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Dans les Ehpad et USLD, la campagne de vaccination bel et bien lancée

C’est à Sevran qu’a débuté la campagne nationale de vaccination contre la Covid-19, le 27 décembre. Depuis, l’ensemble des hôpitaux et établissements accueillant des personnes âgées de Seine-Saint-Denis se mobilisent pour informer leurs résident·e·s et organiser la vaccination de tou·te·s ceux·celles qui le souhaitent.

Son visage a fait la une de tous les médias. Son prénom a même été donné au premier centre de vaccination non hospitalier ouvert en France, à Poissy (Yvelines). Elle, c’est Mauricette, une ancienne aide-soignante du Bourget, aujourd’hui résidente de l’Unité de séjour de longue durée (USLD) de l’Hôpital René-Muret, à Sevran. Le 27 décembre, elle devenait la première personne à être vaccinée en France contre la Covid-19. « Un signe fort envers la Seine-Saint-Denis, département ayant payé l’un des plus lourds tributs à cette épidémie », a salué son président Stéphane Troussel.

Depuis, après un démarrage jugé par beaucoup de soignant·e·s trop timide et alors que l’épidémie se maintient à un plateau élevé (663 patient·e·s hospitalisé·e·s dont 64 en réanimation au 13 janvier en Seine-Saint-Denis), la campagne de vaccination prend chaque jour un peu plus d’ampleur.

« Un dispositif exceptionnel »

Dans sa première phase, la campagne cible les personnes les plus à risque, c’est-à-dire de plus de 75 ans résidant en USLD ou en Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), ainsi que les personnels de santé et médico-sociaux de plus de 50 ans ou présentant des risques de comorbidité. Pour des raisons logistiques, les premiers établissements livrés ont été les groupes hospitaliers.

À celui de Saint-Denis par exemple, qui regroupe les hôpitaux Delafontaine et Casanova (dont un important pôle gériatrique), une première opération a été organisée du 6 au 8 janvier, après la réception de 400 premières doses de vaccin. « En deux jours, il a fallu mettre en place un dispositif exceptionnel, précise Yohann Mourier, le directeur adjoint du Centre hospitalier, avec un lieu pour assurer l’accueil, un autre pour la vaccination, un autre encore pour la surveillance des constantes. Cela a mobilisé les équipes logistiques et techniques, la pharmacie, des médecins, des infirmières, des administratifs pour assurer l’accueil, l’enregistrement et la traçabilité des vaccinations. » Les efforts en valaient la peine. « Nous avons épuisé tout notre stock et avons dû refuser des soignants car nous n’avions plus de doses. La surprise a été bonne, » se félicite Yohann Mourier.

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De telles opérations se sont déroulées, ce jour-là ou les suivants, dans chaque hôpital du département, mais aussi dans quelques Ehpad non hospitaliers sélectionnés par l’Agence régionale de Santé (ARS) d’Île-de-France. « Nous avons eu cette chance, se réjouit Edouard Prono, le directeur des Quatre Saisons de Bagnolet, mais cela a été un défi logistique. Nous avons été prévenus pendant les vacances, autour du 28 décembre, et devions recueillir le consentement des résidents pour le lundi 4 janvier 10h. Un compte à rebours s’est alors engagé. »

Stéphane Raby, directeur de l’Ehpad La Maison du Soleil, à Aubervilliers, ne sera livré, lui, qu’à la fin du mois. Le 27 ou 28 janvier, il ne sait pas encore et ne le saura qu’au dernier moment. « L’organisation est un peu légère, regrette-t-il. Au début, il était prévu qu’on soit fourni en matériel d’injections mais, finalement, on nous a dit qu’il vaudrait peut-être mieux les prévoir nous-mêmes... En moyen humain en revanche, nous sommes bien épaulés. »

Pour renforcer ses équipes, l’ARS lui envoie en effet un médecin et une infirmière. « C’est bien, car notre personnel est fatigué, se félicite-t-il. La Mairie et le Département nous ont aussi proposé un soutien humain. » Comme Stéphane Troussel s’y était engagé dès le début du mois de décembre, les forces sanitaires et sociales départementales sont en effet mobilisées dans la campagne de vaccination et viendront, par exemple, soutenir deux Ehpad la semaine prochaine. Deux centres de vaccinations pilotés par le Département en lien avec l’ARS et les Villes, ouvrent également à partir du lundi 18 janvier, puis d’autres encore le 1er février.

Des inquiétudes nombreuses

L’injection en elle-même ne représente qu’une petite partie du travail qu’implique la vaccination. Comme le prévoit le protocole, une consultation médicale doit avoir lieu en amont, afin de vérifier que l’état de santé de la personne est bien compatible avec l’acte et qu’il n’y a aucune contre-indication ou point de vigilance à avoir (antécédents d’allergie, épisodes infectieux en cours, vaccination anti-grippale récente). Toutes les informations nécessaires à sa prise de décision doivent également lui être transmises, notamment les bénéfices attendus et les risques possibles.

Autre difficulté, en USLD et en Ehpad, tou·te·s les résident·e·s ne sont pas en mesure de donner le consentement « libre et éclairé » prévu par les textes. Il faut donc aussi solliciter les éventuels services de tutelle et les familles. Tous les établissements interrogés l’ont fait d’ailleurs de façon systématique, que le·la parent·e soit apte ou pas.

Or, la méfiance envers les vaccins, et en particulier les vaccins à ce jour disponibles en France contre la Covid-19 (celui de Pfizer BioNTech et de Moderna, dits « à ARN messager », dont la technologie est relativement nouvelle), n’a jamais été aussi grande. « Cela n’a pas été facile, raconte ainsi le Dr Raoul Aikpa, médecin chef de service de l’USDL et de l’Ehpad du Groupe hospitalier intercommunal (GHI) du Raincy-Montfermeil. Depuis des mois, les polémiques se succèdent et cela a complètement sapé la confiance des résidents et de leurs familles, mais aussi des professionnels. Il a fallu faire tout un travail de pédagogie, d’explications. »

Lui-même avoue s’être posé des questions en décembre. « La vaccination, explique-t-il, reste un acte médical. Le médecin ne peut le réaliser que s’il lui semble efficace et bien toléré. Or, il a fallu attendre le 22-23-24 décembre pour commencer à avoir les éléments. » Les données - « scientifiques » insiste-t-il – dont il a pris connaissance alors l’ont cependant persuadé, comme les informations en provenance des pays ayant débuté la vaccination avant la France. Pour lui désormais, la réponse ne fait aucun doute : « Le bénéfice est clairement supérieur au risque ».

« Notre population, rappelle-t-il, est la plus ciblée par l’épidémie. Près de 80 % des morts concernent des personnes de plus de 75 ans. 30 % ont eu lieu en Ehpad. C’est énorme. En tant que médecin, je n’avais jamais vu une maladie qui peut emporter autant de personnes et en si peu de temps. » L’USLD et l’Ehpad dont il est le chef de service ont été particulièrement touchés. 75 % des résidents ont contracté le virus, avec 10 % de mortalité. Or, poursuit-il, « jusqu’à présent, nous n’avions pas grand chose à proposer, peu de traitements. Le vaccin est une opportunité qu’on attendait depuis longtemps. »

« Le déclic s’est fait »

À l’Ehpad des Quatre Saisons, le cheminement de l’équipe soignante et de direction a été similaire. En décembre, de l’aveu de son directeur, ils étaient un peu « dans l’expectative » et la médecin coordinatrice, le Dr Claire Bénichou, avait « des doutes ». Mais, explique Édouard Prono, « en potassant les revues scientifiques, en parlant avec ses confrères, en voyant comment cela se passait dans les autres pays, elle a été convaincue. »

Entre le 28 décembre et le 4 janvier, elle a donc rencontré chaque résident·e un par un pour évaluer leur état de santé et les informer. « Au départ, raconte le directeur, il y a eu des réticences. Nos résidents se sentaient comme des cobayes mais, très vite, le déclic s’est fait en discutant avec la docteure. » La grande majorité du personnel s’est également fait vacciné, même certains qui refusaient de le faire pour la grippe.

Il faut dire que, si Les Quatre Saisons avait été épargné par la première vague, il n’en a pas été de même pour la deuxième. « Douze résidents ont été touchés et nous avons eu deux décès, confie Edouard Prono. Cela a beaucoup joué dans la tête du personnel. Ils ont dû réaliser des centaines de tests de dépistage. Les résidents n’en pouvaient plus. Le personnel s’est dit "plus jamais ça". »

À La maison du Soleil, à Aubervilliers, l’attente est moins forte et l’équipe plus hésitante. « Chez le personnel, c’est compliqué  », reconnaît le directeur, Stéphane Raby, ajoutant : « déjà pour la grippe ». Lui même continue à avoir quelques inquiétudes sur la technologie utilisée par les vaccins ou sur la durée de l’immunité. Il pointe également les contradictions dans la communication de l’État, « ce qui ne pousse pas à la confiance ».

Parmi les résident·e·s cependant, moins du tiers refuse à ce jour le vaccin, et pour des raisons différentes. Selon le directeur, « certains expriment une inquiétude, sans vraiment pouvoir expliquer laquelle, d’autres refusent par principe tout vaccin, d’autres encore disent "J’ai 97 ans, que je me fasse vacciner ou pas, ça ne changera pas grand chose" ».

Mme Thévenot, résidente de l’USLD du GHI Le Raincy-Montfermeil, n’a pour sa part pas hésité longtemps. Avant même que le Docteur Aikpa ne vienne la voir, cette ancienne journaliste âgée de 77 ans s’était faite sa propre opinion : « J’avais regardé les informations, entendu des médecins qui étaient pour, d’autres contre. J’en ai parlé aussi avec mon frère. Compte tenu des informations que j’avais, j’étais tout à fait pour. »

Sa motivation est simple : elle n’a « pas du tout envie d’attraper la Covid-19 », et encore moins « être hospitalisée ». Et puis, dit-elle, « ce ne serait pas très juste pour les jeunes » : « J’ai 77 ans, j’ai fait ma vie, j’ai été heureuse. Obliger les jeunes à vivre comme ils vivent en ce moment, ce n’est pas humain. Les mômes ne peuvent même pas aller en fac ! Alors il faut se faire vacciner pour que la jeune génération, mon neveu, ma nièce, puissent vivre. » En ce qui la concerne, c’est fait depuis le 11 janvier.

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