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Roberto Alagna chante à Saint-Denis

C’était le concert du retour. Le retour du Festival de Saint-Denis après une année de silence, et le retour de Roberto Alagna pour un premier concert en Seine-Saint-Denis. En en attendant d’autres ?...

On peut dire qu’il était attendu, ce premier concert du Festival de Saint-Denis ! La baguette de Sir Eliot Gardiner devait rompre un an de silence le 1er juin, mais finalement, c’est la voix de Roberto Alagna qui s’en est chargé le 10 juin. Un concert en jauge restreinte, consignes sanitaires obligent, mais heureusement pour celles et ceux qui n’avaient pu avoir de places, le Festival avait disposé des transats sur le parvis de la basilique, devant un écran géant. Une heure et demie avant le début du concert, Marie-Jo, Joëlle et Michel y avaient pris place. « Nous sommes ravis que ça redémarre ! Bien sûr que nous sommes des habitués du Festival, d’ordinaire je suis même une des bénévoles, mais là… » dit Joëlle en désignant sa jambe dans le plâtre. « Nous n’avons pas pu avoir de places, Mais on va profiter du grand écran, de l’air… Un peu de culture, c’est très important. » Marie-Jo reprend : « Je trouve que le festival n’a pas la reconnaissance qu’il mérite. Il reçoit des chef·fe·s, des solistes, des orchestres extraordinaires et est moins connu que d’autres, beaucoup plus chers. Il faudrait faire quelque chose pour le promouvoir.  » Michel ponctue : « La culture pour tous ! »

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Tout le monde a pris place, les musiciens de l’Orchestre national d’Île-de-France cherchent leur la. Sous la baguette du chef David Giménez, le concert débute enfin par l’Intermezzo de L’Arlésienne de Bizet. Cordes et cuivres puissants font résonner la haute voûte du chef-d’œuvre gothique. Les piliers séculaires sont animés d’un long frisson, les ogives s’ébrouent, la nef tout entière s’accorde, les pierres répondent à l’orchestre. Par les vitraux, le soleil lui-même darde ses derniers rayons pour apercevoir le phénomène : après un trop long silence, la Basilique Saint-Denis est de nouveau réveillée !

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Roberto Alagna, s’avance, déjà acclamé par un public séquano-dionysien impatient d’entendre « son » ténor, en concert pour la première fois dans le département qui l’a vu naître et grandir. Silence complet. A cappella, Roberto Alagna entame un Pietà, Signore, tout entier dans la prière. L’audience est captivée, l’artiste en équilibre sur le fil tendu de l’émotion, plein de maîtrise.
Au moment d’entamer la deuxième pièce, les projecteurs principaux cessent de fonctionner ! Dans une semi-obscurité, Alagna souriant désigne le ciel et lance : « Il n’est pas content ! Pietà, Signore ! » Après quelques minutes, c’est dans une ambiance désormais plus feutrée encore que Roberto Alagna entonne le Panis Angelicus de César Franck.
« manducat Dominum
Pauper, servus, et humilis. »
« Il se nourrit de son Seigneur
Le pauvre, le serviteur, le petit. »

Notes tenues jusqu’au souffle le plus ténu, émotion pleine mais sans emphase, rarement il aura été donné d’entendre une humilité aussi brillante. Quelques mois auparavant, Roberto Alagna nous avait confié : « Pour le Festival, dans cette très belle basilique dont l’architecture touche au divin, j’ai voulu un concert aux intonations sacrées. Je dis toujours que le chant est de l’ordre de la prière, alors là c’est l’endroit idéal. »
Le ténor poursuit avec L’Enfance du Christ d’Hector Berlioz. Roberto Alagna et le chef David Giménez s’accordent parfaitement sur son interprétation. Rien d’étonnant, les deux musiciens ont plusieurs fois travaillé ensemble par le passé, notamment lors de leur tournée Viva Verdi !. La voix du soliste, l’ensemble de l’orchestre, peignent ensemble un tableau de la Sainte Famille tout en nuances, le public suspendu jusqu’à la dernière note du dernier Alleluia… Céleste !
Et voici que l’éclairage revient ! Juste à temps pour donner tout son relief à l’Ave Maria de Schubert, puis un extrait du Cid de Massenet où Roberto incarne avec justesse un Rodrigue certes puissant, mais humble et digne à la fois :
« Tu m’as pris mon amour… Tu me prends la victoire…
Seigneur, je me soumets ! »

Alagna chante Wagner, première en France

Français, italien, latin, voici les langues chantées habituellement par Roberto Alagna. Mais le voilà qui s’attaque à un autre répertoire, celui de Wagner : « J’ai choisi Lohengrin, car je trouve que ce héros envoyé du domaine du Graal par son père pour combattre le Mal a une dimension christique. C’est en tout cas le caractère que j’ai voulu lui donner. » A l’image du reste du concert, l’Orchestre national d’Île-de-France livre alors un Wagner plein de nuances, évoquant tout autant la calme puissance que les couleurs subtiles du Rhin où le compositeur puisa si souvent son inspiration. Roberto lui, affirme un Lohengrin à la fois plein d’assurance et de modestie, flamboyant pourtant sur ces derniers vers :
« Mein Vater Parzifal trägt seine Krone,
Sein Ritter ich – bin Lohengrin genannt. »
« Mon père Parsifal porte la couronne, dont,
Moi, son chevalier, ai pour nom Lohengrin. »

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Alagna a gagné son pari, avec son interprétation de Wagner, il a littéralement emporté le public, debout, qui n’en finit pas de lancer des bravos. En rappel, l’Ave Maria de Gounod finit de faire chavirer le public. Roberto s’excuse alors de ne pouvoir continuer plus longtemps, couvre-feu oblige et offre un dernier cadeau, un Notre-Père de sa composition, a capella, subtil et magistral !

En loges après le concert, Roberto Alagna était tout sourire :
« - Le public parisien superbe, pour moi, c’est presque de la famille ! Dans ce lieu, il y avait quelque chose de sacré et je crois que le programme était émouvant pour ça. Après cette pandémie, je trouve que c’était à propos.
-  Votre premier concert en Seine-Saint-Denis était très attendu, c’est devenu un événement…
-  Et bien vous voyez ! Il faut qu’on en fasse d’autres ! Saluez bien vos lecteurs pour moi ! »

Photos : © Christophe Fillieule/Festival de Saint-Denis

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