Economie circulaire Pantin

Ne rien gâcher dans le papier…

Elodie Maigné a installé son entreprise Dirty Notes, dans le quartier des artisans des 4-Chemins à Pantin. Par soucis écologique, cette ambassadrice In Seine-Saint-Denis a choisi de trier les papiers qui peuvent encore servir pour fabriquer des carnets de toute beauté. Interview.

Vous êtes ambassadrice In Seine-Saint-Denis…

Pour moi c’est très important. Je suis arrivée dans ce quartier, à Pantin, aux 4-Chemins, en Seine-Saint-Denis, en étant designer graphiste, sérigraphe. Et finalement, c’est au milieu de tous ces artisans que l’envie de faire quelque chose avec les mains est venue. Si je n’avais pas été implantée ici, je ne sais pas si Dirty Notes aurait vu le jour.

C’est votre première entreprise ?

Oui et je m’y investis à 150%.

Travaillez-vous avec des artisans de Seine-Saint-Denis ?

Je travaille avec des relieuses qui sont juste à côté, au 4-Chemins à Pantin, des façonniers, des imprimeurs de Seine-Saint-Denis. L’idée étant de rester aussi local que possible pour valoriser les déchets de notre territoire.

Avec des entreprises aussi ?

Nous avons fait un carnet pour Lemon Tri en début d’année, avec des déchets récupérés auprès du service communication d’Est-Ensemble, du centre de tri de Pantin qui se trouve juste à côté de leur nouvel entrepôt. Une collaboration 100% made in Seine-Saint-Denis, c’est sympa.

Où se fait le tri du papier ?

Il ne se fait pas là. Il se fait soit sur les centres de tri, soit directement chez le partenaire. On n’est pas équipé ici pour gérer de grosse quantité, ni pour évacuer ce qu’on ne peut pas garder.

Quelle quantité de papier avez-vous contribué à sauver ?

C’est une question qu’on me pose souvent et à laquelle j’ai du mal à répondre car je n’ai commencé à compter que cette année. Depuis le 1er janvier, j’en suis déjà à 3,5 tonnes à peu près. Il faut les écouler, car après elles repartent sous la forme de carnets de 150 grammes…

D’où viennent ces 3,5 tonnes ?

J’ai eu entre autres une grosse opportunité que je ne pouvais pas refuser de la part du groupe Allianz, l’assureur. Il nous a confié 136 cartons de papier à entête obsolète qui partaient sinon en recyclage. Il nous suffit de couper le pied de page, le logo et nous avons du papier blanc, tout à fait utilisable pour faire des carnets. C’est la première fois qu’on nous fait un tel don.

Cela veut dire qu’il vous arrive de payer ce papier destiné à la poubelle ?

Oui, pour inciter les imprimeries à faire ce tri supplémentaire en mettant de côté le papier qui n’est pas encore utilisé, à prendre leur téléphone et à appeler Dirty Notes, il m’est arrivé de racheter le papier deux fois le prix du « recyclage ». C’est beaucoup plus simple pour eux de tout jeter dans la même benne pour l’envoyer au recyclage, parce que le papier, en tant que matière à recycler, a une valeur marchande.

Comment avez-vous calculé le coût d’un carnet ?

On a fait une étude de marché. On marge très peu, en tout cas beaucoup moins que dans la papeterie traditionnelle car il y a beaucoup de travail derrière un carnet : on fait de la collecte de déchet, du tri, du stockage, tout est fabriqué à la main, ce sont de petites séries, chaque carnet est unique.

Quel est le grammage des feuilles de vos carnets ?

Celles du carnet de croquis font presque du 300 grammes, c’est du super beau papier, du papier coton. Pour les autres carnets, je n’en sais rien, 135, 120, 150 grammes… Je ne peux pas être plus précise, ni sur le nombre de pages d’ailleurs… Ce que je peux vous dire, c’est qu’ils font 6 mm d’épaisseur. Je la mesure avec cet instrument que j’ai trouvé sur un site belge. Si notre façonnier à Bondy possède une assembleuse qui compte le nombre de pages, nous ici, dans l’atelier à Pantin, on n’est pas équipé, on fait le tri tout à la main… Et je ne vais pas m’amuser à les compter !

Comment voyez-vous évoluer votre entreprise ?

L’idée n’est pas tant de vendre des carnets, que de sauver des papiers du gaspillage en les écoulant sous forme de carnets. Du papier blanc, neuf, qui n’a jamais servi, pourquoi est-ce qu’on ne l’utilise pas ? C’est le message qu’on veut faire passer. Notre papier est beaucoup plus vertueux que du papier recyclé, ou du papier neuf. Son empreinte carbone est quasiment neutre. Le papier est recyclé généralement en Allemagne ou en Autriche, il fait le tour de l’Europe trois fois en camion. Et le traitement industriel en usine est lourd du point de vue écologique.

Pour quelles entreprises avez-vous réalisé des carnets sur-mesure ?

Nous avons réalisé des séries spéciales pour l’Élysée, le Crédit agricole, la Caisse d’épargne, des hôtels de luxe comme le Prince de Galles sur les Champs-Élysées. C’est un projet qui parle à tout le monde… toujours dans l’idée de sauver du papier. Que ce soit pour ces séries spéciales ou pour les carnets que l’on vend en boutique aux particuliers, on trouve toujours ce petit manifesto qui parle du concept pour faire un peu de sensibilisation au gaspillage du papier. Je suis très fière car je pense que c’est la première fois que des déchets industriels non transformés arrivent à l’Élysée.

En savoir plus : dirty-notes.com
En savoir plus sur le In : inseinesaintdenis.fr

Crédit photo : Bruno Lévy

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