Catégories
Seine Saint-Denis
Cinéma

Les toiles de Seine-Saint-Denis se déconfinent à leur tour

A partir du lundi 22 juin, les cinémas peuvent rouvrir leurs portes ! Confrontées à un manque de visibilité pour la programmation et à l’inconnue du comportement du public, la plupart des salles obscures du département ont toutefois fait le choix de reprendre. Une partie d’entre elles feront même l’effort de rester ouvertes l’été, avec des tarifs préférentiels. Alors, on se fait une toile ?

Sur les couvertures de la plupart des programmes des salles de Seine-Saint-Denis, il y a du sourire : visage hilare pour Jean-Pascal Zadi en président sur la brochure du Studio à Aubervilliers et ambiance estivale tirée d’ « Eté 85 », le nouveau François Ozon sur le programme de l’Ecran à Saint-Denis.
« Même si ça représente du boulot de préparer cette « rentrée », on est heureux, impatients que ça reprenne ! », lance Boris Spire, le directeur de l’Ecran. Comme la plupart des 24 cinémas indépendants du réseau Cinémas 93, cette salle emblématique de Saint-Denis a fait le choix de rouvrir le 24 juin, le mercredi restant le jour des sorties, même dans le « monde d’après ». Blanc-Mesnil et Noisy-le-Grand réattaquent eux dès le lundi 22. Il faudra par contre patienter plus longtemps à Stains - 15 juillet en raison de l’installation d’une climatisation - Aulnay ou Tremblay.
« Globalement, il n’y a pas eu de catastrophe majeure du fait de la crise, synthétise Vincent Merlin, directeur de Cinémas 93, un réseau de 24 salles indépendantes, parmi lesquelles 18 publiques et 6 associatives. Du fait qu’il s’agit aux trois quarts de salles publiques, l’activité et l’emploi paraissent préservées. » Si ce professionnel chiffre quand même à 500 000 euros par mois les pertes de recettes pour la totalité des 24 salles du réseau sur la période, il ne voit pas de salle qui ait plongé complètement dans le rouge avec l’arrêt forcé.
« Etant géré par Est Ensemble, on n’a pas eu l’angoisse de l’arrêt de l’activité. Mais nous avons tout de même perdu environ 15 % de nos 200 000 euros de recettes annuelles », pointe Julien Tardif, le nouveau directeur du Trianon qui a pris ses fonctions… en plein confinement.

JPEG - 29.2 ko

Du côté des salles associatives, on est un poil plus tendu, les équilibres budgétaires étant plus précaires. « Sur les trois mois de fermeture, on a réussi à être à l’équilibre, entre les aides de l’État pour le chômage partiel et le manque à gagner des entrées. L’inquiétude, elle est plutôt sur la période qui s’ouvre : les spectateurs vont-ils répondre présents, comment va-t-on compenser l’absence des scolaires et des groupes qui font habituellement notre public ? », se questionne Peggy Vallet, directrice du Studio à Aubervilliers, une salle associative.
Le protocole sanitaire édicté par la Fédération nationale des cinémas français (FNCF) est finalement moins strict que prévu : la mesure d’un siège sur deux laissé libre a été abandonnée et il suffira de laisser un siège entre des gens n’appartenant pas au même groupe. Pour le reste, le port du masque est obligatoire dans le hall, conseillé dans les salles et un espacement plus important des séances oblige la plupart des cinémas à programmer une séance de moins par jour.
Côté programmation, les directeurs de salles, comme les distributeurs, naviguent un peu à vue. « Pour les distributeurs, la visibilité est très réduite : ils ne savent pas comment le public va se comporter dans les mois d’été donc il n’y a pas de grosse sortie prévue. On vient par exemple d’apprendre le report du « Tenet » de Christopher Nolan à la rentrée. Par ricochet, cela nous amène à faire des programmations sur 3 semaines plutôt que sur 5 comme habituellement », souligne Boris Spire.

JPEG - 77.9 ko

Pour faire revenir les spectateurs dans les salles obscures, la plupart des structures du réseau Cinémas 93 ont en tout cas prévu des dispositifs attractifs : séances à 3 euros au Studio, 4 à L’Ecran, tarif unique à 3 euros 50 pendant deux semaines dans tous les cinémas d’Est Ensemble…
Pour certains d’entre eux (les 6 salles d’Est Ensemble, le Studio à Aubervilliers ou L’Ecran à Saint-Denis), ils resteront même ouverts tout l’été, alors qu’ils ferment traditionnellement en août. Le Studio prévoit même de son côté des projections en plein air dans différents quartiers d’Aubervilliers... L’objectif premier n’étant pas forcément la rentabilité : « L’ouverture sur les mois d’été se justifie par notre mission de service public de la culture. On a décidé de faire cet effort car dans le contexte économique actuel, on ne sait pas quelle part de la population locale va pouvoir partir en vacances… », explique Julien Tardif, du Trianon.
Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Pas tout à fait… « Notre plus grosse inquiétude concerne l’avenir budgétaire des collectivités et leurs arbitrages futurs. Elles qui vont connaître une explosion des dépenses sociales dans les mois à venir, vont-elles encore privilégier la culture alors que ce n’est pas une compétence obligatoire ? Là est notre plus grande crainte », indique Vincent Merlin. Le directeur de Cinémas 93 mise toutefois sur le gros travail d’éducation à l’image réalisé par les salles partenaires du réseau pour inciter les collectivités à ne pas réduire la voilure en matière de culture. D’ici là, les salles obscures du département attendent avec gourmandise le retour des spectateur·rice·s qui ne regretteront assurément pas leur « home cinema ».

Aide au film court : jeunes réalisateur·rice·s, pensez-y !

Engagé dans sa 14e année, le dispositif de l’aide au film court financé par le Département vit forcément lui aussi une année étrange. Chaque année, une dizaine de courts-métrages sélectionnés par Cinémas 93 reçoivent en moyenne 15 000 euros d’aide à la création. Auxquels s’ajoute une bourse de 2 000 euros pour l’écriture d’un prochain projet. Un "coup de pouce" qui a lancé des réalisateurs de renom comme Thomas Cailley ou Sébastien Betbeder... Deux sessions de sélection sont organisées tous les ans, dont la prochaine se tient en août. "Pour la prochaine, on s’attend forcément à moins de candidatures, ce qui serait dommage", devance Vincent Merlin. Donc si vous avez un court-métrage à proposer, foncez ! https://www.cinemas93.org/page/aide-au-film-court-en-seine-saint-denis-0

à lire aussi
Art Parcs départementaux Patrimoine

Olivier Grossetête : "Ce qui est essentiel est de construire ensemble"

Du 21 au 27 septembre, l’artiste Olivier Grossetête, connu internationalement pour ses constructions monumentales en cartons, proposera aux habitant·e·s de Seine-Saint-Denis d’en fabriquer une autour du bâtiment de la Cartoucherie, dans le parc départemental de La Poudrerie. Nous avons demandé au plasticien de nous en dire plus sur ce projet artistique participatif hors norme.

Les corps des femmes se mettent en scènes au #Wetoo festival

Pourquoi la libération des femmes passe-t-elle par celle de leurs corps ? Comment éduquer ses enfants de manière féministe ? Le week-end dernier, à la Cité fertile à Pantin, le Wetoo festival répondait à ces questions à travers des propositions théâtrales et artistiques, prises d’assaut par un public jeune... et nombreux.

Saint-Denis Street-Art Saint-Denis

Sous les scellés, la culture !

Jusqu’au 20 septembre, l’association Mur 93 organise à Mains d’œuvres à Saint-Ouen, "Destin scellé", une exposition-vente d’artistes urbains qui ont laissé libre cours à leur imagination sur les panneaux de métal qui avaient l’espace de 99 jours interdit l’accès à ce lieu de culture et de rencontres. De l’art engagé pour continuer le combat de Mains d’œuvres plus que jamais en quête de liberté de créer et d’oser...