Salif Keita, la Voix d’or de Montreuil
Programmé le 16 avril au festival Banlieues Bleues, le chanteur, qui fête cette année ses 50 ans de carrière, nous a répondu depuis Bamako. Si le Mali reste son pays, il se sent aussi chez lui à Montreuil, où il vit par intermittences depuis 1987.
Vous fêtez cette année vos 50 ans de carrière. Quels sont vos souvenirs les plus marquants ?
C’est dur de répondre, car il y en a tellement. Je retiendrais mes débuts au Rail Band de Bamako (au buffet-hôtel de la gare de Bamako), puis mon passage aux Ambassadeurs : c’est là que j’ai vraiment pris contact avec la musique internationale. De 79 à 85 ensuite, je suis parti à Abidjan, en Côte d’Ivoire. C’était une époque incroyable : plein d’artistes passaient là-bas. Après, je suis parti à Angoulême, pour ma première participation à un grand festival. Trois dates encore : le disque Soro qui aura été ma carte de visite, le concert de soutien « Tam tam pour l’Ethiopie », et en 88, un concert à Wembley pour la libération de Nelson Mandela. Ça vraiment je ne peux l’oublier...
Comment êtes-vous venu à la musique ? Je crois que votre famille ne vous a pas forcément encouragé dans cette voie ?
On pourrait dire que je suis venu à la musique comme par hasard. Moi, au départ, je souhaitais devenir enseignant. Mais on m’a dit que ma vue était trop mauvaise pour cela et quasiment foutu à la porte. J’attendais ce boulot et, quelque part, je l’attends encore. Mais bon, après, je suis tombé sur le Rail Band et c’est comme ça que ça a commencé. Mais en fait, ma voix en tant que telle ne m’a jamais intéressé, elle m’a fait vivre, je lui suis infiniment reconnaissant pour cela. En fait, pour moi, la musique a été et est encore un médicament thérapeutique.
Et puis il y a Montreuil. Vous y êtes arrivé en 87 et depuis, vous n’en êtes plus vraiment reparti…
Oui, c’est vrai. Ça aussi cela a été une étape importante pour moi. Je suis venu à Montreuil sur les conseils de ma manageuse. Je n’ai pas été dépaysé : Montreuil, c’est un peu la deuxième ville du Mali (rires). Tu sors, tu entends les langues maliennes partout : bambara, sarakolé... C’était important pour moi d’être à Montreuil dans les années 80. Il y avait alors un tel engouement pour la musique africaine. Tout le monde s’y croisait : Mory Kanté, Youssou N’Dour, Manu Dibango, Touré Kunda, c’étaient de beaux moments...
C’est la 6e fois que vous venez à Banlieues Bleues…
Oui, c’est un festival que j’adore. On y rencontre toujours de nouveaux talents et il y a une bonne ambiance. C’est un lieu de rencontre très riche.

Vous présentez en ce moment votre dernier album, « Un autre blanc ». Il aurait aussi pu s’appeler noir et blanc...
Oui, c’est vrai. Peau blanche, sang noir, ça c’est moi. 50 ans que je chante l’Afrique et la paix. Sur « Un autre blanc », j’ai voulu m’entourer d’amis : Angélique Kidjo, Alpha Blondy... On y chante notamment « Syrie », un titre qui dénonce toutes les guerres. Je sais malheureusement de quoi je parle puisqu’au Mali, mon pays, nous sommes victimes de milices et d’escrocs qui rendent le Nord invivable (une attaque de chasseurs dogons a fait plus de 100 morts dans un village peul à Bankass, le 23 mars, ndlr). Actuellement, cela ne va nulle part dans le monde. Je prie Dieu pour que la paix revienne sur terre.
« Un autre blanc », c’est aussi une allusion à votre combat contre les discriminations envers les albinos. Avez-vous le sentiment que leur sort s’est amélioré ?
Je dirais que oui. Leur situation s’est améliorée et c’est aussi une fierté pour notre Fondation. Avant, les albinos avaient peur de se rassembler. Plus maintenant : ils luttent ensemble pour leur cause, pour mettre un terme aux discriminations dont ils sont victimes. Sur la prévention aussi, il y a eu des progrès : au Mali, les albinos savent désormais mieux protéger leur peau avec de la crème solaire et des vêtements adaptés. Mais du travail reste à faire.
Une question sur votre fille, Nantenin Keita, championne paralympique aux Jeux de Rio et qui a fait partie des athlètes français qui ont pris la parole pour ramener les Jeux 2024 à Paris et en Seine-Saint-Denis. J’imagine que vous êtes fier d’elle…
Et comment ! Elle a fait tant de chemin. Vous savez, quand je suis venu avec Nantenin à Paris alors qu’elle avait 3 ans, j’étais très inquiet pour sa vue. Mais les instituteurs et les professeurs français ont trop d’amour à donner. Elle a été entourée d’amour depuis qu’elle est venue en France. Et elle aussi a su se battre, je suis si fier d’elle. Je suis chacune de ses compétitions. A cela s’ajoute qu’elle m’aide beaucoup pour la Fondation, elle m’aide énormément, c’est beau ce qu’elle fait...
Propos recueillis par Christophe Lehousse
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