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Les institutions européennes : Bruxelles, Strasbourg... et Epinay !

Mardi 5 juin, les élèves de 5e du collège Jean-Vigo à Epinay-sur-Seine simulaient, dans la grande salle de la mairie, une séance du Parlement européen. Une bonne occasion de comprendre le fonctionnement de cette institution et aussi de mettre en pratique leurs dispositions oratoires.

« Monsieur, vous allez être impressionné par mon talent ! » rigole Anaïs, avant de se lancer dans sa tirade avec son éloquence maximale : « Je suis opposée à l’importation du coton d’Ouzbékistan. Je suis si-dé-rée, car là-bas, les ouvriers travaillent 12 heures par jour alors qu’en France, on ne travaille que 8 heures et on est mieux payés ». La collégienne ne croit pas si bien dire. Les yeux d’Alexandre Schon, son professeur d’histoire, s’embuent. Ses six mois d’investissement ont porté leurs fruits.

Ce mardi 5 juin, deux classes de cinquième du collège Jean-Vigo, à Epinay-sur-Seine, sont rassemblées au centre culturel pour préparer la simulation d’une séance au Parlement européen. Répartis en quatre commissions- glyphosate, textile, minerai, et pêche électrique- chacun incarne un député européen. Selon le parti qui leur a été attribué, ils doivent trouver des arguments pour défendre ou s’opposer à un point de la loi sur laquelle porte leur commission. Un projet éducatif, notamment accompagné par le centre de ressources départemental Via le monde et les associations Starting-block et E Graine, qui doit les sensibiliser aux enjeux environnementaux et sociétaux et à la manière dont la démocratie européenne peut réguler ces questions.

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On les retrouve langue tirée, peaufinant les dernières saillies de leur discours, en s’inspirant des multiples post-it et argumentaires épinglés au tableau par leurs professeurs et les bénévoles de l’association des « Jeunes Européens », qui organisent régulièrement ce type de jeu de rôles.

Un député européen en guest-star

A 14 heures, le cortège de collégiens et d’encadrants rejoint la mairie. Le dernier château d’Epinay toise les hautes tours de béton qui lui font face. Les adolescents se tassent autour du bureau de la belle salle du conseil. Les murs, ornés de boiseries et de fresques, représentent la ville lorsqu’elle était champêtre. Mais la flexibilité des micros électroniques intéresse nettement plus nos jeunes concitoyens.

Après un mot du maire et de la principale du collège, le député européen Younous Omarjee se présente. « Moi aussi, j’ai fréquenté l’école de Saint-Denis... de la Réunion ! », plaisante l’ultra-marin. « Prendre la parole devant vous est plus impressionnant que devant 28 ministres, car vous ne biaisez pas, et entendre votre parole me sera utile dans la continuation de mon engagement », commence Younous Omarjee. Avant de se lancer dans la séance, il justifie le choix des thèmes de travail. « La question de la démographie mondiale et de son impact est fondamentale. Dans cent ans, nous serons 12 milliards d’habitants. C’est une transformation extraordinaire dont on ressent déjà les conséquences, à travers, par exemple, la question des migrants. La question écologique est au cœur de cette transformation, et c’est pourquoi nous vous avons fait travailler sur ces quatre thèmes. Nous travaillons ensemble à la construction du citoyen, car être membre de l’UE vous confère des droits, dont, bientôt, celui de devenir député européen  ». Après les applaudissements, le silence car la séance commence.

Jeux de pouvoir

Chacune des quatre commissions comporte trois points de débat. Sur chacun d’eux, trois intervenants : un rapporteur qui introduit les enjeux, un député qui défend le pour, un député qui défend le contre... et l’on vote. « Qui est pour, qui est contre, qui s’abstient ? C’est ça, la démocratie », commente Younous Omarjee, qui orchestre les votes avec maestria.

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Qu’ils récitent de manière un peu scolaire ou qu’ils en fassent des tonnes, comme aux grandes heures de la troisième République, tous les élèves jouent le jeu et donnent le meilleur d’eux-mêmes pour défendre leur cause. L’adversaire d’Anaïs, qui incarne, comme l’indique l’étiquette qu’elle porte, l’élue libérale et démocrate Petras Austrevicius, défend l’importation du coton : « Parce que l’interdire, c’est plonger le pays dans une pauvreté certaine, et que cela permet aux pays de l’UE de faire des économies ! ». Face à elle, Anaïs refait son numéro. Puis les questions s’enchaînent. Faut-il punir les entreprises européennes qui travaillent avec les exploiteurs ouzbeks ? Obliger les entreprises européennes à réduire leurs marges, pour augmenter le salaire des travailleurs ouzbeks ? « Non parce que sinon, Bershka et Zara ne pourront plus développer de boutiques en Europe »... On introduit, on attaque, on défend, on vote, à un rythme effréné, sans toujours bien comprendre l’énoncé... Bref, tout comme au Parlement ! A une exception : un tonnerre d’applaudissements retentit dans la salle quels que soient les camarades-députés qui interviennent et surtout, quels que soient les causes qu’ils défendent.

Argumenter et défendre

Jusqu’à 17 heures, la salle résonnera des mots de nos collégiens sur le remplacement des minerais par des matières plus durables, le contrôle des mines, la nécessité d’interdire tout de suite, après-demain ou jamais le glyphosate, l’établissement ou non de quotas pour la pêche électrique. Le tout rythmé par les remarques pédagogiques du député Omarjee : « Vous êtes très attentifs à la condition humaine, bravo ! » ou encore « C’est un point de vue , et c’est ça la démocratie, à chaque point de vue, doit répondre un point de vue différent ». Au bout d’un moment, l’attention de mon voisin de table, Wesley, prend congé. Il se gratouille la tête avec son carton de vote en faisant un petit bruit : le député est redevenu collégien. Mais l’essentiel est ailleurs : ils ont appris, compris, trouvé en eux la force d’exposer un argumentaire devant leurs camarades. C’est aussi ça, la politique.

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