COVID-19 - Le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a pris des mesures préventives pour protéger la population tout en assurant la continuité du service public.
> Vous pouvez nous téléphoner au 01 43 93 93 93 ou utiliser notre formulaire de contact
Retrouvez toutes nos informations disponibles en suivant ce lien
Catégories
Seine Saint-Denis
Cinéma Bagnolet

Dyana Gaye, d’ici et d’ailleurs

A 42 ans, cette réalisatrice franco-sénégalaise qui a grandi à Bagnolet siège pour la première fois dans le jury du festival Cinébanlieue. Elle nous livre son regard sur la Seine-Saint-Denis et dit son admiration devant les films en compétition, dont le palmarès sera dévoilé vendredi 17 novembre.

Elle se dit bluffée par la qualité des films en compétition de la 12e édition du festival Cinébanlieue. « C’était vraiment une sélection d’une grande tenue. Chaque film avait quelque chose à défendre, donnant à voir différents territoires, des formes singulières et des écritures personnelles. Qu’un festival pareil se déroule en Seine-Saint-Denis, c’est très positif. »

La Seine-Saint-Denis, Dyana Gaye la chérit. Cette citoyenne du monde a beau revendiquer venir d’ « un pays qui n’existe pas » – le métissage – son coeur bat quand même un peu plus vite quand il est question du 93.

Comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement ? Comme Laurence Lascary, productrice et présidente du jury de cette année du festival Cinébanlieue, Dyana Gaye est un pur produit de la Seine-Saint-Denis. Elle qui a grandi à Bagnolet, qui y a fait son école primaire et son collège, s’est ensuite formée au cinéma à la fac de Paris 8 à Saint-Denis. « Un beau souvenir. J’avais choisi Paris 8 parce que je trouvais ça intéressant d’avoir des enseignants qui étaient eux-mêmes actifs dans l’industrie du cinéma. Et j’ai gardé des liens forts avec beaucoup d’étudiants de l’époque, comme ma monteuse Gwen Mallauran, avec qui je fais tous mes films »

Triple culture

Depuis, la jeune étudiante a parcouru un sacré bout de chemin. Prix du Jury au festival de Clermont-Ferrand pour son court métrage « Deweneti », Grand Prix et prix du public au festival d’Angers du premier film pour « Des Etoiles », sorti en 2014… Mais celle qui travaille actuellement à son deuxième long-métrage et est toujours par monts et par vaux, revient toujours avec plaisir dans sa Seine-Saint-Denis, où vivent encore ses parents.
« C’est un endroit qui a une vraie énergie et une politique d’éducation très volontariste. Je me souviens encore des résidences d’artistes dans les collèges (portées par le Conseil départemental, ndlr) auxquelles j’ai moi-même participé : c’est exactement ce qu’il faut à des gamins qui ne demandent qu’à prendre confiance en eux, à s’ouvrir sur le monde » En comparaison, les Yvelines où cette amoureuse de la nature, mariée à un maraîcher, a choisi de prendre racine il y a une dizaine d’années, lui paraîtraient bien passives… « Bon après, il ne faut pas enjoliver à l’excès, il y a aussi des choses qui se dégradent dans le 93, avec des services publics qui sont malheureusement mis en danger par les baisses de subvention », tempère-t-elle.

Pour l’instant, le département n’apparaît pas encore dans ses films, Dyana Gaye lui ayant préféré une exploration plus large de son identité. Il faut dire qu’avec un père sénégalais, arrivé en France dans les années 70 et une mère italo-malienne, le terrain de jeu est grand. « Pratiquement tous mes films explorent jusqu’ici ma double, voire triple culture entre la France, le Sénégal et l’Italie. C’est quelque chose que j’ai toujours considéré comme une richesse et que m’a transmise ma famille », dit celle qui regrette seulement de ne pas savoir parler wolof, qui était « la langue secrète de nos parents. »

« Album », le nouveau film sur lequel elle travaille, s’inscrit dans la veine de cette double culture : il montrera le voyage d’une Afro-américaine originaire de la Nouvelle-Orléans vers Saint-Louis du Sénégal, sur fond de musique des deux lieux et de problématiques communes : la menace des eaux, la mémoire de l’esclavage. « Je voulais parler de voyages, de quête d’identité, et pas juste d’immigration. On raconte toujours le Sud qui va vers le Nord, c’est le chemin inverse qui se dessinera dans mon film », explique celle qui, dans son premier long-métrage « Des étoiles », entamait déjà une réflexion sur la circulation contrariée dans le monde.

« Un sujet qui retient particulièrement mon attention, c’est l’empêchement de circuler que les frontières et les origines dessinent dans notre monde. J’insiste : l’empêchement de circuler, et pas juste d’immigrer. Ainsi, un jeune Sénégalais a envie de découvrir le monde comme tout un chacun, et néanmoins, on va toujours le taxer d’une volonté d’immigration. »

Des rôles encore trop stéréotypés

Si Dyana Gaye n’a pas réfléchi deux fois avant d’accepter de siéger au jury de Cinébanlieue, c’est aussi en raison du focus de la manifestation de cette année : « Les lumières noires », et donc en creux la trop grande invisibilité des minorités sur les écrans français. « Oui, la France a du retard là-dessus, c’est incontestable. Quand on en est encore à faire des films comme « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? », qui est littéralement un tissu de clichés sur les minorités, il n’y a pas de quoi pavoiser. Alors, bien sûr, d’autres cinémas émergent, comme les documentaires d’Alice Diop. Il n’empêche : les jeunes Français noirs ou d’origine maghrébine voient encore trop peu de rôles qui leur ressemblent et dans lesquels ils pourraient se projeter... »

Voilà pourquoi adolescente, Dyana Gaye s’est plutôt tournée vers le cinéma américain. « J’y trouvais plus de points d’identification. Des films comme ceux de Spike Lee donnaient par exemple à voir des personnages qui me ressemblaient », se souvient-elle. Et la réalisatrice de tresser un vibrant hommage à la Nouvelle-Orléans, où elle tournera en février 2018, à l’occasion des défilés de Mardi-Gras.
Une « ville au métissage extraordinaire et une ville de résistance » après le passage de l’ouragan Katrina. On lui fait remarquer que ces valeurs, « métissage » et « résistance », pourraient parfaitement s’appliquer à la Seine-Saint-Denis. L’intéressée nous décoche un sourire d’assentiment. Peut-être le parc des Guilands ou le marché de la place Salvador-Allende de Bagnolet ne vont-ils pas tarder à accueillir les caméras de Dyana Gaye…

Christophe Lehousse
Photo : @Willy Vainqueur

La cérémonie de remise des prix aura lieu vendredi 17 novembre à 19h au cinéma UGC Ciné Cité Paris 19e, suivi de l’avant-première de la comédie de Lucien Jean-Baptiste « La deuxième étoile ». Neuf courts-métrages étaient cette année en compétition à Cinébanlieue.

CINEBANLIEUE 2017 - BANDE ANNONCE DES FILMS EN COMPETITION from Le-Festival Cinébanlieue on Vimeo.

à lire aussi
Bande dessinée

Albert Uderzo, dernier banquet

Albert Uderzo, créateur entre autres d’Astérix avec son acolyte René Goscinny, est mort ce mardi à 92 ans. Ce dessinateur de génie avait un lien fort à la Seine-Saint-Denis : après avoir grandi à Clichy-sous-Bois, c’est dans un HLM de Bobigny que lui et Goscinny avaient commencé à donner naissance à l’irréductible Gaulois. Voici l’article que nous lui avions consacré en septembre 2019, à l’occasion des 60 ans de la naissance d’Astérix.

Ateliers et cours Parcs départementaux Patrimoine

« La poudrerie, un patrimoine qui cartonne » : acte 1 !

Cinq rendez-vous devaient se succéder. L’épidémie de coronavirus et les mesures de confinement en auront cependant décidé autrement. Samedi 14 mars, au parc départemental de la Poudrerie, s’est donc tenu l’unique atelier de préparation au projet artistique participatif d’Olivier Grossetête. Malgré le contexte et une météo peu avenante, ils étaient une petite trentaine de personnes à y prendre part, pour imaginer et réinventer ensemble le bâtiment de la cartoucherie. Reportage.

Théâtre

Bezace, le communard

Didier Bezace, metteur en scène et directeur du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, centre dramatique national, est décédé mercredi 11 mars 2020. Ardent défenseur d’un théâtre de qualité accessible à toutes et à tous, plusieurs fois récompensé par un Molière, nous l’avions suivi en 2009 toute une journée alors qu’il jouait "Après la répétition" d’Ingmar Bergman. Voici le reportage tel qu’il est paru alors dans le magazine départemental de novembre 2009.

Radio Pantin Aubervilliers

Le son au coeur de la Cité

« La Cassette » devrait commencer à tourner au second semestre 2020. Aux confins d’Aubervilliers et de Pantin, ce nouveau « tiers-lieu » imaginé par des amoureux de la radio est dédié à la création sonore. Il abritera la jeune école de radio du collectif « Transmission », gratuite et ouverte à tous.

Services, aides
& démarches

Accessibilité des équipements culturels

Un guide valorisant la diversité de l'offre culturelle en Seine-Saint-Denis et favorisant l'accès et la participation des personnes handicapées à la vie culturelle et sociale.