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Mode Estime : l’éthique à toutes les étapes

L’atelier textile « Mode Estime » a ouvert depuis quatre ans à L’Ile-Saint-Denis. Ce chantier d’insertion accueille des travailleurs vulnérabilisés, et tente de les aider à se remettre sur pied par le biais de la couture.

Au sous-sol d’un grand local, au cœur du quartier pavillonnaire de L’Ile-Saint-Denis, une dizaine de femmes s’affairent autour de machines à coudre. L’écriteau sur la porte souhaite la bienvenue au chantier d’insertion Mode Estime. Alice Merle, directrice de l’association, garde un œil sur la chaîne de production, fruit bien réel de son imagination.

Psychologue

Psychologue de formation, la jeune femme est piquée de couture. Il y a une quinzaine d’années, encouragée par son entourage, elle se lance dans la création de sa propre marque de vêtements, à côté de son activité de psy. « Je voulais faire du bio, produire dans le respect d’exigences sociales. Mais très vite, je me suis rendu compte qu’il fallait faire plus de commercial que de création, or cela ne m’intéressait absolument pas. Et je perdais quelque chose de fondamental dans mon ancien métier : le contact avec l’humain », raconte Alice. Qui ne veut pourtant pas renoncer à son amour pour le fil et les aiguilles.

Alors qu’elle recueille les confidences d’une femme hémiplégique, victime d’un AVC, la solution à son dilemme surgit. « Pour elle, ne pas pouvoir s’habiller était l’une des conséquences difficiles de l’accident. Alors qu’elle adorait être en petits talons et tailleur, se vêtir lui demandait désormais de prendre rendez-vous », se souvient Alice. La jeune femme s’interroge : « Comment choisit-on ce qu’on met ? La mode ne devrait-elle pas dépasser les standards normalisés ? Comment faire pour qu’elle exclue moins de monde ? ». Après une rencontre avec une psychomotricienne, elle veut lancer une collection de mode adaptée. Germe alors l’idée d’une association. « La production de nos ateliers de couture, ce sont des vêtements adaptés. Mais l’atelier de couture lui-même est un moyen de se soigner, à la limite de l’art-thérapie », explique la psychologue.

Vulnérabilisés

Au bout de quatre ans, elle envisage l’idée de changer d’échelle, et travaille à l’ouverture d’un chantier d’insertion pour pousser les personnes au « mieux être » par le biais du textile. La couture permettrait ainsi d’aborder le rapport à soi, le rapport au corps. En 2014, elle lance son projet : 14 personnes vulnérabilisées sont embauchées par Mode Estime, orientées par Pôle Emploi et Cap Emploi.

Ces personnes ont un CDD d’un an. Lorsqu’elles arrivent, elles sont fatiguées, abîmées. « Ce matin par exemple, une femme est arrivée avec son enfant, ils n’avaient pas d’endroit où dormir le soir », explique Alice Merle. On leur offre un an pour reprendre leur souffle, se refaire un peu une santé, les remettre en condition de travail, et travailler si possible sur leur projet professionnel.

Isolement

Dans l’atelier, les salariés sont encadrés par une styliste, des accompagnants socioprofessionnels. « On travaille sur l’accompagnement global, les compétences psychosociales, on partage nos analyses. On voit comment aider les gens par le travail. Par exemple, une dame était très isolée à l’atelier comme dans la vie, elle venait pour faire son boulot, ne se liait pas du tout aux autres. Un accompagnant socioprofessionnel l’a placée au sein de la chaîne de production, afin qu’elle dépende de quelqu’un, et que quelqu’un dépende de son travail. Son évolution a été fulgurante, ça a bouleversé son rapport aux autres », détaille Alice Merle.

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