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La Marche des Fiertés relie la banlieue à Paris, « un beau symbole »

Samedi 26 juin, la Marche des Fiertés s’est élancée pour la première fois de banlieue, plus exactement de Pantin, en Seine-Saint-Denis. Un moment perçu comme un symbole fort par la plupart des quelque 30 000 participant·e·s, associations militantes ou simples manifestant·e·s. Reportage.

« Partir de l’autre côté du périph, c’est super. Ça permet d’inclure des gens qui ne sont pas de Paris intra-muros, et c’est une manière de montrer que l’Île-de-France, ce n’est pas que Paris. » Cyrille, venu avec son compagnon Patrice, a beau avoir déjà vécu une vingtaine de Marche des Fiertés, celle-ci a une saveur assez particulière.
Lui qui a emménagé à Pantin il y a 6 mois se sentait « quasi le devoir » de répondre présent à cette Pride qui, pour la première fois depuis sa création en 1977, partait de banlieue, à 100 mètres de chez lui. Même chose pour Lana, Hinata, Julie et Ludivine, un groupe d’amies de 17 et 18 ans qui vivaient pour leur part leur toute première Marche des Fiertés. « C’est un beau symbole, ce départ de Pantin. En banlieue, c’est encore compliqué pour beaucoup de personnes qui font partie de la communauté LGBT je trouve. Ça permet notamment d’afficher pleinement qui on est, c’est très positif pour soi-même », estimait Ludivine, rencontrée au sortir du Village des associations, qui aura accueilli les manifestant·e·s et certains discours politiques pendant une bonne partie de la matinée.

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Certain·e·s des membres de Saint-Denis Ville au Cœur, samedi, sur le Village des associations

Parmi ces associations, Queer Pantin et Saint-Denis Ville Au Cœur n’étaient évidemment pas les dernières à souligner le caractère historique de ce départ de banlieue. « On est heureux d’être là aujourd’hui. On est dans la continuité de la marche en banlieue qu’on avait initiée en 2019 », se félicitait ainsi Youssef Belghmaidi, membre de Saint-Denis Ville Au Cœur.
Il y a deux ans, cette association fondée par des étudiant·e·s engagé·e·s pour lutter contre toutes les formes de discrimination, avait notamment organisé la première Marche des Fiertés en banlieue, qui avait déjà réuni près de 3000 personnes et donné plus de visibilité aux combats de la communauté LGBTQIA+ dans les quartiers populaires. « La question n’est pas tellement de savoir s’il y a plus de LGBT-phobie en banlieue, mais de se demander ce qui est fait en matière d’accès aux droits en banlieue. En l’occurrence pas grand-chose, même si des responsables politiques commencent à relayer notre combat. On est là pour dire ça aujourd’hui : on veut des politiques concrètes - plus de soins, plus d’éducation, plus d’accès aux droits ! », ponctuait Youssef Belghmaidi.

"Davantage d’accès aux droits"

Même discours pour Erwan Passey, président de la jeune association Queer Pantin, avec qui Saint-Denis Ville Au Cœur partageait ce jour-là le même stand : « Je ne dirais pas qu’il y a plus de LGBT-phobie en banlieue. Ce n’est pas parce qu’on passe le périph qu’on est dans un autre monde. Les situations sont différentes selon les familles, les milieux sociaux. Notre raison d’être en tant qu’asso, c’est d’obtenir des avancées politiques en matière de droits et aussi de casser l’isolement qu’on peut connaître en France de manière générale. »
A 14h30, tout ce petit monde s’acheminait vers le grand départ, au niveau de l’Eglise de Pantin. Des couleurs à foison, des pancartes bien senties : « Je n’ai pas besoin de ton approbation »/« Mieux vaut deux paires de mères qu’un père de merde » Et beaucoup de jeunes visages.
Derrière le camion de l’Inter-LGBT, collectif réunissant une soixantaine d’associations et principal organisateur de la manifestation, un militant de l’association « Rien à guérir », Benoît Berthe, donnait une dernière fois de la voix pour attirer l’attention sur un sujet encore trop méconnu : la lutte contre les thérapies de conversion. « Il s’agit là de mouvements sectaires qui embrigadent des personnes LGBT et les amènent à vouloir changer d’orientation sexuelle ou d’identité de genre. Beaucoup de gens croient que les thérapies de conversion ne concernent que les pays anglo-saxons et n’existent pas en France, mais c’est faux. Rien qu’en Île-de-France, on a repéré une vingtaine de personnes qui incitent ou pratiquent les thérapies de conversion, avec tout ce que cela implique de souffrance. Et ce qu’on constate, c’est un immobilisme total de la part du gouvernement sur ce sujet : deux députés travaillent depuis 3 ans sur une proposition de loi pour faire interdire ce phénomène, mais il n’arrive jamais devant le Parlement... »

"Pas dans un autre monde"

Et puis, c’était parti. Sous les cris des manifestant·e·s et au son d’Aya Nakamura, chanteuse made in Seine-Saint-Denis, un cortège de quelque 30 000 personnes remontait l’avenue Jean-Lolive, dans une ambiance chaleureuse, finalement épargnée par la pluie. Sourires des passant·e·s, affichettes de soutien d’habitant·e·s aux fenêtres.

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Un contexte de fête qui n’empêchait évidemment pas les messages politiques, de la lutte – toujours pas achevée - pour la PMA pour toutes à celle, par exemple, de l’Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans à l’immigration et au séjour (ARDHIS). « On revendique une meilleure politique d’accueil des personnes étrangères LGBT et des garanties de procédure pour la demande d’asile au motif de l’orientation sexuelle ou de l’expression de genre, exposait ainsi sa présidente Aude Le Moullec-Rieu. Une des choses qu’on dénonce notamment, c’est la loi Asile et immigration de 2018, qui prive du droit au séjour les personnes provenant de pays soi-disant sûrs, comme le Sénégal, le Ghana ou des pays européens comme l’Albanie, le Kosovo. Arrivées en France, ces personnes sont expulsables, alors qu’on sait que dans ces pays, beaucoup de personnes sont persécutées pour leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. C’est un recul très important. »
Arrivé·e·s à la Porte de Pantin, le pont du périphérique donnait de l’écho aux chants des manifestants. Comme un symbole. Quelques jours plus tôt, Mathias Nevière, membre de l’Inter-LGBT et lui-même habitant de Seine-Saint-Denis, s’était réjoui de « l’aboutissement d’une volonté qui émane de plusieurs collectifs depuis pas mal de temps » : « Ça fait longtemps que j’attendais cette marche qui parte en dehors de Paris et qui soit un reflet de toute la communauté LGBT, pas juste le Paris intra-muros. On doit être là où les gens vivent… On y est et il faudra poursuivre dans cette voie ». Tout là-bas, en descendant le boulevard Jean-Jaurès puis en tournant à gauche, banlieue et Paris intra-muros s’étaient donné rendez-vous à République, pour faire avancer les droits de toutes et tous.

Christophe Lehousse
Photos : Jean-Louis Bellurget

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Saint-Denis Ville Au Cœur organise deux rencontres-débats

Un « Blabla queer ». Comprendre des rencontres-débats. Après la première Marche des fiertés en banlieue, organisée en 2019, c’est le prochain projet de Saint-Denis Ville Au Cœur. Cette association fondée par des étudiant·e·s pour lutter contre toutes les formes de discrimination va monter deux cercles de parole libre en juillet pour permettre à tous·tes les intéressé·e·s d’échanger sur différents points de l’accès aux droits des personnes LGBT. Au programme : les enjeux autour de la pandémie de VIH, les lacunes de formation des médecins quant à l’accueil des personnes LGBT ou encore les efforts à faire pour adapter les manuels scolaires à la diversité de genre… Rendez-vous les samedi 10 juillet (de 14h30 à 17h30) au Parc de la Légion d’Honneur de Saint-Denis et le dimanche 11 au Parc de la Sapinière à Romainville (de 14h30 à 17h30).
Idéalement, Saint-Denis Ville au Cœur souhaiterait ensuite organiser en septembre une « camio-Pride », une Pride itinérante pour porter son combat pour l’accès aux droits de la communauté LGBT dans toutes les villes du département.

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