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Economie sociale et solidaire À suivre JOP 2024

ESS : go go go sur les marchés des JO

Le monde de l’économie sociale et solidaire de Seine-Saint-Denis était rassemblé, le 14 novembre dernier à la Chambre de commerce et d’industrie. A l’ordre du jour, la mise en ordre de bataille du secteur pour conquérir les marchés des JOP... et la présentation des sources de financements privés dans un contexte de baisse des subsides de l’Etat.

« On peut faire sur place  ». Le message de la réunion des acteurs de l’économie sociale et solidaire, le 14 novembre dernier, à Bobigny, pour la 7e journée de l’ESS organisée par le Département était clair. Et il était directement adressé au Comité d’organisation des jeux olympiques (Cojo) et à la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo), qui tiennent les ficelles de la bourse des Jeux olympiques, garnie de trois milliards d’euros destinés à l’investissement. Pas question que les retombées économiques de la fête passent sous le nez des acteurs économiques du département qui, s’il figure parmi les principaux contributeurs à la richesse du pays, n’en souffre pas moins d’un taux de chômage record.

La mobilisation des dirigeants d’associations, de coopératives, d’ « entreprises sociales » avait lieu à la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Seine-Saint-Denis. Tout un symbole pour ce pan de l’économie souvent pris de haut par l’économie classique, dont la CCI est le temple.

Dans l’auditoire, on trouve Sandrine Quevillon, directrice d’un restaurant social employant des femmes en insertion situé dans un foyer de travailleurs migrants à Sevran. Luna Granada, à la tête d’une maison d’édition de livres artistiques, animant des ateliers avec la population, située à Saint-Denis. Toutes deux sont venues se renseigner sur les manières d’obtenir des financements pour leurs structures, de moins en moins abondées par les subventions publiques. Plus loin, il y a Michel Bodart, chargé de mission sport à la mairie de Tremblay-en-France, qui attend des informations sur les opportunités que les JOP vont ouvrir en termes de formation pour les jeunes de sa ville sur des compétences comme l’accueil, les langues étrangères ou l’encadrement sportif. Yves-Samuel Trotoux, de l’association culturelle CECB du Bourget, dont les locaux vont être rasés avec les chantiers des JOP, est venu parce qu’il aimerait en savoir plus sur le relogement de celle-ci.

Union sacrée pour les JOP

Toutes ces associations, entreprises « sociales », Scop, SCIC, ont un point en commun. Contrairement aux entreprises lambda, dont l’objet premier est de faire des bénéfices et d’enrichir ceux qui les possèdent, leur objet à elles est de répondre à des besoins sociaux. A ce titre, elles bénéficient de financements par la puissance publique, d’un accès à l’épargne salariale solidaire, choses auxquelles ne peuvent prétendre des entreprises classiques. La cloison nette entre ces deux pans de l’économie s’est amincie ces dernières années. La loi sur l’ESS de 2014 a assoupli les conditions d’entrée dans la famille de l’économie sociale et solidaire, ouvrant la porte à certaines entreprises, à certaines conditions, tandis que la loi Pacte, adoptée en septembre dernier, permet aux entreprises d’ajouter des missions sociales à leur objet.

Si historiquement, l’ESS s’est construite contre l’économie classique, l’heure est aujourd’hui à l’union sacrée. Tous pour le 93. Objectif pour les entreprises ? Solidaires ou pas, être dans les starting-blocks pour emporter les marchés des JOP. « L’ ESS fait partie intégrante du tissu économique. En Seine-Saint-Denis, elle représente 3 250 organismes, et 31 000 emplois directs », introduit Fabienne Lichentin, vice-présidente de la CCI. JOP 2024, coupe du monde de foot féminin en 2019, championnats d’Europe d’athlétisme en 2020, coupe du monde de rugby en 2023... mais aussi la récente promesse de JP Morgan d’investir en Seine-Saint-Denis : il faut faire feu de tout bois pour que l’argent, privé ou public, vienne dynamiser les entreprises du département.

Raisonnables, responsables, inclusifs

Pour Stephane Troussel, l’objectif est de créer un maximum d’emplois. Le président du Département galvanise lui aussi les troupes. « 80 % des réalisations prévues pour les JOP auront lieu sur le sol du 93. Je dis souvent que la Seine-Saint-Denis a beaucoup changé ces vingt dernières années. Ce n’est rien au regard des 15 années qui arrivent. Les investissements massifs liés aux JOP sont des atouts pour la mutation de la Seine-Saint-Denis. Ils doivent permettre de valoriser la jeunesse, la diversité de notre population, de rendre possible de meilleures conditions de vie, de transformer notre image. Ce qui m’intéresse, en tant qu’élu local, ce ne sont pas seulement les trois semaines de compétitions sportives qui m’intéressent mais les trente ans qui suivront », insiste-t-il.

L’homme veut participer à donner une couleur particulière aux JOP 2024 : économiquement raisonnables, responsables, inclusifs. Des valeurs qu’on trouve dans l’ADN des organismes de l’économie sociale. Et avec lesquelles le Cojo et Solideo semblent être en phase. Ils ont en tout cas signé une charte « en faveur de l’emploi et du développement territorial » par laquelle ils s’engagent à introduire dans les appels d’offres des clauses afin que 10 % des heures travaillées bénéficient à des personnes en insertion, et que 25 % des marchés reviennent aux TPE et PME de Seine-Saint-Denis.

Des JO « vraiment solidaires » ?

Depuis 2012, la collectivité a mis la gomme sur l’ESS, en investissant 1,7 million d’euros dans un millier de projets et une centaine de structures. La filière représente aujourd’hui 61 milliards d’euros de masse salariale, 100 milliards de valeur ajoutée, 6 % du PIB du département. « Economie circulaire, insertion par l’activité sportive, offre de restauration préparée et livrée par les personnes en difficulté... nous avons fait de l’ESS une filière d’excellence. Mais ce n’est pas suffisant », poursuit Stéphane Troussel. Avant de conclure : « Rien ne nous sera donné, rien ne se fera dans un claquement de doigts, il n’y aura pas de main invisible. Il faudra se battre pour que l’économie et l’ESS du territoire bénéficient des retombées économiques des JOP. »

La parole est ensuite donnée à François Dechy, président fondateur de Baluchon, une entreprise de préparation et de livraison de plats à base de produits de circuits courts par des salariés en insertion. Dynamique « entrepreneur social », il a fait paraître sur le site Socialter une tribune « pour des JO vraiment solidaires », paraphée par 93 acteurs de l’économie sociale et solidaire du département, dans laquelle il propose diverses mesures sophistiquées pour attirer les investissements vers son secteur d’activité. Parmi elles, il suggère d’orienter le fonds d’investissement du département vers « l’innovation sociale ». Chose à laquelle Stéphane Troussel s’est engagé.

Fondations

Arrive alors le moment qu’attendait une bonne partie du public : la discussion sur les pistes de financements possibles pour leurs associations. En effet, avec les coupes de l’Etat dans le budget des collectivités, les communes, les communautés de communes, les départements et les régions peuvent de moins en moins soutenir l’écosystème social qu’elles avaient construit. Le Département oriente donc les dirigeants associatifs vers les fondations et systèmes de financement alternatifs. Autour de la table ronde, cet après-midi de novembre, quatre structures présentaient leur système de subvention.

La fondation SNCF nationale dispose de 5 millions de budget, qu’elle ventile dans des projets éducatifs, culturels ou de solidarité à travers divers dispositifs. Il est également possible de s’adresser à l’antenne Ile-de-France, qui aide au financement de chantiers d’insertion, d’activités autour du vélo, du bâtiment de second œuvre, d’activités dans les espaces verts. Ensuite, au tour de la fondation « Link together », financée grâce à une écoparticipation des clients de l’entreprise « Link by net », qui gère des serveurs informatiques impactant l’environnement, de se présenter. Les 80 000 euros de budget dont elle dispose permettent logiquement de financer des projets liés à l’environnement, et sur l’éducation. « Humanité, digital et numérique » est la fondation personnelle d’Henri de Navacelle. Cet ancien capitaine de la marine, qui a ensuite dirigé l’Aforp, l’institut de formation de la branche de la métallurgie du Medef, a décidé, une fois à la retraite, de consacrer de l’argent aux « projets pédagogiques disruptifs au service de la grandeur de l’Homme ». Parmi les passions qu’il aimerait transmettre grâce aux 55 000 euros de budget dont il dispose, le grec ancien et la sophrologie.

Tour de chauffe

Mais les fondations ne sont qu’un palliatif temporaire au désengagement de l’Etat. Car la suppression de l’ISF a fait chuter drastiquement les dons des philanthropes, rappelant qu’en France, le mécénat est intimement lié à la défiscalisation. Garance, un fonds abondé par le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, Est Ensemble, Plaine Commune et Air France, n’alloue pas d’argent sans contrepartie, mais propose différents outils financiers aux structures de l’ESS. Parmi lesquels le Far, un prêt à court terme et à taux zéro permettant de résoudre des problèmes de trésorerie pour répondre à un marché, faire des achats ou des aménagements. L’association bondynoise la Marmite a par exemple fait appel à cet outil pour lancer l’un de ses chantiers d’insertion.

C’est avec émotion que Nadège Grosbois, vice-présidente du Conseil départemental en charge de l’économie et de l’emploi, a conclu cette dense journée, commencée avec une visite d’une ferme aquaponique à Aubervilliers. L’élue a salué la participation record à la journée de l’ESS, avec 101 personnes cette année, et leur enthousiasme, malgré les coups durs subis ces derniers temps avec la suppression des contrats aidés, des emplois tremplins, la suppression de l’Atelier, un centre régional de ressources de l’ESS. Elle a également annoncé la participation prochaine du Département au capital de sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC). Mais cette réunion n’était qu’un tour de chauffe. Le 19 décembre prochain aura lieu le véritable top départ du travail des acteurs économiques- tous genres confondus- sur les marchés des Jeux olympiques, avec un atelier sur le développement économique et territorial, dans le cadre de La Fabrique des Jeux.

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