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Fondation Cherqui : des blouses blanches aux toiles de maîtres

Au cœur du quartier des 4-Chemins à Aubervilliers se niche une des collections d’art optique et cinétique les plus importantes au monde avec des milliers de pièces dans plus de 1000 mètres carrés de surface exposable. Bienvenue parmi les trésors de la Fondation Cherqui !

Au 61 rue Lécuyer se dresse une bâtisse sur deux étages à l’architecture typique des années 80. Derrière la façade discrète se cache pourtant un immense entrepôt remplis d’histoires de la pharmacologie française et de l’art contemporain mondial en particulier sud américain.

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L’histoire débute dans les années 60 quand Jean Cherqui vend ses pharmacies en Algérie pour continuer sa vie en France après le rapatriement lié à la guerre d’indépendance. Acquérant en 1971 un petit laboratoire pharmaceutique à Paris, ce dernier devient trop exigu à mesure que fleurissent les affaires. Installées désormais à Aubervilliers ses équipes innovent dans la fabrication de médication de confort. Jean Cherqui a du flair. Il sent et comprend l’intérêt du marché des médicaments génériques qui prend essor aux États-Unis et en Allemagne mais suscite peu d’intérêt dans l’Hexagone. Dans le même temps, grâce à sa belle-sœur Natalie Seroussi, qui tient une galerie d’art à Paris, l’entrepreneur découvre l’art cinétique et abstrait contemporain des décennies entre 1940 et 1960 et tombe dans une passion dévorante.

Ainsi dans les années 80 et 90, le département recherche de ses deux laboratoires d’Aubervilliers tourne à plein régime. Un médicament contre les vertiges dont ses équipes améliorent la composition remporte un franc succès. Ce nouveau générique contribue encore au développement de l’entreprise. Jean Cherqui détient désormais 50 Autorisations de Mise sur le Marché d’autant qu’à cette époque les grands laboratoires boudent les génériques, concurrençant leurs produits phares. À contre-courant, Jean Cherqui concentre donc toute sa recherche sur ces AMM et se constitue un trésor de guerre. En 1996, lui qui est devenu l’un des artisans de l’avènement du générique en France décide qu’il est temps de vendre ses AMM, d’abord au groupe allemand BASF puis à un groupe indien. Sa vie professionnelle derrière lui, il peut se consacrer entièrement à son activité de mécène et de collectionneur pointu. Accompagné de sa femme Colette, le couple fait le tour du monde pour assouvir cette quête artistique.

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Pour l’ancien pharmacien, ces œuvres intrigantes ont des points communs avec les structures moléculaires ou les couleurs qu’il manipulait ou étudiait dans ses laboratoires de recherche. Il voit les ponts entre les innovations de ces artistes et celles de la pharmacologie et de la recherche médicale.

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Au cours de ces années de prospection, il s’intéressera surtout à une génération d’artistes encore peu vues dans les musées.

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Carmelo Arden-Quin, Jesus-Rafael Soto, Martha Boto, Joaquin Garcia Torres, Rosette Bir (dont il rachète tout l’atelier), Gyula Kosice… Ces noms ne sont pas aussi célèbres que ceux de Vasarely ou Calder dont il possède aussi des pièces mais ils et elles sont à découvrir dans l’incroyable fondation qui a ouvert ses portes en 2021 grâce notamment à son petit-fils Mathias.

Si ses parents se sont rencontrés sur le banc de la fac de médecine, (son père, Maurice Chetrit, s’établira médecin généraliste à Aubervilliers), Mathias met tout de même fin à sa dynastie de professions médicales. Baigner dans les collections de son grand-père depuis sa tendre enfance lui a définitivement inoculé le virus de l’art. Résident sous le nom de Falcone, c’est lui, aidé de son épouse, qui fait office de guide pour les visites où il peut aussi montrer et expliquer ses propres œuvres en plus des trouvailles du grand-père.

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« A 92 ans il continue d’acheter et de découvrir de nouveaux artistes. Sa curiosité est toujours aussi insatiable ! » sourit Mathias. Une collection qu’il se plaît à raconter et à faire partager dans cette galerie atypique où s’observe encore les douches de décontamination ou les tuyaux d’acheminement des produits chimiques.

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« Les retours du public sont très stimulants et le bouche à oreille fonctionne bien. Nous recevons aussi beaucoup de scolaires du quartier et de toute l’Ile de France ». De quoi encourager Mathias Chetrit et toute la famille Cherqui à partager plus que jamais leur héritage familial dont on ne soupçonne ni la profusion ni la diversité derrière la façade aux carreaux blancs et bleus de la rue Lécuyer.

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La Fondation Cherqui accueille aussi des artistes en activité comme Gaston Ugalde

Savoir plus : ccfondation.com


Les autres Laboratoires de la rue Lécuyer
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De passage à la Fondation Cherqui, arrêtez vous aussi au numéro 41 pour visiter Les Laboratoires d’Aubervilliers. Installés dans une ancienne usine depuis 1993, ils accompagnent des projets artistiques, de formation auprès d’un public professionnel et amateur, à travers la présentation de spectacles, d’expositions, et de toutes les formes de diffusion du travail des artistes qui y sont accueillis en résidence. Avec leurs jardins partagés, Les Laboratoires sont ouverts sur le quartier avec à cœur de faire partager leurs événements avec les haitant.e.s. Découvrez leur programmation via leur site www.leslaboratoires.org.

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Crédits photos : Fondation Cherqui, Nicolas Moulard et Sandrine Bordet

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