oeuvre valait la peine et c’est bien comme ça », juge un Ladj Ly très philosophe.

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En novembre 2005, lorsque les banlieues s’embrasent à la suite de la mort tragique de Zyed et Bouna, tout ce travail fait logiquement de Ladj Ly un témoin privilégié des émeutes urbaines. Caméra au poing, il filme nuit et jour et en tire « 365 jours à Montfermeil ». Ce documentaire sur le vif montre bien la colère légitime de certains, les logiques d’affrontement entre deux camps, mais surtout l’aspiration à de meilleures conditions de vie de tous les habitants.
C’est notamment cette réalité sociale qu’il donne à voir dans « Les Misérables », film dense, haletant, suivant le quotidien et les errements d’un équipage de la BAC (Brigade anti-criminalité) et pour lequel Ladj Ly vient de recevoir le Prix du Jury à Cannes. Près de 25 ans après « La Haine », de Mathieu Kassovitz, voici un nouveau témoignage sur le malaise social profond de certaines cités et la violence – policière comme citoyenne – qui en découle.

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Quatorze ans après les émeutes de Clichy-Montfermeil, « il y a eu seulement quelques évolutions », jugeait Ladj Ly. « A Montfermeil, il y a eu de nouvelles constructions, les gens vivent dans des conditions un peu plus raisonnables. Mais il y a toujours la même misère sociale, le même taux de chômage. Concrètement, on attend de voir », décryptait l’enfant du pays quand on l’avait vu au lancement de son école de cinéma Koutrajmé, au sein des ateliers Médicis de Clichy-Montfermeil.
Entièrement gratuite, ouverte à tous les profils et posant comme seul pré-requis la motivation, la structure a accueilli cette année ses premières promotions. Encadrée par des professionnels du cinéma, elle se fixe pour but de dispenser une formation en scénario, réalisation ou post-production à des jeunes ayant une vraie histoire à raconter, mais pas forcément les moyens de la développer. « Le cinéma, c’est encore un milieu réservé à une certaine élite. Mais les gens des quartiers ont aussi envie de témoigner, de faire des films. Nous, on essaie de rendre accessible ce milieu aux gens d’en bas », expliquait Ladj Ly, par ailleurs ambassadeur du IN Seine-Saint-Denis, marque destinée à valoriser les initiatives positives dans le département. Les cinéastes en devenir formés à Kourtrajmé peuvent être fiers de leur directeur…

Photos : ©SIPA

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