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Muzo : « Dessiner, quoi de plus naturel ? »

Habitant de Rosny-sous-Bois depuis 25 ans, Jean-Philippe Masson alias « Muzo » a derrière lui une riche carrière de dessinateur de presse, chez Hara-Kiri, Charlie Mensuel ou encore Libération. Interview.

Peintre à côté de ses activités de croque-la-vie, il aime la Seine-Saint-Denis qu’on n’attend pas, celle des ambiances champêtres et bucoliques du Plateau d’Avron.

Vous avez grandi à Caen. Qu’est-ce qui vous a amené ici en Seine-Saint-Denis ?

« Je suis d’abord venu en région parisienne pour mes études, aux Beaux-Arts de Paris. Et puis j’y suis resté. Avec ma compagne, on a eu envie de plus d’espace et on est donc arrivé ici à Rosny, complètement par hasard. C’était il y a 25 ans. Entre temps, nous avons changé plusieurs fois de maison, mais nous nous y sentons toujours aussi bien. Ici, on mène une petite vie tranquille, une vie de quartier. »

Vous avez vu la Seine-Saint-Denis changer ?

« Je ne crois pas pouvoir répondre pour toute la Seine-Saint-Denis. Je peux vous parler de Rosny. Oui, certaines choses ont bougé. Au départ, nous habitions sur le Plateau d’Avron et j’y ai par exemple connu le dernier maraîcher de Rosny. Un détail amusant aussi et plutôt encourageant, c’est que quand nous sommes arrivés, une librairie venait de fermer. Et là, en juillet dernier, « Les Jours heureux », une nouvelle librairie, vient d’ouvrir. C’est une excellente nouvelle. J’y ai même fait une séance de dédicace. »

Votre nom, Muzo, ça vient d’où ?

« Du « Journal de Placid et Muzo » qu’on a créé avec mon ami Jean-François Duval. On s’est rencontré au lycée, on avait 16 ans. On était super contents de s’être trouvés parce qu’habituellement, au lycée, ça discute beaucoup plus musique que BD. Nous, on avait vraiment cette passion commune du dessin et on se montrait ce qu’on faisait. A 19 ans, on a décidé de lancer notre propre fanzine. L’époque était au punk ou post-punk et nous, on voulait donc logiquement dessiner du sexe, du rock et de la violence. Du coup, par goût du décalage on a intitulé notre publication « Le Journal de Placid et Muzo » en référence à cette BD pour enfants un peu niaise : « Placid et Muzo ». Voilà comment 35 ans plus tard, je me retrouve avec ce nom… C’est quand même marrant la vie... »

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La librairie Les Jours heureux à Rosny-sous-Bois vue par Muzo

Vous êtes surtout connu pour votre travail de dessinateur de presse. Vous avez publié dans Libé, Le Monde, Hara Kiri. Vous avez aussi publié dans Charlie Mensuel. Connaissiez-vous bien l’équipe de Charlie ?

« Non, moi je connaissais surtout le Charlie première génération, autour du Professeur Choron, Gébé etc. Je ne connaissais pas personnellement l’équipe de Philippe Val. Mais j’ai évidemment été bouleversé par leur assassinat le 7 janvier 2015… »

Cet attentat a-t-il eu un impact sur votre liberté d’expression ? Y a-t-il des choses qu’ensuite vous avez hésité à dessiner ?

« Oui, même si ça avait déjà commencé à changer avant. En 2010 par exemple, j’étais chargé de sortir un ouvrage un peu grinçant sur toutes les morts de l’année. Je me souviens que j’avais trouvé une super bonne blague sur un terroriste qui s’était fait exploser et sur ce qui se passait après, mais je me suis dit que je n’allais pas l’écrire. Mourir pour un dessin, ce n’est quand même pas au programme chez moi… »

Vous publiez aussi pas mal pour les enfants. Notamment une série qui s’appelle « Les petits tracas de Théo et Léa »…

« Oui, cela fait un moment que je n’avais rien publié pour les enfants, mais là, récemment, je m’y suis remis. Cette série vise en fait à décortiquer les émotions chez les enfants et aussi à dédramatiser certaines situations par l’humour. Le dernier tome paru s’appelle « Au bout de 5 minutes, j’en ai marre » et traite de l’impatience et des difficultés de se concentrer chez certains enfants. Et le prochain, pas encore sorti, s’appellera : « Je le veux, achète le moi ». Sur les pulsions de consommation chez certains enfants... »

Quand vous illustrez un ouvrage pour la jeunesse, allez-vous chercher des souvenirs dans votre propre enfance ?

« Forcément, on va toujours puiser dans son vécu, mais cela peut être dans mon enfance, chez mes propres enfants ou dans ce que je vois autour de moi. Je me souviens très bien de mon enfance, c’est comme si c’était hier, mais pas au point de dire que je suis un grand enfant. En revanche, c’est quand j’ai eu des enfants que j’ai commencé à illustrer des ouvrages jeunesse. »

Et puis, vous venez aussi de publier un livre avec un psychiatre, David Gourion. Les émotions, les psys, ça vous inspire ?

« Oui, c’est vrai que j’ai beaucoup illustré des ouvrages faits par des psy puisque j’ai aussi fait une série avec le psychiatre Christophe André. Là en l’occurrence, le livre avec David Gourion s’appelle « 50 puissantes raisons de ne pas aller chez le psy ». Mais la conclusion, c’est quand même que si on en a besoin, mieux vaut quand même aller chez le psy. »

Comment vous est venu le goût du dessin ? C’est quelque chose de familial ou pas ?

« Non, pas du tout. Je dirais que c’est quelque chose de naturel. Tous les enfants dessinent sauf que souvent, à l’âge de l’adolescence, ils s’arrêtent. Moi, j’ai continué parce que j’étais un passionné de BD. Ma première, c’était Tintin, je devais avoir 6 ans. Et ensuite, je me suis mis à dessiner mes propres planches à l’âge de 9 ans. A 13 ans, je faisais un petit journal en linogravure que je vendais aux amis de mes parents. Et puis, de fil en aiguille, je me suis intéressé à tous les dessins, à la gravure, à la peinture. »

Et Placid, il devient quoi ?

« Il va bien, merci pour lui. Lui aussi continue son petit bonhomme de chemin, lui plus dans la peinture de paysages. On se voit régulièrement. »

Propos recueillis par Christophe Lehousse

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