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Claire Diao, passeuse de cinéma

A seulement 32 ans, cette jeune Franco-burkinabè a déjà plusieurs casquettes : critique ciné, distributrice de films. Elle est également ambassadrice du In Seine-Saint-Denis, un territoire où la jeune femme s’est établie en 2013. PORTRAIT.

On est arrivés depuis seulement 10 minutes et déjà, on a salué une bonne partie des résidents du MédiaLab93 de Pantin. « Je suis comme ça, depuis toute petite, je mets toujours tout le monde en contact, c’est une seconde nature chez moi », dit Claire Diao de sa voix enjouée et grave.

Depuis avril dernier, la jeune femme de 32 ans se sent comme un coq en pâte dans cette ruche d’entreprises spécialisées dans les médias et le numérique, nichée dans les anciens Magasins généraux de Pantin. Elle-même y est entrée pour donner une assise à sa toute nouvelle société de distribution, Sudu connexion.

« J’ai créé cette société (qui compte pour l’instant une quinzaine de films dans son catalogue) pour faire entendre la voix de l’Afrique au cinéma, encore trop minoritaire dans les grands festivals européens. Sudu, ça veut dire « maison » en peul, la langue de mon père », commente aussitôt la jeune femme.

Tout comme les cinéastes dont elle fait le portrait depuis de longues années maintenant pour le Bondy Blog puis d’autres médias, Claire Diao revendique en effet une multiplicité d’identités. Franco-burkinabè, femme et citoyenne du monde. Née à Dakar et ayant grandi à Lyon, elle est ensuite partie sur les traces des origines burkinabè de son père, une culture qu’elle ne connaissait que de loin, et qu’elle a fait sienne.
« Je me suis toujours dit que ce n’était pas possible d’avoir une double culture et d’en connaître une mieux que l’autre. Alors, à l’âge de mes 18 ans, j’ai décidé de séjourner plus longtemps dans la famille de mon père. Et depuis, j’y vais au moins tous les 2 ans à l’occasion du Fespaco, le plus grand festival africain du continent, à Ouagadougou. »

Colmater l’histoire officielle

C’est d’ailleurs à l’occasion de ce stage que Claire Diao sera confirmée dans son désir de cinéma, et plus exactement d’ambassadrice avisée du cinéma. « J’étais chargée d’organiser un ciné-débat à l’institut français de Ouagadougou autour du film de Polanski « Le Pianiste ». Et là, l’enthousiasme des lycéens ouagalais m’a bluffée, en comparaison de l’indifférence qu’on peut parfois observer chez certains lycéens en France. Je me suis dit : c’est ça que je veux faire, transmettre le cinéma. » Et il suffit de l’entendre nous parler de « Necktie Youth », du Sud-Africain Sibs Shongwe La Mer, de « Stories of our lives » d’un collectif de cinéastes kenyans sur l’homophobie ambiante de ce pays ou encore de « La Mort de Danton » de l’Aulnaysienne Alice Diop, qu’elle cite parmi ses films préférés, pour comprendre qu’elle ne s’est pas trompée de vocation.
C’est que pour elle, le cinéma, c’est bien plus que du ciné : une fenêtre sur le monde, une affirmation de soi, « une manière aussi de boucher les trous d’une histoire officielle qui présente tant de failles, tant de non-dits ». « Et à titre personnel, c’est aussi amusant de voir que c’est notamment le cinéma qui fait le lien entre mes deux cultures. Il suffit ainsi qu’arrive le Fespaco pour que j’entende le téléphone sonner à la maison : « Alors c’est bientôt le Fespaco ? Tu arrives quand à Ouaga ? »

Cette double culture, Claire Diao pourrait en parler pendant des heures. Persuadée que ce bagage est une richesse et un moteur- chez elle comme chez d’autres. Au point d’en avoir forgé un concept dont elle a fait le titre de son récent livre : « Double Vague ». Ou comment une nouvelle génération de réalisateurs, issus des quartiers populaires et souvent de double culture, est en train de donner un nouvel élan au cinéma français.

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Alice Diop, Maïmouna Doucouré, Rachid Djaïdani, Houda Benyamina, Mohamed Hamidi, la liste est longue... Et les jeunes cinéastes made in Seine-Saint-Denis ne sont pas les derniers à surfer cette double vague... Avec pour dénominateur commun entre tous ces regards l’envie de prendre la parole, de montrer une France populaire, métissée et bien réelle, mais souvent fantasmée et mal montrée au cinéma. Or, pour Claire Diao, il y a urgence : « Il y a un vrai besoin de représentation de cette France-là au cinéma. C’est important que des enfants puissent voir des Noirs ou des Maghrébins dans des rôles diversifiés, non-stéréotypés pour pouvoir se projeter. Seulement, aujourd’hui, on va se contenter de nous montrer un ou deux parcours de gens de double culture qui ont réussi pour dire : « vous voyez, c’est possible ». Ce n’est pas suffisant. Voilà pourquoi dans mon livre, il y a 50 cinéastes, avec autant de sensibilités différentes », dit celle qui s’était au départ lancée dans l’aventure pour le Bondy Blog et a formalisé au final son travail dans une enquête passionnante.

Autant dire que quand Alice Diop et Maïmouna Doucouré ont été couronnées toutes deux par le César du meilleur court-métrage en février dernier - respectivement pour « Vers la tendresse » et pour « Maman(s) » - le coeur de Claire a fait un bond. Cet été, les trois ont d’ailleurs tenu à sceller leur amitié en allant présenter le livre de Claire à Dakar. « Inoubliable. J’avais enfin l’impression que cette phrase rabâchée si souvent dans ma jeunesse, « Française née à l’étranger, département 99 », prenait un sens différent », souffle cette dernière.

Territoire-monde

Et le 93 dans tout ça ? Comment une baroudeuse comme Claire Diao y a-t-elle posé ses valises ? Là encore, le cinéma a bien fait les choses. Après un master en études cinématographiques passé à Lyon, la jeune pasionaria du ciné se fait embaucher par une association proposant à des habitants des quartiers de réaliser des courts-métrages avec l’aide de réalisateurs déjà confirmés. Ces tournages, qu’elle supervise en compagnie de Pascal Tessaud, Atisso Médessou, Keira Maameri et d’autres, la mènent notamment dans le 93. L’alchimie ne tarde pas à opérer. « Quand j’ai mis les pieds en Seine-Saint-Denis pour la première fois, j’avais forcément en tête ce qu’en disaient les mass-média. Et puis, très vite, j’ai aimé ce territoire-monde. Je m’y sens bien, aussi parce qu’avec tous les métissages qu’il y a ici, je n’ai pas à me justifier. » Tant et si bien que la jeune femme s’est installée à Pantin en 2013 et n’a pas hésité au moment de devenir ambassadrice du IN Seine-Saint-Denis, la marque territoriale du département.

Même si son terrain de jeu est plutôt le monde entier... Le temps de peaufiner le bouclage du dernier numéro d’Awotele – une revue bilingue français-anglais - qu’elle a lancée sur l’actualité des cinémas africains, et la voilà repartie pour les journées internationales cinématographiques de Carthage, en Tunisie. Claire Diao, c’est plus de 24 images par seconde.

Christophe Lehousse
Photo : @Bruno Lévy

A noter que Claire Diao participera à un échange sur le film "La Haine" à l’occasion des 20 ans de sa sortie en compagnie de l’acteur Karim Belkhadra au Studio d’Aubervilliers vendredi 17 novembre à 19h30.

Elle sera aussi présente à une table ronde sur le thème "La représentation des Noirs dans le cinéma contemporain américain et français" au Forum des images le 24 novembre à 19h, en compagnie de Caroline Blache (auteure de la websérie Noire Amérique) et Djinn Carrénard (réalisateur)

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