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La formation sur le harcèlement scolaire « m’a ouvert les yeux sur un problème difficile à déceler »

Le Département de la Seine-Saint-Denis a proposé ces derniers mois aux professionnels qui officient dans les collèges un cycle de formation sur la thématique du harcèlement scolaire. Retour sur expérience avec des témoignages de professeurs.

Organisé entre septembre et mars par le Département de la Seine-Saint-Denis avec le soutien financier du Fonds Social Européen, le cycle de formation de trois jours sur la prévention et le traitement du harcèlement scolaire répondait à une urgence, une nécessité impérieuse : un enfant sur dix est victime de ce fléau pendant sa scolarité, selon le ministère de l’Education nationale. Le but de cette initiative était donc de « faire monter en compétence les intervenants socio-éducatifs qui prennent en charge les collégiens exclus ainsi que les professionnels de l’Education nationale désireux de se former sur le harcèlement », explique Noria Belgherri, chargée de prévention de la violence scolaire au Département.
Lors de la première journée, la thématique « psychologie sociale des groupes » a été passée au peigne fin. « On nous a notamment enseigné que les témoins sont des protagonistes importants qu’il s’agit de responsabiliser pour mettre fin à une situation de harcèlement », relate Marianne Caule, professeure d’anglais au collège Françoise-Dolto de Villepinte, qui a pris « énormément de notes » lors de ces échanges. Et d’ajouter : « Pour moi cette formation était très importante, voire capitale. Je suis titulaire depuis seulement deux ans, j’ai très peu d’expérience, ce qui peut être rédhibitoire quand on est confronté à des cas de harcèlement. Désormais, je n’irai plus voir mécaniquement le CPE [conseiller principal d’éducation] dès que je sens poindre un début de tension. »

La méthode Pikas, au centre du jeu

Sylvaine Dossou, qui enseigne la musique au collège Henri-Wallon d’Aubervilliers depuis 22 ans et qui au cours de sa carrière a eu à gérer plusieurs actes de ce type, se sent également plus armée. « En ce moment-même, dans une de mes classes, un groupe d’élèves passe son temps à humilier un camarade. Pour mettre fin à cette situation, je compte m’inspirer de la méthode Pikas », livre l’enseignante. Cette méthode, qui porte le nom de son créateur, le professeur de psychologie Anatol Pikas, consiste en une série d’entretiens individuels avec les élèves ayant pris part à des actes d’intimidation. Dans cette approche, le professionnel n’a pas pour but de faire reconnaître à ses interlocuteurs leur participation ou leur responsabilité dans les brimades, mais cherche à les amener à formuler eux-mêmes - à la faveur d’entretiens répétés - des suggestions qui pourraient mettre un terme à leurs agissements.

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Lors des deux dernières journées, il a été question de cyber-harcèlement et de gestion de la colère chez l’adolescent. « Passionnant, résume Tifaine Ohlbaum, professeure de SVT au collège Françoise-Dolto de Villepinte. Ces sessions m’ont ouvert les yeux sur une problématique souvent difficile à déceler. Le cyber-harcèlement se joue de fait beaucoup en dehors de l’environnement scolaire. Il est, pour moi, encore plus destructeur, car ce procédé n’accorde aucun répit à la victime. » Elle aussi démarre dans la profession. Elle estime que cette formation lui a apporté un « bagage intellectuel conséquent ». Et des idées aussi : « Je compte bientôt proposer un atelier théâtre pour libérer la parole et faire prendre conscience aux élèves de la cruauté de certains actes. »

Le projet éducatif mené par le Département ne va bien sûr pas en rester là. Le programme à venir est encore riche. « Nous allons notamment mettre en place des animations collectives dans les classes pour réveiller les témoins passifs et agir positivement sur la dynamique de groupe, et faire intervenir une compagnie de théâtre forum sur le thème de la prévention du harcèlement ou des violences diverses », annonce Noria Belgherri.

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