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Salade de racines, une expo à partager

Jusqu’au 31 mai, Yvan Loiseau nous invite à découvrir à Main d’Oeuvres, à Saint-Ouen, son travail sur la Seine-Saint-Denis. Pendant trois mois, ce photographe à l’âme de poète a arpenté le département, dormant chez l’habitant en échange d’un repas concocté par ses soins. Nous étions au vernissage de cette expo simple et tendre, comme Loiseau en question.

Une femme sur le parvis de la gare de Saint-Denis, des enfants, sourire aux lèvres, qui jouent dans une piscine gonflable dans une rue du quartier de la Plaine, un homme très digne dans son salon recouvert d’imprimés africains. Voilà quelques-unes des photos qui tapissent les murs de « Salade de racines », l’exposition d’Yvan Loiseau qui se déroule à Mains d’Oeuvres jusqu’au 31 mai.
Des portraits pour la plupart, empathiques et colorés, mais aussi des scènes de famille, prises dans la simplicité du quotidien. « J’aime bien parce que ces photos rendent compte de moments intimes. On sent que le photographe était en confiance avec les gens, qu’il n’était pas juste de passage », explique Tia, jeune femme s’intéressant à la photographie et tombée par hasard sur l’expo.

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©Yvan Loiseau
En effet : au cours de son périple de trois mois en Seine-Saint-Denis, Yvan Loiseau ne s’est pas contenté de prendre en photo les personnes croisées. Proposant ses talents de cuisinier en échange d’une nuitée, cet ambassadeur du IN Seine-Saint-Denis a ainsi prolongé le temps de la rencontre chez une soixantaine d’habitants, dans quelque 15 villes de Seine-Saint-Denis.

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©Yvan Loiseau

Ici, on voit donc se dessiner le poumon vert du parc Georges-Valbon de La Courneuve, là surgit sur fond de portrait l’architecture anguleuse de la Maladrerie. Tantôt, on croise un regard pétillant, tantôt un visage éprouvé par la vie. Et même si l’artiste se défend de vouloir résumer la Seine-Saint-Denis à travers cette exposition, le portrait d’ensemble est tout de même assez fidèle : on y lit une certaine résilience face aux difficultés sociales, une solidarité et surtout un incroyable métissage. « Oui, ça ressemble bien à la Seine-Saint-Denis, estime Matthieu, habitant d’Aubervilliers. La diversité des cultures bien sûr, et puis ces espaces publics qui sont à tous, et où on trouve encore une forme de liberté. En même temps, c’est aussi l’occasion de dire qu’il faut préserver ces espaces, guettés par la gentrification. »
Un peu plus loin, Anne-Dominique Gaté n’en finit plus de sourire : « cette exposition réunit tout ce que j’aime de la Seine-Saint-Denis : cette richesse culturelle, ce sens de l’accueil aussi. C’est simple, je pense qu’il n’y a pas un habitant sur terre qui n’a pas de la famille en Seine-Saint-Denis... », s’enthousiasme cette habitante d’Epinay, fondatrice de « Déchets d’art ». Cette association dionysienne, qui se propose de révéler à travers l’artisanat d’art et le réemploi les multiples savoir-faire de la population, a prêté quelques-uns des tapis qui décorent l’exposition.
Car celle-ci est aménagée comme une maison, avec salon, chambre à coucher et – le contraire aurait été une hérésie - une cuisine-bar. « Après être allé chez les gens, je voulais inverser le processus et accueillir à mon tour. Sauf que cette maison est à tout le monde, un peu à l’image de ce que nous voulons faire de notre société », souligne notre photographe bourlingueur.

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Après avoir retiré ses chaussures et enfilé les chaussons de rigueur, on peut donc déambuler dans l’expo entre bibliothèque et lit superposé. On s’affale un instant dans un fauteuil, caresse d’un geste la penderie qui contient de beaux vêtements dessinés par Amin, créateur de mode sénégalais mélangeant influences africaines et occidentales. Avant de rejoindre une table qui sent bon son auberge espagnole. Le jour du vernissage nous y attendaient poulet, riz, aubergines marinées ou encore la spéciale d’Yvan : courgettes-feta. Le repas est là encore l’occasion de rencontres : une jeune femme y fait la connaissance d’Anissa, metteuse en scène d’une pièce qui jouera prochainement à Mains d’Oeuvres et qui hasard ou coïncidence s’appelle « Sur/exposition ». De notre côté, nous engageons la conversation avec Alexander, comédien vénézuélien qui aura hébergé Yvan au cours de son voyage. « J’ai accueilli Yvan un soir, à Saint-Denis. J’ai tout de suite été sensible à son approche très poétique, très humaine. Cette exposition lui ressemble : accueillante, généreuse. On a envie de rester et de réfléchir au vivre-ensemble », nous confie-t-il.

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Deux concerts plus tard – celui de l’Aulnaysien Romain Maron puis des frères Dubz – il est temps de partir. Mais pas pour tout le monde : 20 aventuriers, éternels ados ou héritiers du mouvement Nuit debout - décident de bivouaquer sur place. Yvan Loiseau peut être content : en bon cuistot-photographe, il n’a pas raté sa mayonnaise.

Christophe Lehousse
Photos : ©Sylvain Hitau

Salade de racines. Jusqu’au 31 mai, gratuit. Des animations sont proposées presque tous les jours. A noter la conférence-débat vendredi 24 mai, à 19h : « Valoriser la Seine-Saint-Denis, quels enjeux, quels écueils ? », avec les photographes Manolo Mylonas et Yvan Loiseau, la sociologue Saskia Cousin et le documentariste Wael Sghaier. Le programme complet sur https://www.mainsdoeuvres.org/Salade-de-Racines.html
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