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Théâtre de la Poudrerie de Sevran : J’irai jouer du théâtre chez vous

Du théâtre avec et pour les habitants : fondé en 2012, le Théâtre de la Poudrerie de Sevran entend démocratiser son art en le rendant proche des gens. Par exemple en proposant des pièces à domicile. Nous nous sommes invités dans une représentation « à la maison ».

Jean-Pierre et sa femme sont contents : leurs places, entre la véranda et la cuisine américaine, sont confortables, le spectacle peut commencer. Lentement, Valérie Suner, directrice du théâtre et aujourd’hui aux lumières, tamise l’éclairage et Hassiba Halabi, habillée en femme de ménage, peut dire les premier mots de « Je suis une femme mais je me soigne ». Cette pièce, écrite à partir des témoignages d’une vingtaine de femmes de Sevran et alentour, a la particularité d’être jouée à domicile.
Voilà résumés en un spectacle deux des objectifs du Théâtre de la Poudrerie de Sevran, structure dynamique et volontariste lancée en 2012 : donner la parole aux habitants du département et être proche des gens.

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« En France actuellement, 85 % de la population ne va pas au théâtre et sur scène sont plutôt représentés les 15 % qui y vont déjà. Nous, nous voulons aussi nous adresser à ces 85 % qui sont absents », explique Valérie Suner, directrice d’une structure sans murs mais riche en idées.
Comment ? « En s’inspirant de leur parole, en les faisant monter sur scène, en faisant entendre des points de vue différents dans les œuvres proposées. C’est enrichissant pour tout le monde : pour les habitants, mais aussi pour le théâtre qui ne doit pas vivre en vase clos », complète cette activiste des planches qui se bat contre le désamour du théâtre à coups de trouvailles simples mais efficaces.

Aujourd’hui, l’équipe de la Poudrerie n’a pas eu à ferrailler longtemps. Chez Sylvie et Thierry, on est en terrain conquis : ce couple de Villepinte, féru de spectacles, en est à sa 4e représentation à domicile. « Mais pour moi, c’est toujours un moment aussi magique, insiste Sylvie. Je prends ça comme un cadeau que je me fais à moi et à mes amis », complète cette assistante maternelle, qui pour l’occasion a invité bon nombre de ses collègues à venir partager ce moment de jeu à domicile.

Reposant sur un quiproquo entre deux femmes musulmanes, la pièce est enlevée et drôle. Réflexion sur le poids de la tradition et le carcan identitaire, Je suis une femme dénonce habilement les stéréotypes et les amalgames. Elle est aussi portée par deux excellentes comédiennes, qui se risquent à jouer à trente centimètres de leur public. « Jouer à domicile, c’est un petit défi pour nous. C’est comme un spectacle en salle, mais en plus concentré. On a une vraie scénographie, un vrai décor, comme dans une salle, mais en même temps, tout cela est plus dense. Pour un comédien, c’est exigeant, mais stimulant », souligne Shams El Karoui qui en est déjà à son troisième spectacle à domicile avec le Théâtre de la Poudrerie.
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Pour Je suis une femme, le décor est d’ailleurs assez ingénieux : un bloc de salle de bains, un peu comme les fameuses paillasses de nos cours de physique-chimie. Le tout monté et démonté par Valérie et les comédiennes avant et après la représentation.

Participative, la pièce l’est à plus d’un égard puisqu’en plus d’avoir été écrite à partir de témoignages d’habitantes, elle est aussi suivie d’un petit débat avec les spectateurs, scène assez rare dans un théâtre classique. « C’était super et je suis persuadée que les jeunes peuvent être attirés par ce genre de représentations. C’est accessible en termes de ton et de thématique », témoigne Myriam, jeune institutrice venue en compagnie de sa mère Monia.

Hassiba Halabi, la deuxième comédienne, est enchantée de ce retour d’expérience. « C’est le sens de ces actions à domicile. S’inviter chez les gens aide à faire tomber cette barrière que certaines personnes placent parfois entre eux et la culture. »
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D’autant que tout, dans le dispositif du théâtre à domicile, a été pensé pour faire tomber cette barrière : grâce aux subventions de la ville de Sevran, de Paris Terres d’Envol* et du Département, la pièce est gratuite. Il est simplement demandé à l’hôte d’organiser en compagnie de ses invités un petit buffet d’après théâtre.

Car le jeu à domicile fait aussi rimer échange d’idées avec convivialité. Jean-Pierre, ancien directeur des relations humaines d’un grand groupe et lui aussi spectateur invité, fait tourner les roses des sables qu’il a préparées. Sylvie, elle, a prévu de quoi pouvoir s’hydrater pour prolonger le débat.

Dans cette joyeuse tablée, Chahina s’est rapprochée discrètement de Valérie Suner. Cette assistante maternelle, à qui le spectacle a bien plu, a décidé de franchir le pas et de se porter candidate pour accueillir chez elle une prochaine représentation de « Je suis une femme ». Valérie, Shams et Hassiba vont encore pouvoir jouer les déménageuses.

Si vous aussi, vous voulez accueillir une pièce de théâtre à domicile, rendez-vous sur le site du Théâtre de la Poudrerie 
Pour Je suis une femme, mais je me soigne, des dates sont encore libres jusqu’en juin. Le spectacle est gratuit.

N.B : Le Théâtre de la Poudrerie travaille actuellement à l’élaboration de son prochain cycle de représentations. Son thème : les actions positives d’un département, à l’heure où la Seine-Saint-Denis est parfois stigmatisée après les récents attentats terroristes.

7 auteurs sont actuellement en train d’interviewer les habitants de Paris Terres d’Envol. (*Établissement public territorial qui regroupe 8 communes du département) pour faire ressortir des actions emblématiques, et notamment celles de femmes. La Revue Éclair, qui avait déjà créé une pièce d’actualité autour des lutteurs de Bagnolet au Théâtre de La Commune d’Aubervilliers, continuera dans ce cadre ses spectacles sur les sports de combat.

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