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A Pantin, le Département continue d’ouvrir la voie d’une circulation partagée

Entre Paris et Bobigny, l’ex-RN3 en cours de réaménagement permet désormais une meilleure cohabitation entre piétons, cyclistes et automobilistes. Une vraie piste cyclable, « héritage » de la corona-piste mise en place en 2020 couplée à l’aménagement de carrefours à la hollandaise redessine cet axe majeur du département. De quoi donner l’envie de se remettre en selle...

Il est dix heures, la Seine-Saint-Denis et Pantin sont bien éveillées, les cafés sont dans des gobelets à emporter, l’avenue Jean-Lolive est pleine de voitures mais aussi de vélos ce mardi ensoleillé de la fin mars. Entre Paris et le métro Hoche, les cyclistes empruntent le premier tronçon réaménagé de l’ex-RN 3, aujourd’hui Route Départementale 933, où une large place a été faite aux cyclistes par les équipes du Conseil Départemental. Au total, jusqu’au carrefour des Limites à Pantin, ce sont 4,2 kilomètres de réaménagements qui auront été réalisés jusqu’en mai prochain, transformant la physionomie de cet axe majeur de circulation en Seine-Saint-Denis. L’ex-aspirateur à voitures aux voies souvent discordantes est désormais bien réglé sur l’arithmétique suivante : deux voies de circulation, deux voies dédiées au stationnement, deux voies pour les pistes cyclables, des carrefours sécurisés et la libération d’espace sur les trottoirs.
Une perspective de circulation apaisée qui donne le sourire à Louis Belenfant, le directeur du collectif Vélo Île-de-France : « C’est un énorme progrès parce qu’on passe d’un endroit quasiment in-circulable pour les vélos noyés dans la circulation automobile à un axe où l’on peut se déplacer quel que soit son niveau d’aisance en selle. Avec des piétons qui retrouvent aussi de la place. »
Ce que constate de visu Stéphane Troussel, le président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, aux premières loges pour observer l’aménagement d’un « carrefour à la Hollandaise » à l’intersection du métro Hoche : « Ça passe ! » s’exclame-t-il en avisant le ballet d’un bus et d’un camion se croisant sur le carrefour au moment où un vélo tourne à droite tout schuss vers Paris. » Dans le détail, des angles arrondis, grâce à l’installation des plots, obligent les automobilistes à ralentir pour tourner. Et derrière ces plots, la piste cyclable matérialisée en vert offre orientation et protection aux cyclistes.

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Le 93, « maillon jaune » du vélo

Un type de carrefour très commun en Hollande, l’autre pays du vélo, mais qui se compte à peine sur les doigts de deux mains en Ile-de-France. «  Ce type d’aménagement est effectivement novateur en France où nous n’avons pas de culture du marquage des carrefours, commente Simon Burkovic, chargé de projets mobilité durable au sein du Conseil départemental. C’est le fruit d’un travail partenarial avec la ville de Pantin, la RATP et les collectifs de cyclistes. Et l’avantage, c’est que le carrefour est évolutif, on peut le transformer facilement pour l’adapter à la circulation. »
Pour la Seine-Saint-Denis qui a mis le grand braquet en 2019 en posant l’objectif d’un territoire 100% cyclable d’ici 2024, les travaux réalisés à Pantin sont un nouveau tour de manivelle en avant, un peu moins d’un an après l’aménagement de « corona-pistes » transitoires installées au moment du déconfinement du printemps 2020. A Pantin, les aménagements transitoires devenus pérennes ont même fait bondir les chiffres de la pratique vélo, passant de 400 à 500 cyclistes sur l’ex-RN3 à des pointes entre 1.500 et 2.000 passages à deux roues en septembre et octobre 2020. De quoi endosser un rôle de maillon jaune dans le développement du vélo en ville. « La Seine-Saint-Denis montre effectivement la voie pour un usage pacifié de la route, partagé entre piétons, cyclistes et vélos, commente Stéphane Troussel. C’est le sens de l’histoire que nos villes ne soient plus exclusivement aménagées au service du tout voiture. Aujourd’hui, il faut changer notre manière d’aménager les villes au bénéfice de notre santé et de notre environnement et c’est ce que nous faisons ici à Pantin mais aussi ailleurs en Seine-Saint-Denis en accélérant le mouvement vers une plus grande place du vélo en ville. Et, on continuera cette politique au rythme des concertations locales, parce que nous sommes pragmatiques. Si certains aménagements ne fonctionnent pas, ils seront supprimés ou adaptés... »

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Bye-bye l’autoroute urbaine...

Évidemment, à Pantin, quelques automobilistes bousculés dans leurs habitudes ou trop pressés klaxonnent en effet allégrement au passage du carrefour entre l’avenue Jean-Lolive et la rue Hoche. Rien pour perturber le maire de Pantin, Bertrand Kern : « Bon, c’est un carrefour à la hollandaise, mais nous restons Français, alors il faudra un petit temps d’adaptation ! »
Pas pour les cyclistes visiblement qui ont vite pris le pli d’une circulation revisitée et de ces carrefours d’un nouveau genre qui se compteront au nombre de trois – également au niveau de l’Église de Pantin et du métro Raymond Queneau- sur la RD 933.
En route pour filmer une balade cycliste, le vidéaste pantinois Kevin Van Wymeersch, créateur de la chaîne YouTube « En selle Michel.e ! » déploie sa béquille pour apprécier cette « vélorution urbaine » : «  Le problème, ici, c’était les stationnements sur la piste, les double-files. C’était davantage une autoroute urbaine qu’autre chose, là on fait une vraie place aux cyclistes. Et on donne la possibilité à de nouveaux habitants de se mettre au vélo. Parce que sans ces aménagements, c’était impossible de s’en sortir sans une vraie dextérité en selle. »
Co-référente de l’antenne de Pantin – Le Pré-Saint-Gervais de l’association Paris en selle, Mélina Gaffré, confirme volontiers : « Je vais enfin pouvoir circuler à vélo dans cette partie de Pantin avec mon fils de neuf ans. Pour les cyclistes franciliens, ce type d’aménagement est un modèle de ce qui doit désormais se faire. Et, on va prouver en France et à Pantin, que ce type de carrefour à la Hollandaise peut marcher chez nous. On espère même qu’il y aura un effet domino depuis la Seine-Saint-Denis... »

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