Déconfinement à partir du 11 mai : Le Département de la Seine-Saint-Denis reprend au fur et à mesure son activité et applique des dispositions sanitaires pour protéger la population et ses agent.e.s, tout en assurant la continuité du service public.
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Quel sera l’après confinement pour les PME de Seine-Saint-Denis ?

Pascale Tessier-Morin dirige l’Atelier Images et Cie, une entreprise de six personnes à Saint-Ouen, spécialisée dans l’impression numérique grand format pour la communication événementielle. Alors que la crise du Covid 19 a interrompu l’activité dans son secteur, elle témoigne des difficultés auxquelles sont confrontées bon nombre de PME de Seine-Saint-Denis, mais aussi des soutiens et des perspectives pour l’après-confinement.

« Notre activité est liée à l’événementiel, l’annulation des salons nous a fait souffrir. Nos commandes avaient considérablement chuté dès le début du mois de mars, et lorsque le confinement a été annoncé le 16 mars, j’avais déjà livré mes dernières commandes. Il n’y a donc pas eu de débat sur le fait de fermer. Il fallait protéger les salariés, et de toutes façons je n’avais pas non plus de quoi les faire travailler… Pourtant, je suis très active sur les réseaux sociaux pour montrer que nous sommes toujours en activité. Nous pouvons regrouper les commandes en une journée par semaine, lorsque nous devons venir à l’atelier pour entretenir les machines. Malgré tout, nous n’avons pas du tout d’activité.

Les salariés sont en chômage partiel et j’organise chaque semaine des vidéo conférences, au départ sur des sujets d’organisation, de famille, et depuis l’annonce de la fin théorique de confinement, nous envisageons la reprise. De quel matériel devrons-nous nous équiper, comment assurer la sécurité, installer des sas… Nous essayons d’imaginer de nouveaux produits dont nos clients auront besoin après le confinement pour sécuriser leurs espaces. Mais c’est compliqué de mobiliser les salariés en ce moment…

Ils s‘inquiètent avant tout de leur santé, moins de l’avenir de leur entreprise. Il est vrai qu’au départ je les avais rassurés en leur disant que j’avais une trésorerie suffisante, mais c’était au début ! Maintenant, ils ne se posent pas trop la question de savoir comment je vais faire pour tenir jusqu’à fin juillet.. S’il n’y a pas de rentrée d’argent, je ne me paie pas, mais je dois tout de même payer leur salaires. Et les charges fixes elles, ne bougent pas : le loyer, les assurances, les charges sociales, une partie des salaires puisque mes employés travaillent de temps en temps, les frais des véhicules, plus les prestataires pour l’informatique, le maintien du site internet, le community manager qui est free lance et qu’on ne peut pas abandonner. ;. Mon entreprise est située chez un bailleur social, j’espérais un effort sur le loyer, un dégrèvement des charges puisque les locaux sont inutilisés, mais pour l’instant rien ne vient…

"Ne pas oublier qu’un prêt, ça se rembourse..."

J’ai contracté un Prêt Garanti par l’État, mis en place au début de la crise (ndlr 25 % du CA de l’année précédente, sans frais et avec un taux de 0,25 %). C’est une bonne aide, mais il ne faut pas oublier que par définition, un prêt, ça se rembourse. Les entreprises ont été bien soutenues par l’État (je ne parle pas des masques…), par les collectivités locales. On se sent soutenus et nous en avons besoin.

J’ai fait mes calculs, et je me suis aperçue que l’an dernier les mois de mai et juin avaient été vitaux pour l’entreprise, et là, je sais que je vais faire zéro euro de chiffre. C’est inquiétant. Je trouve que même si les conditions sanitaires ne sont pas complètement réunies, il faut reprendre. Sinon, ce sera à nos enfants de payer les emprunts que nous contractons aujourd’hui ! En tout cas, j’espère qu’on fera autrement : acheter plus français, relocaliser, être plus éco-responsables. J’avais déjà commencé à le faire en début d’année : des produits français, des matériaux en bambou 100 % recyclables, mais c’est plus cher.

J’ai repris cette entreprise il y a trois ans, j’essaie de ne pas me dire "je vais repartir à zéro ou moins que zéro" pour ne pas perdre espoir. Je me motive un peu toute seule, je cherche des solutions. Je me dis qu’il va peut-être justement falloir être offensive : recruter, chercher une entreprise à racheter... Certes ce serait opportuniste, mais certains de mes confrères sont dans une situation encore moins bonne que moi, d’autres vont vouloir partir à la retraite plutôt que d’affronter trois années de récession à venir. Car non seulement l’activité du secteur événementiel ne va pas redémarrer avant septembre, mais dans les prochaines années les budgets communication seront les premiers réduits, c’est sûr !

Je me prépare à l’après. J’ai suivi une formation pour répondre aux appels d’offres. J’espère que le secteur public va continuer à investir pour soutenir les entreprises. Pour l’instant les grandes entreprises jouent leur rôle et font appel à des entreprises françaises. Un de mes clients, une grande banque, se fournit d’habitude à l’étranger. Mais là, elle a fait appel à de petits fournisseurs français pour les soutenir. Ce sont des initiatives qu’il faut montrer, encourager : le made in France, privilégier le local. Que les entreprises et les collectivités locales de Seine-Saint-Denis fassent travailler des entreprises du département pour les aider !"

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