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Seine Saint-Denis
Lutte contre les violences

Violences envers les femmes : écouter, croire, agir

Mardi 12 novembre, l’Observatoire départemental des violences envers les femmes organisait les 15e rencontres Femmes du monde en Seine-Saint-Denis. Une journée de partage d’expérience entre professionnel·le·s, de bilan des actions menées, et la publication des résultats d’une étude sur la prostitution des mineures.

Chaque année, après avoir assisté aux rencontres de l’Observatoire départemental des violences envers les femmes , on repart à la fois convaincu qu’il reste encore beaucoup à accomplir mais motivé à bloc de voir autant de professionnel·le·s impliqué·e·s, coordonné·e·s et efficaces dans la lutte contre les violences envers les femmes. Il est vrai que la Seine-Saint-Denis est particulièrement active et innovante dans ce domaine. Au point que beaucoup des dix mesures prises par le Ministère de la Justice lors du Grenelle contre les violences conjugales ont tout d’abord été expérimentées avec succès dans notre département : attribution téléphone de de grave danger aux femmes menacées, ordonnance de protection, mesure d’accompagnement protégé des enfants lors des visites au père violent…

Dans son intervention à la tribune, Renaud Le Breton de Vannoise, président du tribunal de grande instance de Bobigny, soulignait que 10 % des ordonnances de protection édictées le sont en Seine-Saint-Denis, alors qu’elle ne représente que 2% de la population française. Cela « parce qu’en Seine-Saint-Denis, on est désormais plus attentif à la parole des femmes. » Il a également déploré le fait qu’il faille en moyenne 32 jours pour que cette ordonnance de protection soit prononcée et effective. 32 jours, lorsqu’on est en danger, c’est effectivement très long… Renaud Le Breton de Vannoise propose de raccourcir ce délai à six jours, mais la difficulté serait de tenir le débat contradictoire dans un délai aussi court alors que les tribunaux sont déjà surchargés.

Fabienne Klein Donati, procureure au tribunal de grande instance de Bobigny analysait dix années de féminicides et fonctionnement du téléphone de grave danger en Seine-Saint-Denis. Elle rapportait que le téléphone a fait la preuve de son efficacité, à condition toutefois que les femmes aient fait appel à l’aide. Or, dans de nombreux cas, les victimes n’avaient jamais porté plainte lors de précédentes violences. « Nous devons donner confiance aux femmes en la police et la justice, qu’elles sachent que si elles poussent la porte d’un commissariat, elles seront écoutées et protégées. »
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New-York et la Belgique en exemple

Une prouesse réalisée dans l’état de New-York, comme l’expliquait à la tribune Jeanine Launay, cheffe adjointe de l’unité de lutte contre la violence familiale, mais au prix d’un énorme effort de formation des policiers, de création d’unités spécialisées dans l’écoute des femmes victimes.

En Belgique, des progrès considérables ont été accomplis dans la prise en charge des violences sexuelles depuis la création de centres de prises en charge de ces violences, comme l’a expliqué la Dre Christine Gilles : « Dans un même lieu, au sein de l’hôpital, les femmes peuvent être écoutées, orientées, peuvent déposer plainte et être soignées. Les trois centres de Belgique comptent dix infirmières légistes, cinq psychologues, deux gynécologues et quarante inspecteurs de police volontaires et formés. Résultat, 68% des femmes victimes reçues portent plainte. » Une efficacité remarquable !

Une fois la plainte déposée, les femmes doivent être protégées. C’est le rôle d’association comme SOS femmes 93, dont la présidente Brigitte Broux affirmait qu’« un toit ne suffit pas. Les femmes doivent être accompagnées par du personnel formé, apte à les guider, les soutenir. Et pas seulement les femmes, mais leurs enfants aussi ! »

"J’en ai parlé et vous m’avez pas cru."

Édouard Durand est juge des enfants au tribunal de grande instance de Bobigny, il a participé au Grenelle sur les violences conjugales : « Nous avons rencontré des femmes victimes, des familles, toutes ont dit « j’ai fait appel à la société, aux juges, à la police, au médecin… J’ai parlé et vous n’avez rien fait de ma parole, vous ne m’avez pas cru. » Ernestine Ronai, responsable de l’observatoire et co-présidente de la commission violences faites aux femmes du haut Conseil à l’Égalité concluait la matinée : « Je reprendrais les mots du procureur général près de la Cour de cassation François Molins « Il faut une culture de la protection ». Nous devons avoir envers les femmes une « présomption de crédibilité ». C’est la condition pour qu’elles en disent davantage. Et si les violences sont vraisemblables, une ordonnance de protection doit être prononcée, avant même la plainte. » Écouter, croire, agir, trois conditions pour faire baisser le nombre de femmes tuées chaque année.

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Prostitution des mineures, une réalité à combattre

Pour affronter un ennemi, il faut le connaître. Comme il l’avait fait pour d’autres formes de violences, l’Observatoire départemental a commandé deux études inédites sur la prostitution des mineures. L’une à partir des informations préoccupantes de la CRIP (Cellule départementale de Recueil des Informations Préoccupantes) et l’autre à partir de dossiers de juges pour enfants du TGI de Bobigny. Les deux études présentent des chiffres cohérents ; L’âge moyen des victimes est de 15 ans, 75 9 % d’entre elles ont subi des violences sexuelles par le passé, la majorité vivent dans des familles mono parentales. La moitié d’entre elles sont dans un réseau de prostitution et dans 50% des cas les réseaux sociaux sont le vecteur d’approche des clients. Plus de la moitié d’entre elles sont en état avéré de détresse psychologique.

Face à cela, l’observatoire préconise notamment de :
-  mieux prendre en compte les violences sexuelles subies par les jeunes filles
-  former les professionnel·le·s pour un prise en charge spécifique sur la prostitution des mineures : policier·e·s, magistrat·e·s, travailleurs sociaux et travailleuses sociales, professionnel.le.s de l’éducation…
-  mettre en place des structures spécifiques pour l’accueil et l’orientation des mineur·e·s victimes de prostitution
-  accroitre la surveillance des réseaux sociaux par des cyberpatrouilles
-  renforcer les obligation des sites Internet concernant la diffusion de contenus pornographiques

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