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Sur les traces de Frédéric Chau

Humoriste et comédien originaire de Villetaneuse, Frédéric Chau a fait ses armes au Jamel Comedy Club avant de connaître la célébrité avec l’immense succès de la comédie « Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu ? ». Cet artiste prolifique se livre sur son parcours mouvementé en Seine-Saint-Denis et évoque son engagement contre le racisme envers la communauté asiatique.

À 44 ans, l’acteur Frédéric Chau a tourné dans une trentaine de films ou de séries télévisées, scénarisé un court et un long métrage, participé à des clips musicaux ou au doublage en français de nombreux blockbusters... Pourtant, celui qui enchaîne les rôles à une vitesse déconcertante, se félicite surtout « d’être épanoui, en phase avec lui-même puis d’avoir une super famille et des amis proches autour de lui ». Fils de réfugiés indochinois fuyant les massacres des Khmers rouges, Frédéric, traité de « chinetoque » dans les cours d’école, a longtemps eu du mal à accepter sa différence avant de se réconcilier avec ses origines. Après plusieurs voyages au Cambodge à la recherche de son histoire familiale, le comédien assume maintenant « à 400% » sa double culture qu’il considère comme une richesse dans la France plurielle.

Une famille rescapée du génocide cambodgien

La genèse de l’histoire de Frédéric s’écrit dans le chaos de la guerre et des exactions menées dès 1975 par le régime de Pol Pot. En avril de cette année-là, la ville de Phnom Penh est vidée de ses habitant·e·s en l’espace d’une nuit. Comme deux millions d’autres ce soir-là, ses parents, de riches notables, fuient dans des conditions dantesques et trouvent refuge au Viêt Nam où naît l’enfant, avant de débarquer à Paris dans le cadre de la politique d’accueil des réfugiés. La famille s’installe chez une tante dans le 18ème arrondissement de Paris, « à quinze dans un F3 » avec d’autres exilé·e·s, puis déménage rapidement à Villetaneuse, en Seine-Saint-Denis.
Aîné de trois enfants, le jeune garçon grandit dans une double culture quelquefois schizophrénique. « Mes parents, qui faisaient des petits boulots (manutentionnaire, caissière...), m’exhortaient à longueur de temps à m’intégrer, ce qui n’était pas toujours facile lorsque j’étais traité de Niakoué à l’école ». L’adolescent jongle entre l’éducation stricte d’une famille modeste prête à d’énormes sacrifices pour la réussite de ses enfants... et ses copains asiatiques, français, maghrébins ou juifs qui l’initient au rap, au basket et pour certains aux 400 coups...
Frédéric, à qui ses parents ont caché les raisons de leur fuite en France, fait un rejet de ses origines et joue les caméléons dans le melting-pot séquano-dionysien. Négligeant son DUT en télécommunications à l’université Paris XIII, le jeune homme devient steward chez Air France. « C’était une période fantastique, j’ai pu découvrir d’autres cultures, d’autres langues, d’autres modes de pensée qui m’ont énormément apporté... ». Au bout de dix ans, la fatigue due au décalage horaire finit par l’atteindre et l’inciter à laisser libre cours à ses désirs.

Un succès fulgurant sur scène puis au cinéma

Cinéphile depuis l’enfance, il prend des cours de théâtre puis tente d’abord sans succès de passer des castings de comédien « à l’époque réservés aux caucasiens ». À 27 ans, Frédéric tombe sur une annonce de stand-up ouverte aux personnes issues de la diversité et intègre le Jamel comedy club avec des humoristes comme Le comte de Bouderbala, Yacine Belhousse, Dédo... Ses sketchs qui raillent les clichés communautaires cartonnent et lui ouvrent les portes des plateaux de tournage. Dès 2008, il décroche des seconds rôles au cinéma puis se fait connaître avec la comédie Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu ? qui rassemble plus de 12 millions de spectateur·rice·s.
C’est à cette période que Frédéric redécouvre le parcours douloureux de ses parents en regardant le documentaire S21 de Rithy Panh et part en Asie du sud-est sur les traces de son identité. Définitivement réconcilié avec son histoire familiale, l’artiste scénarise le film Made in China qui met en lumière la communauté asiatique de France. Indigné par la mort d’un couturier chinois agressé à Aubervilliers en 2016, l’acteur réalise le clip Sécurité pour tous pour accompagner les manifestations contre le racisme anti-asiatique et alerte l’opinion sur les plateaux de télévision.
Le comédien voit sa carrière exploser après le passage au Festival de Cannes de Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu ? filmé en partie à Montreuil et à Bobigny. Décidant de « refuser systématiquement les rôles clichés de Chinois », il joue dans de grosses productions comme Lucy de Luc Besson, le thriller Les traducteurs tourné dans un studio d’Épinay-sur-Seine, les séries Kim Kong ou Peur sur le lac sur TF1... Frédéric a également écrit et réalisé un court-métrage plus personnel sur le conflit générationnel vécu par les femmes de la communauté asiatique de France.

L’hyperactif artiste a réalisé cette année le doublage en français du film d’animation Raya et le dernier dragon de Walt Disney, avec l’actrice Géraldine Nakache et la chanteuse Anggun. Très attaché au creuset multiculturel des quartiers populaires, il vient également de tourner la version 3 du carton de Philippe de Chauveron Qu’est ce qu’on a tous fait au bon Dieu ?, qui sortira dans les salles obscures début 2022.

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Crédit-photo : Vincent Binant

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