Camille Hardouin, la demoiselle reconnue
Récemment passée par The Voice, cette artiste à la sensibilité exacerbée a vu sa carrière décoller grâce au Grand Zebrock, concours donnant sa chance aux jeunes talents musicaux en Seine-Saint-Denis. Portrait.
Pour se présenter cette année à l’émission The Voice, elle avait choisi « Ne me quitte pas », du Grand Jacques. « Parce que ça parle d’amour et que c’est une chanson dans l’attention aux mots. » Deux caractéristiques qui définissent bien Camille Hardouin, artiste à fleur de peau. Sur son album « Mille bouches », sorti en 2017, la jeune femme de 33 ans conjugue en effet l’amour à l’imparfait ou au plus-que-parfait, dans un style tantôt sincère tantôt drôlatique. « J’ai plein de petits poissons dans le ventre et dans la tête. Pour moi, écrire ou chanter, c’est partager un paysage intérieur », commente-t-elle, attablée au Bistrot littéraire des Cascades, dans le XXe, un bar là aussi qui lui va bien, tant écouter Camille Hardouin, c’est écouter une cascade de mots qui coulent avec leurs rythmes bien à eux.
Un style de « conteuse d’histoires », pour reprendre les mots du juré Julien Clerc au moment de son élimination – toute fraîche – de The Voice, télé-crochet médiatique qui était venu chercher la jeune femme pour qu’elle participe à sa 8e saison. « Evidemment qu’il y a un peu de déception, mais il faut reconnaître que ce n’était pas mon terrain de jeu habituel », dit celle qui est plus habituée aux scènes intimistes qu’aux grands shows médiatiques. « Je suis contente de l’avoir fait parce j’ai pu tester plein de choses qui me faisaient envie comme des reprises ou faire l’expérience du format télé. Et en même temps, je suis soulagée, parce que je peux désormais retourner à mes vieilles marmites et mes petites sorcelleries », poursuit celle qui « mijote » lentement mais sûrement un deuxième album.
Sans doute Camille Hardouin se dit-elle aussi qu’on ne peut pas gagner à chaque fois : en 2011, elle avait en effet percé grâce au Grand Zebrock, tremplin musical organisé depuis 1990 en Seine-Saint-Denis. Un titre de lauréate, deux expériences scéniques en récompense, à la Maroquinerie et à la Fête de l’Huma, et surtout une vraie arrivée à maturité artistique.
La jeune femme née au Touquet puis montée à Paris avait frappé à la porte de ce concours musical made in Seine-Saint-Denis pour tenter l’aventure artistique par nécessité intérieure et ne l’a pas regretté. « J’ai beaucoup de gratitude pour le Grand Zebrock. A l’époque, j’étais comme une espèce de belle au bois dormant que le Grand Zebrock aurait réveillée. En fait, ils sont les premiers à m’avoir aidée à faire de mon obsession un métier », se souvient Camille Hardouin.
La Seine-Saint-Denis, elle continue de la croiser régulièrement au fil de ses concerts : une participation au festival MAAD 93 et prochainement une invitation à la Pension Thénardier à Montreuil (le 6 juin). « J’aime bien le côté hyper dynamique du département, c’est souvent l’occasion de découvrir des choses un peu plus underground qu’à Paris », dit-elle de son ton à la fois gouailleur et fragile.
A ses débuts, celle qui cite Brigitte Fontaine ou la chanteuse américano-mexicaine Lhasa parmi ses références s’était lancée dans l’aventure sous le nom de la « Demoiselle inconnue ». Un pseudo qu’elle doit à un concert de Devenda Banhart au cours duquel la jeune aspirante musicienne était montée sur scène à l’invitation de l’artiste, qui cherchait un spectateur pour y jouer un morceau de manière impromptue. « Par la suite, des compte-rendus de ce concert m’ont mentionnée comme « la demoiselle inconnue » montée sur scène, et j’ai trouvé ça poétique. Ça faisait comme une cachette, donc j’ai gardé ce nom », explique-t-elle.
Le papillon ne sortira de sa chrysalide qu’à l’occasion d’un premier gros festival, le chantier des Franco-folies de la Rochelle, pour continuer ensuite à voleter sous son vrai nom. Entre temps, « Si demain », une ode mélancolique aux relations d’un soir, « Il m’plaît pas », un monologue intérieur façon Anaïs ou « Gros dégueu », une chanson vengeresse sur le harcèlement de rue, sont devenus des classiques de son répertoire. A propos, Camille Hardouin se définirait-elle comme une artiste féministe ? « Oui quand même. Bon, une chanson n’est pas un message donc mon engagement ne va pas se refléter dans chacun de mes textes. Mais quand même : en 2019, on peut espérer que tout le monde soit féministe. Mais pour moi, ça va au-delà dans la mesure où si on creuse un peu, on s’aperçoit souvent qu’être féministe n’empêche malheureusement pas d’être raciste ou transphobe. », remarque celle qui voit dans le mouvement « Me too » une « vraie libération de la parole ».
Et maintenant ? Plusieurs indices donnent à penser que le papillon Hardouin va encore prendre de plus belles couleurs : ses mèches bleues ou vertes ont tout récemment laissé place à une coupe court façon Jean Seberg et une BD d’inspiration très autobiographique, « Rouge Zombie », est en approche. Car oui, quand les mots n’ont plus prise ou sont émoussés, la demoiselle dessine aussi… « En fait, quand je veux transmettre quelque chose, je recherche toujours le media le plus adapté pour le dire », explique cette talentueuse touche-à-tout. « C’est une bd dont j’ai écrit le scénario il y a 8 ans et qui parle d’un moment de ma vie où j’étais là sans être là. C’est l’histoire d’une petite zombie végétarienne, l’histoire d’une quête d’identité… » On peut être sûr qu’elle sera sincère et spontanée, comme son auteure.
Photo : Franck Rondot
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