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Epinay et l’Ile Saint-Denis, unis dans la diversité

Jeudi 21 mars, des élèves de deux collèges de Seine-Saint-Denis se sont mis dans la peau de députés européens, à l’occasion d’un Parlement européen de la jeunesse organisé avec le soutien du Département. Une initiative destinée à leur faire comprendre de façon ludique les enjeux politiques à l’échelle du continent. Reportage.

« Mesdames et messieurs, je vous demande d’interdire le glyphosate. Ce pesticide utilisé massivement en agriculture a été reconnu cancérogène par plusieurs études et nous empoisonne tous. » Les arguments de Danko résonnent dans les têtes des 46 autres députés européens en herbe qui siègent dans la salle des séances départementale de Bobigny. Seulement, la jeune fille, en 5e au collège Jean-Vigo, a fort à faire face à Mathis, ou plutôt au député européen du bloc nationaliste (EFDD) qu’il incarne ce jour-là.
Jusqu’au dernier moment, ce collégien d’Alfred-Sisley à l’Ile Saint-Denis, l’autre collège impliqué dans l’initiative, aura essayé de faire obstruction au vote de la proposition de loi portée par la jeune députée de la Gauche unitaire (GUE).
« Les personnes qui défendent cette loi ne se soucient pas du bien-être des agriculteurs. Si cette loi passe, ceux-ci produiront moins et leurs prix vont augmenter, et ça pénalisera tous les citoyens européens. », martèle Mathis, avec un certain talent de persuasion.
Au final, la proposition de loi d’interdire le glyphosate d’ici 4 ans et immédiatement dans tous les lieux publics sera tout de même adoptée, à 30 voix contre 16. « Chers collègues, je vous félicite, vous venez de prendre une décision historique », se réjouit Christine Revault d’Allonnes, vraie députée européenne pour le coup (du groupe des Socialistes & Démocrates) venue présider ce Parlement européen des collégiens à l’invitation de l’association des Jeunes Européens et de la Direction Europe et International du Département.
En ce jeudi, l’élue européenne prend son rôle très à coeur, s’efforçant de transmettre aux 47 élèves participants son goût de l’Europe : « dans la réalité, nous avons voté au Parlement européen pour le non-renouvellement du glyphosate. Mais les représentants des Etats-membres se sont opposés à cette décision. Ce qui fait que son utilisation a été renouvelée jusqu’en 2022. Bravo, vous êtes allés plus loin », souligne-t-elle.
Applaudissements nourris dans la salle, Mathis peut souffler pour redevenir lui-même, et on passe à la prochaine proposition de loi. Minerais de sang, pêche électrique, textile low-cost : sur tous ces sujets, les acteurs du jour ont eu à formuler des propositions de réglementation.

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Dynamique, ludique et bien pensé, ce Parlement européen des collégiens – le deuxième du nom après une première édition en 2018 – entend faire œuvre de pédagogie sur le rôle des institutions européennes et casser cette impression technocratique qui prédomine parfois quand il est question de débats européens.

Jeu de rôles européen

A l’origine de cette initiative : Alexandre Schon, un professeur d’histoire-géo du collège Jean-Vigo d’Epinay-sur-Seine. « On a imaginé cette sorte de jeu de rôles pour lutter contre cette indifférence qu’il peut y avoir chez certains élèves à propos de l’Europe. En les impliquant dans ce projet, il s’agit de leur faire comprendre que les décisions prises au niveau européen les concernent directement et qu’ils ont donc leur mot à dire là-dessus. », resitue cet Européen critique mais convaincu. Alors que se profile un nouveau scrutin le 26 mai prochain, le taux d’abstention de 68,8 % aux dernières élections européennes de 2014 en Seine-Saint-Denis – et jusqu’à 81 % pour Epinay - confirme en effet ce sentiment de désenchantement vis-à-vis de l’Europe.
« On peut parfois avoir le sentiment que ce qui se débat au Parlement européen est éloigné de nos préoccupations du quotidien. Mais en fait, c’est tout l’inverse. Des questions de solidarité, d’environnement se déroulent là. Nous avons donc souhaité cette simulation pour faire prendre conscience qu’à l’échelon européen se jouent des enjeux très concrets. », renchérit Stéphane Troussel, président du conseil départemental.

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Et de fait, ce Parlement miniature semble avoir porté ses fruits auprès des participants, exemplaires en dépit d’une journée assez copieuse qui les a vus siéger dès le matin en commissions de travail. « C’était bien, j’ai pris du plaisir à débattre, passer des alliances. C’était comme un jeu de se mettre dans la peau des députés. Du coup, je pense que j’irai voter quand je serai en âge de le faire », jugeait Sharonne, collégienne de l’Ile Saint-Denis qui avait eu à s’opposer à l’importation des minerais de sang.

Savoir dire non

« J’ai beaucoup aimé cette journée. J’ai appris pas mal de choses sur l’Europe, et j’ai vaincu mon stress au moment de parler. », ajoutait Marina. Car la prestation orale et les qualités d’argumentation mises en avant étaient un autre aspect à retenir. « Aujourd’hui, j’ai entendu des collégiens que j’entends très rarement d’habitude, tellement ils sont timides. Avec de tels projets, certains prennent confiance en eux, se sentent valorisés », estimait ainsi Djouher Chabla, professeur de français à Epinay qui avait en amont travaillé sur l’éloquence avec ses élèves.
Maxime Wieder, professeur de SVT à l’Ile Saint-Denis, voyait encore un autre avantage à cette journée. Encore étonné qu’une proposition de loi farfelue sur « l’utilisation de la pêche électrique exclusivement sur les poissons africains pour permettre aux poissons européens de se reproduire » ait pu arriver jusqu’à la séance plénière, il y voyait néanmoins un signe positif pour ses élèves. « A la pause de midi, après le travail en commission, beaucoup d’élèves m’ont dit qu’ils avaient honte d’avoir laissé passer cette proposition. Donc ce type d’initiatives est très positif parce que ça leur montre qu’il ne faut pas hésiter à le dire quand on n’est pas d’accord. » C’est aussi ça la politique.

Voyage au pays de la Commission

Etoile sur le gâteau européen, une vingtaine d’élèves du collège Jean-Vigo d’Epinay, participants à la simulation de 2018, partiront en septembre prochain à Bruxelles pour y approfondir leur connaissance de l’Union européenne. Au programme de ces quatre jours : visite des instances européennes en compagnie d’un député européen, et passage par plusieurs lobbies d’influence avec Transparency International. Par ailleurs, une autre session du Parlement européen de la jeunesse aura lieu le 12 avril, cette fois-ci avec deux classes de 3e du collège Brassens de Sevran. Qui a dit qu’on ne parlait pas d’Europe en Seine-Saint-Denis ?

Photos : @Nicolas Moulard

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