Jérômine Derigny, photographe pour l’humanité
Cette photojournaliste bagnoletaise sillonne le monde depuis une vingtaine d’années pour des reportages à caractère social et humaniste. L’été dernier, elle a couvert pendant 12 jours, « matin, midi et soir », la première transhumance du Grand Paris.
Pour les besoins de cet article, on a demandé à Jérômine Derigny d’inverser les rôles. Une fois n’est pas coutume, c’est elle qui pose devant l’objectif et qui répond aux questions du journaliste. Un exercice pas facile quand on préfère braquer la lumière sur les autres. Mais cette photojournaliste, enthousiaste et disponible, se prête finalement au jeu. Et voilà qu’on se met à deviser à bâtons rompus, sans se soucier du temps qui passe. On se permet d’abord de lui demander son âge car on sait qu’elle ne le fait pas (48 ans) puis de dévider la pellicule de sa vie. En quelques clichés. Ainsi, apprend-on que Jérômine Derigny a été une enfant des 6e et 7e arrondissements de Paris (« oui, je sais, ce n’est pas très commun ») et qu’elle a trois filles qui « ont toutes grandi et fait leur scolarité à Bagnolet », ville où elle a décidé de s’établir en 2002 et qu’elle apprécie beaucoup pour sa diversité culturelle, entre autres.
Diplômée de la prestigieuse école Louis Lumière en 1992 - installée depuis 2012 à la Cité du cinéma à Saint-Denis - (« à l’époque, elle n’était pas aussi réputée et puis j’ai eu le concours seulement du deuxième coup », corrige-t-elle, l’humilité chevillée au corps), elle suit six ans plus tard une formation à l’EMI-CFD, l’école des métiers de l’information pour devenir photojournaliste. Puis tout s’enchaîne très vite. Un peu comme si elle avait appuyé sur le mode « rafale » de son appareil. L’impétrante intègre la rédaction de Pèlerin Magazine (Bayard Presse) en tant que stagiaire puis pigiste. Obtient dans la foulée sa carte de presse. Et bosse pour d’autres journaux et magazines du groupe (La Croix, Okapi, etc.). En 2002, c’est la consécration : ses travaux en noir et blanc réalisés dans les prisons pour mineurs en Russie lui valent de recevoir le prix Kodak de la critique photographique (décerné de 1976 à 2009) dont le but était de découvrir et promouvoir le talent de jeunes photographes professionnels. Une récompense qui lui permet à l’époque de se faire connaître et de devenir une fidèle collaboratrice des rédactions de la place de Paris.
« Je m’intéresse beaucoup aux situations compliquées ou aux causes désespérées pour prouver qu’il y a une lueur d’espoir dans chaque lutte »
Nous sommes au début des années 2000, l’argentique vit ses derniers instants. Au grand dam de Jérômine et de bon nombre de ses collègues, qui accueillent avec une certaine méfiance l’arrivée du numérique. « Devoir se passer du grain si propre à l’argentique a été une expérience frustrante, voire traumatisante », confie-t-elle. Du coup, il lui a fallu quelques années avant de prendre du plaisir avec un boîtier numérique (« la première génération ne faisait pas de bonnes photos »). En 2006, elle rejoint le collectif Argos qui, comme elle, place toujours l’être humain au cœur de ses récits et s’intéresse au mutations du monde contemporain. « Je m’intéresse beaucoup aux situations compliquées ou aux causes désespérées pour prouver qu’il y a une lueur d’espoir dans chaque lutte », explique-t-elle. En 2010, elle et une collègue journaliste du collectif réalisent sur leurs fonds propres une série sur les banlieues baptisée « Qui sème l’espoir ». « L’idée de ce projet est né au moment des émeutes en 2005 pour évoquer les difficultés du quotidien mais aussi ce qui fonctionne. On a volontairement laissé passer cinq ans pour ne pas verser dans l’émotion gratuite ou, pire, le sensationnalisme. » Sans angélisme, sans édulcorer la réalité, leurs reportages montrent une Seine-Saint-Denis qui déborde d’énergie positive : le défilé Cultures et Créations à Montfermeil, le Trophée des Bahuts avec PromoVoile 93, l’ASTI (Association de solidarité avec les travailleurs immigrés) de Clichy-sous-Bois... Un travail qui a fait l’objet d’une exposition au parc départemental Georges-Valbon (La Courneuve) en 2014.
En juillet dernier, elle a couvert la première transhumance urbaine organisée en Ile-de-France, pilotée par la Métropole du Grand Paris et le média culturel en ligne Enlarge Your Paris. Parti de la Basilique de Saint-Denis et arrivé aux Invalides, le convoi exceptionnel, composé de marcheurs volontaires et d’une vingtaine de brebis, a parcouru en douze jours 140 km et traversé 30 villes de l’Ile-de-France, dont de nombreuses communes de Seine-Saint-Denis. Le but : promouvoir l’agriculture urbaine « en réfléchissant à la place de l’animal en ville, et faire découvrir de nouveaux territoires qu’on n’ose pas forcément visiter », détaille la photographe. Sur ses clichés, les visages semblent surpris mais heureux du spectacle peu commun auquel ils assistent. « Quand une rue est bloquée à cause d’un défilé de moutons, cela suscite soudainement beaucoup d’amusement », observe-t-elle dans un grand sourire. Finalement, l’homme préfère l’animal à la voiture.
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