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À l’hôpital, le super-pouvoir du rire

À l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis, les comédiens du Rire Soleil interviennent une fois par semaine auprès des enfants, de leurs parents et du personnel soignant. Un intermède burlesque et joyeux, partie-prenante de la démarche de soins.

Aux dires du papa, Chouquette et Gaston étaient « attendus comme le messie ». Maxime, 9 ans, a même refusé tout net de quitter l’hôpital (Delafontaine, à Saint-Denis) en apprenant la venue des clowns du Rire Soleil. Et maintenant que les deux sont dans sa chambre, il déploie des trésors d’inventivité pour les retenir.

Le défilé improvisé au départ par Isabela Soler, alias Chouquette, se transforme ainsi en véritable concours burlesque entre elle et son comparse, Laurent Paolini, alias Gaston. Sous la houlette de l’enfant, les deux comédien·ne·s enchaînent avec humour épreuves de mimes ou de grand-écart. À chaque fois bien sûr, Maxime affirme ne pouvoir les départager, et réclame un nouveau round.

« C’est un vrai rayon de soleil, apprécie Cédric, le père du garçon. Ces instants sont plus qu’importants, ils sont essentiels. Lorsque Maxime a été hospitalisé durant un mois, il y avait deux moments qu’il attendait : les clowns et l’équipe pédagogique qui venait faire cours. Cela a beaucoup compté et, pour nous, le voir aller bien est aussi un rayon de soleil. »

« Les clowns constituent une pause et apportent de la joie. C’est super important », confirme Fanny, qui s’amuse tout autant que son fils Gabriel, âgé de 5 ans. Le personnel de l’hôpital n’est pas non plus en reste. Le passage des clowns dans les couloirs fait naître automatiquement des sourires sur les visages et, quand le duo entre en musique dans le service de pédiatrie générale, une soignante se met aussitôt à danser.

Des clowns spécialement formés

Cela fait cinq mois que Laurent et Isabela, mais aussi Aurélien Ploquin, Camille Fantone ou Renaud Faure, interviennent ainsi en duo chaque semaine au sein des services de pédiatrie et de la maternité de l’hôpital. Tous et toutes font partie du Rire Soleil, un programme de clowns hospitalier·ière·s créé par Le Roi de Sable. Cette compagnie de théâtre à l’engagement social très marqué l’avait d’abord initié à l’hôpital Robert Ballanger d’Aulnay-sous-Bois, de 2017 à 2021, avant de rejoindre Delafontaine depuis le mois de novembre et peut-être, espère-t-elle, le Groupe hospitalier Le Raincy Montfermeil l’an prochain.*

Intervenir auprès d’enfants hospitalisé·e·s ne s’improvise cependant pas. Ces clowns dont plusieurs ont fait leur classe au Samovar – un lieu dédié aux arts du clown contemporain situé à Bagnolet et soutenu par le Conseil départemental – se sont formés en amont. Aurélien et Laurent par exemple ont obtenu un diplôme d’État après six mois de formation à l’Institut du Rire Médecin, la première association à avoir développé cette pratique en France. Isabela, elle, a suivi à la fois des études universitaires artistiques et une formation d’éducatrice de jeunes enfants, un métier qu’elle a exercé durant sept ans.

Lors de leur venue, un protocole précis est suivi, qui commence par un tour des services afin d’échanger avec les équipes et en apprendre plus sur les enfants. « Ces transmissions, précise Isabela, permettent d’adapter notre jeu.  » Le duo ne va en effet pas agir de la même façon selon que l’enfant a quelques semaines, 8 ans ou 14, selon qu’il·elle vient pour un examen ou sort d’opération, selon qu’il·elle est déprimé·e, affaibli·e ou au contraire enthousiaste. En visitant un enfant de 11 mois souffrant d’une laryngite, les deux clowns se contentent par exemple de chantonner en musique. Une intervention toute en douceur, qui calme aussitôt les pleurs du bébé et provoque sourire et soulagement chez la maman.

Ramener l’enfant à ce qu’il est

« Le maître mot, c’est l’adaptabilité », insiste Laurent. Et c’est précisément là que réside la force du clown. Comme l’explique Aurélien, « cet art nécessite d’être dans un état de présence et d’instantanéité, de savoir rebondir face à toutes les situations et de s’en sortir par le rire et la joie ». « Il faut rester constamment connecté à l’enfant, ses parents, au personnel mais aussi à notre partenaire et à nos propres émotions », complète Isabela, avant d’avouer : « en fin de journée, on ressent une grande fatigue. »

Les réactions des enfants, parents et soignants sont leur récompense. « Faire un métier qui soulage les personnes qui en ont le plus besoin m’apparait comme quelque chose d’important  », confie Laurent. « On a l’impression d’avoir un super pouvoir, rebondit Isabela, d’être une bulle de lumière capable de guérir, même si nous sommes aussi ramenés à la réalité et qu’il faut rester humble ».

Maria Mesa, cadre de santé au service de pédiatrie générale, elle, n’a aucun doute. « Ce sont des clowns soignants », assure-t-elle, notamment parce qu’ « ils permettent de ramener l’enfant à ce qu’il est : un enfant, et pas un malade ». Un retour à la normale qui les « redynamise beaucoup », et est donc essentiel pour le processus de guérison.

* Si vous souhaitez apporter votre soutien au programme du Rire Soleil, une cagnotte sécurisée est ouverte sur HelloAsso.

Photographies : Eric Garault pour le Conseil départemental

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