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Sylvie Le Gratiet

« Célébrités de la belle époque, de Clémenceau à Verlaine » est une exposition qui s’ouvrira le 9 octobre prochain au musée Eugène-Carrière, à Gournay. Derrière le succès de cette institution culturelle, on trouve trente ans de travail de Sylvie Gratiet, une passionnée d’histoire locale.

Carrière Carrière

«  Depuis trente ans, j’entretiens une relation avec un homme mort en 1906 », plaisante Sylvie Le Gratiet. Agée d’une soixantaine d’année, cette Gournaysienne a rencontré le peintre Eugène Carrière sur les plaques des rues de sa ville, puis dans des biographies de Rodin, dont il était le meilleur ami, et enfin dans le journal des frères Goncourt. « Son nom y était mentionné 52 fois ! » s’extasie l’amatrice d’arts. Proposant ses services à la société historique de Noisy-Champs-Gournay, le président d’alors lui propose d’étudier l’histoire de cette figure locale.

Né en 1849 à Gournay, Eugène Carrière va s’adresser au Conseil général de Seine-et-Oise afin d’obtenir une bourse et pouvoir fréquenter l’école des Beaux-Arts, car son père ne veut pas, pour lui, d’une carrière d’artiste. Renouvelée trois fois, c’est cette subvention qui va lancer sa carrière de peintre. « Il va devenir «  post-impressionniste ». Carrière partage avec les impressionnistes le combat contre l’académisme, le goût sclérosé de l’époque, mais dans un autre registre, celui de l’intimité et de l’intériorité. Lorsqu’il peint un sujet, ce grand portraitiste s’intéresse à ses traits, à sa physionomie, mais aussi à son intériorité. Il a peint Verlaine, Gauguin, Goncourt, Anatole France, Blanqui, Elysée Reclus ou encore Clémenceau », détaille la présidente du musée. Le style du peintre évolue au fil du temps :
«  Cet ancien lithographe a abandonné la couleur au profit de l’ombre et de la lumière. Les dernières années de son œuvre, il ne peint plus que des monochromes. C’est un précurseur car il peint à l’économie : à la fin de sa vie -il meurt à 57 ans-, il utilise des chiffons imbibés de térébenthine pour retirer de la matière sur la toile. » Mais Carrière n’est pas seulement un peintre isolé dans sa tour d’ivoire. Contemporain de la naissance même du concept d’ « intellectuel », il fait partie de cette élite. Ainsi, l’artiste prend fait et cause pour le capitaine Dreyfus, signe des pétitions pour la cause des femmes, contre la peine de mort.

« Ma curiosité était aiguisée, poursuit Sylvie Le Gratiet. J’ai alors contacté le petit fils d’Eugène Carrière, qui avait hérité d’une partie de ses collections. Je voulais comprendre pourquoi cet artiste, qui avait été prédominant au XIXe siècle, était tombé dans l’oubli depuis ». Emportée par la passion, elle ressuscite une « société des amis d’Eugène Carrière » en 1992, dont l’objectif est de faire connaître la vie et l’œuvre du peintre. Elle réussit, avec quelques amis, à faire renommer le collège voisin avec le nom du peintre. Peu à peu, la confiance s’établit avec l’héritier. Se sachant mourant, il lègue une partie des archives portant sur son grand père à la société de ses amis. « Je suis alors allée voir le maire, lui expliquant qu’il nous fallait un lieu où stocker ces archives sur un enfant du pays, connu des Etats Unis jusqu’au Japon », explique la Gournaysienne. L’édile lui accorde alors une salle de la villa Marie, une grande maison bourgeoise.

« Au début, nous sortions quelques pièces durant les journées du patrimoine, nous racontions l’histoire du peintre, et cela fonctionnait bien. Peu à peu, nous avons transformé le dépôt d’archives en musée. Celui-ci fonctionne presque entièrement grâce au bénévolat et au partenariat avec le conseil général et la commune », explique cette ancienne coordinatrice de centre aéré, licenciée après cinquante ans, qui attend la retraite en se consacrant à sa passion.

Au musée, les expositions, permanentes ou temporaires, ont toujours un lien avec le peintre. « Nous avons fait une exposition sur l’« académie Carrière  », car de nombreux peintres en devenir ont fréquenté ses cours, comme par exemple Matisse et Derain. La dernière exposition portait sur les rapports entre la peinture de Carrière et l’art contemporain. La prochaine, qui ouvrira ses portes le 9 octobre, s’intitule : «  Célébrités de la belle époque, de Clémenceau à Verlaine  », et réunira une grande partie des portraits peints par Carrière, prêtés par le Petit Palais, le musée Clémenceau ou encore le musée de Saint-Cloud  », poursuit Sylvie Le Gratiet.

Le petit musée a gagné du galon : il est aujourd’hui reconnu par la DRAC, et dispose d’un comité scientifique où siègent de grands artistes tels Ernest Pignon Ernest, la conservatrice du musée Rodin, Hélène Pinay… Le musée accueille également des étudiants de San Francisco au Japon. Le réalisateur Roman Polanski a même demandé à visiter le musée afin d’inspirer son prochain film, consacré à l’affaire Dreyfus.

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