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Aménagement urbain

Dessine-moi la Seine-Saint-Denis de 2030

Pour accompagner la transformation de la Seine-Saint-Denis qui s’annonce importante d’ici 2030, le Département a lancé une grande consultation. Trois projets émanant d’experts et d’habitants ont été retenus. Ces équipes disposent maintenant de 5 mois pour affiner leurs idées. Voici leur brainstorming…

Un tiers des gares du Grand Paris Express qui viendront densifier à terme le réseau de la Seine-Saint-Denis, plusieurs opérations urbanistiques d’ampleur en cours ou à venir comme le Campus Condorcet à Aubervilliers et bien entendu l’héritage des Jeux olympiques et paralympiques de 2024... La transformation que va connaître la Seine-Saint-Denis au cours de ces 10 prochaines années est conséquente. Un peu plus de vingt ans après la construction du Stade de France qui avait déjà induit un changement dans son paysage urbain, s’ouvre pour ce département une nouvelle ère de grands chambardements architecturaux et donc forcément sociaux.

Pour accompagner cette évolution importante, le Département a lancé en novembre dernier une grande consultation internationale s’adressant à différents experts vivant ou travaillant sur son territoire. Sur les 21 projets remis, un jury composé d’élus de Seine-Saint-Denis mais aussi de personnalités du département en a sélectionné trois, retenus pour leur « pluridisciplinarité et leur complémentarité » : une équipe menée par l’école Kourtrajmé, structure fondée par le réalisateur des "Misérables" Ladj Ly installée à Montfermeil, une autre autour de l’agence d’architecture Catherine Tricot et une troisième, à tonalité plus universitaire, pilotée par le CNRS.

Le sens d’un tel concours d’idées ? Donner du sens justement, ouvrir des perspectives et faire aussi appel à un imaginaire fertile dans le département, plus d’une fois à l’origine de solutions innovantes. « Parce que mettre des projets bout à bout ne suffit pas à leur donner un sens, le Département a souhaité interroger des expert.e.s sur la façon dont ces projets pourront renforcer l’identité métropolitaine de la Seine-Saint-Denis et mettre en valeur ses spécificités, ses atouts et son dynamisme ; tout en faisant que ces projets soient en ligne avec les enjeux sociaux, environnementaux et sociétaux auxquels le territoire est et sera confronté. », pouvait-on ainsi lire dans le communiqué de presse dévoilant l’identité des trois équipes lauréates.

Et parce qu’on ne saurait pas non plus parler de transformation de la Seine-Saint-Denis sans ses habitants, les trois projets que les équipes rendront d’ici 5 mois feront aussi l’objet d’une grande exposition en juin. Les multiples retours des visiteurs séquanodionysiens viendront alors encore enrichir les propositions émises. En Seine-saint-Denis on n’a pas de pétrole, mais on a des idées…

Les trois projets lauréats dans leurs grandes lignes :

« Un laboratoire des futurs en cours »- Projet pluri-disciplinaire autour de l’agence Catherine Tricot, architecte

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Peut-être encore plus que le reste de la société, la Seine-Saint-Denis est à un point de bascule, due à la course contre-la-montre environnementale, au creusement des inégalités, aux bouleversements du numérique. C’est le constat de départ de l’équipe organisée autour de Catherine Tricot, architecte qui vit depuis 30 ans dans le département, à Pantin puis à Bagnolet. Ce tournant, l’équipe souhaite le mettre à profit en allant chercher auprès des habitants des réponses pour affronter ces défis à venir.

« La Seine-Saint-Denis a été un territoire particulièrement marqué par le productivisme, le travail à la chaîne, le taylorisme. Aujourd’hui, il faut absolument sortir de ce modèle pour proposer autre chose », souligne ainsi Catherine Tricot. Et d’évoquer l’exemple de ces familles maliennes de la cité des Courtillières à Pantin qui l’avaient sollicitée il y a quelque temps déjà pour aménager des jardins partagés dans lesquels ils pourraient faire pousser des légumes de leur pays d’origine et ainsi transmettre une culture par l’entremise de la cuisine. En matière d’agriculture urbaine, de gestion de l’eau, de réponse aux défis climatiques, les solutions bien souvent sont déjà là : il n’y a qu’à opérer un retour vers le futur… Ou pour le formuler comme Catherine Tricot : «  Dans nos propositions, nous valoriserons ce qui, dans les souvenirs, les pratiques, les créations, permet de passer du jetable au réparable, de la malbouffe à la cuisine, de la standardisation à la création. »
Pour ce faire, l’équipe, composée notamment d’une photographe, Sophie Loubaton, et d’un réalisateur, Wael Sghaier, connu pour son documentaire « Mon incroyable 93 », mise notamment sur l’image. « La Seine-Saint-Denis, c’est un département jeune et donc il faut bien entendu utiliser les outils de communication d’aujourd’hui comme les vidéos », insiste la cheffe d’équipe. Celle qui est aussi chroniqueuse sur BFM TV promet donc d’aller sur place pour faire remonter « les envies des habitants » : tel reportage dans la cité du Franc-Moisin à St-Denis, soumise à un nouveau programme de rénovation urbaine ou tel projet plus ludique et fictif - « car la fiction s’enracine elle aussi dans le réel » - donneront ainsi corps aux aspirations des habitants. Nom de Zeus, Marty !

Projet autour de l’école Kourtrajmé et du cabinet d’architectes Anyoji-Beltrando
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Pour parler de la Seine-Saint-Denis de demain, cette équipe, emmenée par l’école Kourtrajmé de Clichy-Montfermeil fondée fin 2018 par le réalisateur Ladj Ly, fait le pari de la jeunesse. Assez logique quand on souhaite parler du plus jeune département de France métropolitaine... Pour se projeter en 2030 et nous livrer ce nouveau récit de la Seine-Saint-Denis, les deux premières promotions de l’école Kourtrajmé seront donc derrière la caméra : la promotion actuelle, enrichie par l’ouverture de la nouvelle section Art et Image lancée par le photographe JR, complice de Ladj Ly, et la promo passée.

« On souhaite que ces jeunes gens issus de Seine-Saint-Denis ou y ayant grandi nous racontent en cinéma cette vision du futur. », explique Sophie Mougin, l’une des encadrantes de l’école Kourtrajmé. Entourés d’une équipe d’experts constituée notamment de l’agence Anyoji Beltrando, à qui l’on doit par exemple le tiers-lieu des Grands Voisins (XIVe arrondissement), ces jeunes vidéastes livreront donc plusieurs mini-documentaires web incarnant la transformation du département à travers des habitants, des entrepreneurs ou des usagers des lieux. L’enjeu est aussi de donner au maximum la parole à des personnes issues de Seine-Saint-Denis. « Aux visions venues d’ailleurs, souvent justes mais parfois surplombantes, nous préférerons la révélation du récit qui vient du territoire lui-même. », précise ainsi le document de présentation.

Dans cette élaboration d’un nouveau récit surgira forcément aussi à un moment la question de la gentrification. Provoquée par l’arrivée de nouveaux habitants au plus fort pouvoir d’achat et responsable d’une flambée des prix de l’immobilier dans certains secteurs du 93, elle est crainte par certains habitants, qui redoutent d’être repoussés à leur tour plus loin, du fait de la pression immobilière ou d’un effort historique sur le logement social qui s’arrêterait… « Nos élèves globalement ne craignent pas cette gentrification. Ils pensent au contraire que les mobilités liées à l’arrivé du Grand Paris Express vont apporter plus de possibilités au territoire. Mais ces échanges seront forcément intéressants, notamment avec des populations plus âgées », pointe Sophie Mougin.

« Ecologie riveraine, un projet départemental en réseau »- Un projet de l’unité de recherche "Architecture, Urbanisme, Société : savoirs, enseignement, recherche" du CNRS

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« Notre clé d’entrée pour travailler sur le visage de la future Seine-Saint-Denis étaient les réseaux déjà existants », explique Cristiana Mazzoni, enseignante à l’Ecole d’architecture Paris-Belleville. Routes départementales, mais aussi sentiers pédestres ou forestiers et voies fluviales : l’intérêt est de favoriser au maximum dans le futur les mobilités douces. Ce collectif composé d’architectes, d’urbanistes et de sociologues et renforcé par des chercheurs de différents domaines souhaite ainsi « travailler sur le paysage existant pour qu’il puisse accueillir à terme davantage d’activités en lien avec la nature, notamment pour réduire l’empreinte carbone ». Avec ses 120 km de pistes cyclables, la Seine-Saint-Denis a déjà commencé, mais ce n’est qu’un début...

Autre axe fort de ce groupe de recherche : amener la jeunesse de Seine-Saint-Denis à être davantage source de proposition pour relever les défis sociaux de ce territoire. De ce point de vue, l’équipe du CNRS encourage donc à démultiplier des initiatives comme celles proposées par l’association TEPOP, membre de l’équipe. Sa dernière trouvaille en date : des « Olympiades à énergie populaire » au cours desquelles elle incite des jeunes des quartiers concernés par les futurs JO 2024 à élaborer des projets participatifs et d’éco-construction autour du sport informel (en milieu urbain).

Pour mettre en œuvre cette Seine-Saint-Denis solidaire, résiliente et écologique, l’équipe du CNRS mise notamment sur une méthode : « Partir des habitants. Il n’y a à mon sens que comme ça qu’on peut aboutir à des projets durables et innovants. Cela permet aussi de répondre à des questions brûlantes comme celle de la gentrification, redoutée par certains habitants actuels. En les associant, on les rend acteurs des politiques urbaines », estime Cristiana Mazzoni.

Photo de une : ©Mara Mazzanti
autres :©Agence Catherine Tricot/©Ecole Kourtrajmé/©CNRS

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