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Anaïs Quemener : « Surtout, ne rien lâcher… »

Après avoir gagné le plus long marathon de sa vie contre un agressif cancer du sein, la vice-championne de France des 100 km en court un contre le COVID. Aux urgences de l’hôpital Jean-Verdier à Bondy, cette aide-soignante (29 ans) avance -sans relâche- contre lui. Même si sa ligne d’arrivée ne cesse de reculer, cette battante licenciée au Tremblay Athlétic club ne s’avouera jamais vaincue…

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« A quoi ressemblent vos journées, aujourd’hui ?
Comme d’habitude, par choix, pour pouvoir m’entraîner la journée, ce sont des nuits, de 19 à 7 heures du matin. Mais, actuellement, j’additionne beaucoup de nuits supplémentaires. Je me suis inscrite en renfort si besoin, dans d’autres hôpitaux. Le sport m’a appris à ne jamais baisser les bras, à insister quand c’est difficile, à me dépasser, à me surpasser. La route de la victoire sur ce virus semble encore longue. Mais, nous savons que nous la gagnerons ! Quand, ça reste une inconnue...

Sur un marathon, le 30e kilomètre est un moment difficile, et, dans une nuit aux urgences, lequel est-ce ?
Vers 3 heures du matin, le coup de bambou arrive. Alors, comme face au mur du 30e km au marathon, il ne faut pas s’arrêter, il ne faut pas se poser, il faut continuer à rester dans l’action, à s’agiter en faisant du ménage ou remplissant une pharmacie.

Vos conditions de travail notamment de protections se sont-elles améliorées ?
Non, pas vraiment ! Nous avons une seule sur-blouse par soignant. Au lieu de la jeter, nous la lavons pour le lendemain. Les masques sont encore au compte-gouttes : trois pour la nuit ! Je dois en changer toutes les quatre heures. Mais, nous continuons à donner le maximum avec le minimum. Entre soignants, nous sommes très solidaires. Nous ne baissons pas les bras. Nous savons que le meilleur est à venir.

Suivie pour une pathologie de cancer, ne vous mettez-vous pas en danger au cœur de ce marathon interminable ?
Je n’y pense pas. Après ma victoire contre le cancer, je pense, parfois, que rien, de pire, ne peut et ne pourra m’arriver. Je prends toujours le bon côté des choses. Je relativise. Parfois, mes collègues m’y font penser. Mais, je leur réponds que tout va bien.

« Confinée, je ne cours plus dehors... »

Malgré la fatigue des nuits additionnées, continuez-vous à vous entraîner ?
Bizarrement, je ne me sens pas fatiguée. D’ailleurs, j’ai même l’impression que mon corps se repose. Avant le confinement, j’étais en train de préparer les championnats de France sur 100 km. A tout malheur, il y a toujours quelque chose de bon. Au final, cette coupure sera bénéfique.

Avez-vous une prochaine compétition en tête ?
Dans cette parenthèse, nous sommes tous sur un pied d’égalité avec un grand point d’interrogation sur une reprise à la normale. On verra !

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Continuez-vous à vous entraîner ?
De Mitry-Mory à Bondy, je vais bosser à vélo via le canal de l’Ourcq. Alors, je vois des personnes se reposer ou pique-niquer dans l’herbe : ils ne réalisent pas les risques pris ! Chez moi, je peux aussi courir sur un tapis roulant, heureusement acheté juste avant le confinement.

Pourquoi ne courez-vous pas dehors ?
Nous sommes en période de confinement. Donc, je ne m’arroge pas le droit de courir dehors. Tous les jours, j’essaye de faire 45 mn sur mon tapis face au mur. Je rêve du jour où je retournerai courir, sur le canal, jusqu’à La Villette en ressentant une petite brise sur mon nez…

Est-ce votre rêve d’après ?
Non, le premier sera de retourner voir mon père à Livry-Gargan, pas vu depuis un mois maintenant. Et puis, ma grand-mère à Angers. Là, j’ai des fourmis dans les jambes… ».

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