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Les résidences artistiques en Seine-Saint-Denis, tout un feuilleton ! (volet n°7)

Les résidences In Situ fêtent leurs dix ans ! Aujourd’hui, visite au collège Joliot-Curie à Pantin.

Le dispositif In Situ initié par le Département en 2007 méritait bien un petit feuilleton ! Chaque jeudi, les journalistes Joséphine Lebard et Bahar Makooi, originaires elles-mêmes de Seine-Saint-Denis, rendent compte de ces résidences artistiques dans 10 établissements.

EPISODE 7
À quatre pattes sur le violoncelle

Ici, au collège Joliot-Curie de Pantin, les enfant n’appartiennent pas à la 6ème 1, 2, A ou B, mais les promotions portent des noms de grands personnages. Les vingt-trois petites têtes qui composent la classe de sixième d’Edith-Laure, professeur de musique, sont donc les « Duke Ellington », en référence à l’un des plus grands musiciens américains du XXe siècle. Un surdoué qui n’a que 15 ans lorsqu’il compose son tout premier morceau, sans même savoir lire ni écrire la musique. Il écrit sa musique de mémoire et c’est son professeur qui met ses notes sur papier.

Ce matin, Edith-Laure et ses élèves ont disposé les chaises en cercle, Jenny et Lætitia se tiennent au centre. Je m’installe entre le petit Nadir et Kahari.

« On vous a vues à la Philharmonie ! » lance immédiatement Ismaël.
Jennifer Hardy au violoncelle et Lætitia Ringeval au violon, font partie de l’orchestre Les Siècles. Les enfants s’en souviennent bien, il les ont rencontrées une première fois lors d’un concert pédagogique organisé à La Philharmonie.
« Vous faites de la musique qui vient d’une autre époque et vous les remixez », continue Ismaël.
« En fait, on joue avec des instruments d’époque, dans des matières utilisées à l’époque », précise Jennifer.
« Par exemple pour les violons il y aura des cordes en boyaux de mouton au lieu du métal », complète Lætitia qui installe là leur numéro de duettistes.

Jenny la blonde, Læti la brune. Jenny les fossettes et Læti les pommettes. La douceur et l’air enfantin communicatif. Elles entament des exercices de relaxation avec les élèves.

Les enfants sont très attentifs. La journée est spéciale. Ils vont recevoir leurs instruments. La Philharmonie qui s’associe à la résidence, leur prête à chacun un alto, un violon ou un violoncelle pour l’année.

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« Vous allez le choisir en fonction de votre taille. Vous l’amènerez chez vous pour vous entraîner à la maison. Il faut que vous en preniez grand soin. Il est prêté et il faudra le restituer dans le même état à la fin de l’année », annonce l’une des musiciennes.

Une petite main se lève dans l’assemblée des « Duke Ellington », imitée par d’autres.

« On est obligé de le ramener chez nous ? », demande Youssef
« Comment on va transporter ça ? », s’interroge Tony.
« Combien ça coûte ? », dit Adja.
« Je suis de petite taille, pour moi le violoncelle c’est trop grand », s’inquiète Melvin.
« Moi j’ai une sœur, j’ai pas envie qu’elle y touche Madame ! », signale Ismaël
« ’Isma’ y’en a qui ont QUATRE sœurs alors tu peux pas te plaindre », lui fait remarquer Benjamin, assis à côté de Nadir qui s’agite depuis le début du cours. Nadir a trois sœurs et deux frères et ne manque pas de le mentionner à son tour.

La plupart des élèves choisissent l’alto et le violon. Seuls deux violoncelles sur huit trouvent preneurs. Avant de se prendre à rêver, les enfants s’inquiètent de la place que va prendre l’instrument dans les appartements.

Jenny ne se laisse pas démonter. Elle possède des arguments pour convaincre. Une petite explication d’abord :

« Saviez-vous qu’autrefois les femmes ne jouaient pas de violoncelle ? Car pour soutenir l’instrument avec les mollets, il fallait remonter sa jupe. Pas possible, vous imaginez comme c’était mal vu ! » Jenny imite le geste et les élèves se mettent à rire. Quelques filles rejoignent le rang des violoncellistes. Seuls quatre violoncelles restent encore sans maîtres.

Dehors, le soleil a pointé son nez. Derrière les échafaudages qui masquent la vue, plusieurs rayons envahissent la salle de classe dans un moment de grâce. Jenny a pris son violoncelle et joue maintenant. Les yeux rivés sur elle, plus personne ne bouge. La brique des murs du collège est devenue rouge, le sol gris vire argenté. Et Nadir se met à décrire des arabesques avec ses petites mains agitées, composant une délicate chorégraphie sur les notes du Prélude de la première suite pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach. Ismaël change de place et prend le rang des violoncellistes. Melvin le suit.

Quand chacun a enfin trouvé sa place, Jenny et Lætitia invitent les élèves à ouvrir les boîtes contenant les instruments, préalablement disposées devant les enfants. « Il faut connaître leur anatomie », répètent-elles, avant de lancer la dissection.

« Voici les épaules, la tête, l’ouïe, les chevilles, le dos... et enfin … l’âme ».

L’âme. Quelques centimètres d’épicéa, coincés dans la caisse de résonance de l’instrument. Un petit bâtonnet de bois, mais le morceau essentiel qui soutient tout le reste et donne la puissance sonore à l’instrument. « Si jamais le violon perd son âme, parce qu’il est tombé... ne touchez à rien, il faudra qu’un professionnel la remette en place ! », indique Lætitia.

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De l’autre côté de la pièce, Melvin, à quatre pattes sur son grand violoncelle, penche la tête pour voir à l’intérieur de la caisse de résonance et s’adresse à son camarade : « Tu la vois toi ? ». Ismaël l’imite en plissant fort l’un des yeux. Tête bêche avec l’instrument, Melvin pince les cordes à l’envers, puis colle son oreille sur le bois, à hauteur du dos : « Écoute Ismaël ! Ça vibre fort derrière ! ».

« Il y a quelque chose écrit dedans Madame », s’écrit Myriam un peu plus loin, depuis le rang des violonistes. Elle me tend l’instrument. Je regarde à travers l’ouïe et nous déchiffrons ensemble une étiquette jaunie portant la mention « Stentor student II ». Le violon de Myriam est plus clair que les autres, plus vieux aussi. « Le tien, il est spécial » lui fait remarquer son amie assise à ses côtés. Consciente de sa chance, l’ado le serre dans ses bras, comme elle l’aurait fait quelques années auparavant avec sa poupée.

La sonnerie retentit, les enfants ont pris du retard mais ils ne se pressent pas. Jenny et Lætitia leur demandent de ranger délicatement leurs instruments dans les boîtes. Au loin, j’entends Ismaël râler encore : « Je vais le cacher dans ma chambre, ma petite sœur a 8 ans, elle touche à tout ». Cette fois, le professeur et les musiciennes récupèrent violons, altos et violoncelles. Ils resteront au collège jusqu’à jeudi prochain. Ismaël a encore une semaine pour préparer le terrain.

Découvrez ici le portrait de Joséphine Lebard et Bahar Makooi, journalistes auteures du feuilleton sur ces résidences artistiques et originaires toutes deux de Seine-Saint-Denis.

N.B : Le feuilleton marque une petite pause pendant les vacances de Noël. Rendez-vous le 5 janvier ! Le prochain épisode vous fera découvrir l’univers magnétique de Capucine Vever en résidence au collège Lenain de Tillemont à Montreuil.

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