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Des designers couvés par la Maison Revel

Le Pôle des métiers d’art d’Est Ensemble, abrité dans la Maison Revel, aux Quatre-Chemins, à Pantin, accompagne de jeunes céramistes prometteurs dans le lancement de leur activité. Elle a joué le rôle d’amortisseur social durant la crise sanitaire, et permet aux jeunes potiers de développer leur travail artistique. Ils et elle assurent la visite guidée du lieu pour Seine-Saint-Denis, le mag.

Leurs tasses, bols, vases, et autres créations céramique se pavaneront sur les podiums de la très chic galerie Joseph, en plein coeur de la capitale, pour la Paris Design Week, du mercredi 8 au dimanche 12 septembre prochain. Mais ces pièces, fleuron du jeune design français, ont été pensées, moulées, tournées et enfin cuites dans l’effervescence du quartier des Quatre-Chemins, à Pantin, et plus précisément dans la Maison Revel. Dissimulé derrière les branchages d’un joli jardin, l’ancien hôtel particulier de 400 m2 fait office de havre de beauté et de paix dans un environnement post-industriel pour le moins turbulent. Depuis 2008, un "pôle des métiers d’arts" a éclos dans l’ancien domicile du patron des vernis Revel. En ce caniculaire vendredi après-midi de juin, le rez-de-chaussée, aménagé en centre ressource pour les artistes installés dans les parages avait - période Covid oblige- des allures de belle endormie.

De jeunes artisan·e·s fragilisé·e·s par la crise du Covid

Pour trouver de la vie, il fallait monter ou descendre les escaliers de la demeure et atteindre les espaces de coworking proposés par Est Ensemble à de jeunes artistes, pour des résidences de 24 mois. Depuis décembre 2020, Théo Cazaubon, Léa Caïe, Samuele Perraro, Élodie Louzaouen et Manon Bériot ont pris leurs quartiers au premier étage de la maison bourgeoise, alignant, sur les étagères aux murs, leurs créations. Ce vendredi 11 juin, nous retrouvons Théo, Léa et Samuele. Le premier s’est dévoué pour mener la visite, la seconde se débat avec son tour de poterie, le troisième prépare une cuisson.

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Après un cursus aux Arts Déco, où il se spécialise dans le design d’objets, Théo Cazaubon suit à Limoges, capitale de la porcelaine, un post-diplôme de recherche, puis il part en résidence en Corse, travailler sur les possibles réemplois d’une ardoise locale. « Les résidences sont une super manière de travailler, permettent de voyager, mais cela n’est pas durable, car elles sont difficiles à enchaîner », déplore le jeune homme dont le confinement a bouleversé le début de carrière. Léa, elle, est une reconvertie. Elle plaque tout suite à des études de lettres et un poste au service de communication de l’Institut national des arts et métiers, pour se former auprès de grands céramistes. « J’ai financé cette reconversion un peu avec l’argent du chômage, et un peu avec celui de mon conjoint. Mais avec le confinement, c’est compliqué : pas de foire, de marchés, de festivals... Il n’y a rien qui rentre. Personne n’achète de céramique en ligne », déplore la jeune femme. Originaire de Vénétie, Samuele s’est formé au tour de poterie, en alternance avec ses études de langue hindi et sanscrit, et d’anthropologie sur une caste indienne de chanteurs nomades. Il s’assure une subsistance en donnant des cours de tour de poterie aux amateurs.

Deux ans pour séduire une clientèle

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En cette période difficile, la Maison Revel a constitué un amortisseur social non négligeable pour ces jeunes artisans. « L’idée, c’est de pouvoir vivre de notre métier, sans trop galérer », expose doctement Théo. Outre le toit et les mètres carrés, la Maison Revel épargne pour un temps à ces jeunes pousses des investissements de taille, indispensables à l’impulsion de leur activité. Le pôle des Arts met à leur disposition deux fours professionnels, capables de monter jusqu’à 1300°C. « Lorsqu’on fabrique un objet en coulage, on utilise d’abord des moules en plâtre, dans lesquels on verse notre pâte. Ensuite, on le fait chauffer une première fois à 900°, c’est ce qu’on appelle « le dégourdi », afin qu’elle soit à la fois solide et poreuse, prête à recevoir une couche d’émail, qui rend la terre imperméable, ce qui est très pratique pour des pièces dédiées à l’alimentation, ou à contenir de l’eau, comme un vase par exemple. Ensuite, on procède à la seconde cuisson, à 1200, 1300°. Le four met une douzaine d’heures à monter jusqu’à cette température », professe le designer-maker. Et coûte 5 000 euros. « Difficiles à sortir au début », commente-t-il. Ici, chaque cuisson coûte 10 euros, contre 70 euros ailleurs et le loyer est très modéré. En plus de ce matériel, la Maison Revel propose aussi à ses résidents un accompagnement à l’entrepreneuriat : « On a deux ans pour séduire une clientèle. Cela signifie qu’on doit créer des modèles, organiser des shootings, créer un site, un instagram », énumère Théo.

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Le nid douillet permet aux jeunes artistes de cuire leurs pâtes et de développer leurs pattes. Léa peut y réaliser l’idée qu’elle avait mûrie pendant le confinement : elle fabrique des "Oya", pots pour les plantes permettant de les irriguer en fonction de leurs besoins, grâce à un jeu sur la porosité de l’argile. Samuele poursuit son travail sur les "engobe", la fine couche d’argile dont on enrobe la pièce en céramique pour la protéger et la décorer. « J’aime mettre en valeur la texture brute de la terre, garder la couleur de la roche, de la nature », détaille l’Italien. Théo intègre une variable aléatoire dans son processus de fabrication, permettant de générer des variations. Chaque pièce, issue d’un même moule, se différencie des autres par un élément laissé au hasard. Ses collections forment alors des séries de pièces uniques, appelées séries différenciées. Ces mots béotiens se substituant mal à la vue et au toucher des oeuvres, nous vous invitons à venir contempler les créations pantinoises ce week-end !

Elsa Dupré

- Paris Design Week, du mercredi 8 au dimanche 12 septembre, à la galerie Joseph au 116 rue de Turennes

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