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Don d’ovocytes : et si vous le faisiez ?

À l’hôpital Jean-Verdier de Bondy, les couples ne pouvant avoir d’enfants naturellement trouvent l’aide de soignants compétents, et surtout de femmes qui, généreusement, donnent leurs ovocytes. Une démarche trop rare encore pour couvrir les besoins, notamment pour les couples noirs. Et si vous le faisiez ?

À 29 ans, Naomi* s’apprête à effectuer « la chose la plus importante qu’elle aurait pu faire » : donner ses ovocytes et permettre peut-être ainsi à un ou plusieurs couples qui ne peuvent pas avoir d’enfants de devenir parents. « Quand j’ai commencé moi-même à avoir un désir de maternité, explique la jeune femme, je me suis dit : “Pourquoi ne pas aider celles qui en ont un besoin impérieux ?” Il faut prendre ses responsabilités et faire des dons ! »

Ce geste de générosité, volontaire, gratuit et anonyme, des centaines de femmes le font chaque année en France. En 2016, elles étaient 746. Un nombre en augmentation mais largement insuffisant au regard des besoins.

Une longue attente

À Bondy, le Centre d’études et de conservation des oeufs et du sperme (Cecos) de l’hôpital Verdier parvient à faire, selon sa responsable la médecin Florence Eustache, « 12 à 20 procédures par an, et chacune sert pour un, deux ou trois couples, en fonction du nombre d’ovocytes récupérés ». Or, 40 à 60 couples poussent la porte du centre chaque année. Résultat : des délais d’attente de deux ans et demi, et même jusqu’à quatre ans, voire cinq, pour les patients noirs, en raison d’un manque encore plus criant de donneuses.

Les principales raisons tiennent aux contraintes de cette procédure mais aussi à une méconnaissance de ce don, qui existe pourtant depuis que l’assistance médicale à la procréation est régie par la loi bioéthique de 1994. Selon une étude réalisée par l’institut Viavoice pour l’Agence de la biomédecine, près d’un tiers des Français l’ignore. Et davantage encore ne savent pas que les femmes n’ayant pas eu encore d’enfants peuvent aussi, depuis la loi bioéthique de 2011, faire un don.

Si ça peut aider quelqu’un…

C’est le cas d’Ada*, qui a donné ses ovocytes il y a quelque mois, pour permettre à des femmes de connaître ce moment « magique de mettre un enfant au monde ». « Et puis, ajoute-t-elle simplement, ce n’est pas comme si je me privais de quelque chose : donc, si ça peut aider quelqu’un… »

Quand elles apprennent que les donneuses noires sont moins nombreuses, Naomi comme Ada, toutes deux originaires d’Afrique noire, ne sont pas étonnées. « Culturellement, explique la première, la question de la fertilité est tabou chez nous et, quand elle ne l’est pas, une réelle stigmatisation touche les femmes. Et puis, socialement, l’information sur le don ne vient pas jusqu’à elles et ce n’est pas leur priorité. »
« Nous ne sommes pas bien éduqués là-dessus, confirme Ada. Il faut démystifier. Si les femmes étaient mieux informées, certains freins sauteraient. » C’est ce qu’elle a fait : s’informer longuement avant de sauter le pas. Et grâce à elle, deux couples ont pu recevoir des ovocytes.

Une procédure exigeante

Donner ses ovocytes n’est pas tout à fait anodin. « C’est contraignant, reconnaît Ada après avoir fait la démarche, et cela nécessite de s’organiser » durant la phase de stimulation et pour la ponction. La jeune femme s’attendait cependant à des effets secondaires durant le traitement et appréhendait un peu la ponction mais, à l’en croire, tout s’est bien passé, mis à part « un peu de douleurs et de saignements le jour même, mais qui étaient passés le lendemain ».
« Comme tout acte médical, ce n’est pas tout à fait sans risque mais les complications sont vraiment très rares, précise la docteure Florence Eustache. Cela prend surtout du temps. Pour les femmes qui choisissent de devenir donneuses, c’est une véritable démarche. »

Pour donner vos ovocytes

Qu’est-ce qu’un ovocyte ?
Appelé également ovule, l’ovocyte est la cellule reproductrice féminine. Des milliers sont contenus normalement dès la naissance dans les ovaires. À partir de la puberté, chaque mois, une dizaine se développent pour aboutir à l’ovulation d’un seul. Les autres disparaissent naturellement.

Qui peut donner ?

Toute femme âgée de 18 à 37 ans en bonne santé peut donner ses ovocytes. Un bilan préalable permet d’évaluer son état de santé et ses antécédents
familiaux. Si elle n’a pas eu d’enfant, une partie peut être congelée.

À qui sont donnés les ovocytes ?

Ils bénéficient à des couples ne pouvant avoir d’enfant parce que la femme n’a pas ou peu d’ovocytes ou qu’ils présentent des anomalies, ou risquant de transmettre une maladie génétique grave à l’enfant.

Comment se passe le don ?

Durant 10 à 12 jours, une stimulation des ovaires par des injections quotidiennes est réalisée. Des prises de sang et/ou échographies évaluent la
réponse au traitement. Le prélèvement s’effectue ensuite par voie vaginale, sous contrôle échographique et sous analgésie ou anesthésie. Il nécessite une hospitalisation de quelques heures.

Où peut-on donner ?

Au Centre d’études et de conservation des oeufs et du sperme (Cecos), hôpital Jean-Verdier, avenue du 14-Juillet, 93140 Bondy
01 48 02 58 72 - secretariat.cecos@jvr.aphp.fr
Plus d’informations sur : dondovocytes.fr

* les prénoms ont été changés pou préserver l’anonymat du don.

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