« 130 journalistes pour 130 collèges publics » : un appel pour renforcer les actions pédagogiques en faveur de la liberté d’expression
Une semaine et demie après l’assassinat sauvage d’un enseignant par un terroriste islamiste, le Département de Seine-Saint-Denis a lancé un appel auprès de journalistes, dessinateurs de presse et associations d’éducation aux médias pour constituer un vivier sur lequel les enseignants pourront s’appuyer dans leurs cours sur la liberté d’expression. Sa présentation s’est faite mercredi 28 octobre au collège Théodore-Monod de Gagny.
« Je dirais que l’éducation aux médias, oui, ça fonctionne. Ça ne touche évidemment pas tout le monde, mais quand même, ça imprègne les élèves. On se rend notamment compte qu’ils apprennent à moins réagir à chaud face à certaines informations, à les vérifier, les digérer. »
Violette Voldoire, rédactrice en chef de la radio Parleur, un média d’éducation citoyenne, se serait bien passée de revenir dans son ancien collège, Théodore-Monod à Gagny, dans ces circonstances.
Depuis le 16 octobre, le pays tout entier et en particulier l’école publique sont sous le choc de l’assassinat de Samuel Paty, enseignant d’histoire-géographie dans un collège des Yvelines, tué par un islamiste pour n’avoir fait que son métier : assurer un cours sur la liberté d’expression. Et le 29 octobre, ce sont trois personnes qui étaient victimes d’un autre attentat terrroriste à Nice.
Mais Violette Voldoire, qui intervient depuis 8 ans dans les établissements pour déconstruire certains préjugés via la radio, est en revanche convaincue de l’efficacité de ces actions pédagogiques.
A ses côtés, on trouvait mercredi 28 octobre de nombreux autres médias ayant déjà répondu à l’appel du Département à constituer un vivier de journalistes, dessinateurs de presse ou autres fact-checkers (service de vérification d’infos). Le but de ce nouveau dispositif, baptisé « 130 journalistes pour 130 collèges publics » : proposer cette aide de professionnels extérieurs pour épauler si besoin les enseignants dans leurs actions pédagogiques en faveur de la liberté d’expression et de la laïcité.
« Depuis 2015 et les attentats de Charlie Hebdo, nous avions déjà mis en place des actions de soutien aux valeurs de la République. Nous voulons aujourd’hui aller plus loin en proposant des parcours aux 130 collèges publics de Seine-Saint-Denis, dans le respect bien sûr de la liberté pédagogique des enseignants », expliquait ainsi Stéphane Troussel, président du Département. Un soutien accueilli très favorablement par l’Education nationale, représentée ce mercredi par la directrice académique adjointe Nathalie Kuehn.
S’inscrire dans le temps long
Partenaire « historique » de ce combat du Département contre l’intolérance, Plantu a une nouvelle fois répondu à l’appel. Depuis 2016, le dessinateur du Monde et son association « Cartooning for Peace » ont déjà rencontré 1 000 élèves dans 20 collèges différents de Seine-Saint-Denis, sans parler de leurs interventions dans le reste de la France.
« Au début, je suis souvent vu comme le caricaturiste et donc comme le gars qui veut à tout prix critiquer les religions. Je leur réponds alors toujours que je n’en ai pas après la religion, que ce qui m’importe, ce sont les droits humains. Une petite fille victime de mutilations sexuelles en France ou au Soudan, une femme lapidée en Arabie saoudite, ça c’est une injustice que je veux combattre, quelle que soit leur religion. », soulignait Plantu, dont l’association interviendra donc une nouvelle fois dans différents collèges du Département en proposant des ateliers avec des dessinateurs du monde entier.

De nouveaux soutiens vont désormais monter à bord du navire : des journalistes des quotidiens Libération, du Monde, de l’Obs, des radios France Info, France Inter, des chaînes Arte, Public Sénat ou du groupe TF1 ainsi que des journalistes indépendants ont d’ores et déjà donné leur accord pour intervenir dans les classes, bien conscients que la lutte contre la désinformation ou les "fake news" participait aussi à combattre les phénomènes de radicalisation ou de complotisme. Des associations d’éducation aux médias étaient aussi représentées, comme Lumières sur l’info.
« C’est important d’aller au devant de publics qui se sentent parfois démunis face au flux d’information qu’ils reçoivent. Pas pour imposer un savoir d’en haut, mais d’abord pour leur donner la parole, leur faire comprendre les enjeux du métier de journaliste et déconstruire, le cas échant, certains préjugés », estimait Antoine Guélaud, directeur au groupe TF1-LCI. Eric Valmir, secrétaire général de l’information à Radio France, groupe qui possède déjà une certaine expérience dans l’éducation aux médias via son dispositif « Interclass’ », renchérissait : « L’éducation aux médias a trop tendance à ne réagir qu’à l’émotion. Evidemment, c’est un bon point de départ, comme nous ici aujourd’hui. Mais ensuite il faut tenir, s’inscrire dans le temps long. Il nous semble que c’est justement la volonté d’un projet comme celui de la Seine-Saint-Denis, raison pour laquelle nous avons répondu à l’appel. Nous ce qui nous intéresse, c’est vraiment de créer un lien de confiance avec les élèves et les professeurs et intervenir au long cours. »
Un travail qui s’enclenchera petit à petit, après la minute de silence que témoigneront tous les établissements scolaires de France, lundi 2 novembre à 10h, à la mémoire de Samuel Paty.
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Photos : ©Nicolas Moulard
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