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Hortense Archambault, la MC93 retrouve son nid

La directrice de la Maison de la Culture 93 revient sur son année et demie à la tête du théâtre de Bobigny et donne rendez-vous pour la grande réouverture, le 23 mai prochain, après deux ans de travaux.

J’imagine que vous attendez avec impatience maintenant la réouverture de la MC93, le 23 mai prochain…

« Oui, c’est sûr ! On a été très bien accueillis par les différents lieux de Seine-Saint-Denis qui nous ont hébergés durant notre saison Hors les murs, mais l’idée de pouvoir être chez soi est irremplaçable. Donc là, on a hâte de pouvoir réinvestir la MC pour imaginer la suite. Et on est ravis que la réouverture se fasse avec « Nicht Schlafen », le spectacle d’Alain Platel autour de Gustav Mahler. » 

Pour revenir sur votre saison Hors les murs, un des temps forts aura été les trois spectacles à la friche industrielle Babcock…

« Oui, ça a été un grand moment. Quand on est tombé sur cette friche Babcock à La Courneuve, on a eu le sentiment qu’en y mettant tout notre savoir-faire, on pouvait en faire un lieu culturel éphémère. Et puis, accueillir un spectacle de la dimension de celui des « Frères Karamazov » de Castorf, ça ne pouvait se faire que là ! C’est ça aussi qui est valorisant, de se dire que grâce à ces espaces et ces énergies, on peut faire ici des choses qu’on ne peut pas faire ailleurs. »

Vous connaissez bien la Seine-Saint-Denis, vous alliez déjà à la MC93 en tant qu’étudiante. Quel est votre regard sur ce département ?

« Oui, c’est vrai qu’au début des années 90, je suis venue voir ici des spectacles impressionnants : Simon Mc Burney, Peter Sellars, le Decodex de Decouflé… Pour revenir à aujourd’hui, c’est un vrai choix pour moi d’être en Seine-Saint-Denis. Je considère que les enjeux de la France de demain se construisent ici. Parce que le monde entier se retrouve ici et qu’il faut réfléchir à comment on fait société. Mais aussi parce qu’il y a ici une grande jeunesse et une formidable inventivité qui vient sans doute en partie du brassage de différentes cultures. »

C’est aussi pour cela que vous avez rejoint le label « In Seine-Saint-Denis »...

« Oui, quand le Département m’a parlé de cette marque créée pour valoriser les initiatives positives du territoire, j’ai souhaité la rejoindre. Ce qui m’intéresse là-dedans, c’est de dire que la Seine-Saint-Denis est un endroit de création. Et comme la MC93 a cette particularité d’être un endroit où on crée non seulement des spectacles, mais où l’on fabrique aussi des décors, des costumes, ça me semblait naturel de rejoindre le mouvement. »

Dans une intervention à Nantes en février 2016, vous constatiez que le théâtre en France ne s’était pas encore assez ouvert aux diversités sociales, aussi bien sur scène que dans la salle. Qu’avez-vous mis en œuvre pour changer ça ?

« Il faut d’abord dire qu’on parle d’un processus sur le long terme, mais je considère que c’est possible. Et nécessaire. Si on fait des spectacles pour des gens qui se ressemblent, c’est tout de suite moins intéressant. Donc je veux pouvoir proposer un théâtre à des non initiés. A ce sujet, il me revient une anecdote. L’année dernière, nous avions monté Amphitryon au théâtre de La Commune. Le metteur en scène, Sébastien Derrey, avait choisi de faire baigner la salle dans de la fumée pour le début du spectacle. Et je me souviens encore de l’étonnement d’un collégien en rentrant dans la salle : « je ne savais pas qu’il y avait du brouillard au fond des théâtres » avait-il dit à son copain. Je trouve cette phrase merveilleuse. Pour moi, cet étonnement, c’est que je recherche chez les spectateurs, quels qu’ils soient. »

Mais comment fait-on pour faire venir au théâtre des gens qui n’en ont pas l’habitude ?

« Déjà on leur dit qu’ils sont les bienvenus et on fixe une politique de prix en conséquence (l’abonnement est à 7 euros l’année pour les habitants de Seine-Saint-Denis). Pour rendre le théâtre plus accessible, nous avons aussi mis en place tout un dispositif que j’appelle la « Fabrique d’expériences ». Cela consiste par exemple à accueillir en résidence des artistes dont la matière première va être le témoignage des habitants. C’est le cas de l’écrivain Daniel Conrod, qui a choisi de travailler sur ceux qui aident les autres en Seine-Saint-Denis. Il y a aussi les enseignants qui font un boulot d’initiation formidable : j’ai pu voir par exemple comment Ismini Vlavianou, professeure de français au lycée Louise-Michel de Bobigny transmets sa passion du théâtre et je peux vous dire qu’elle est communicative. Tout cela tisse un réseau dont on espère qu’il fasse boule de neige. »

Et puis, il y a le côté scénique que vous vous efforcez d’enrichir là aussi…

« Oui, aussi bien dans les auteurs que nous allons chercher que dans les comédiens. Côté création, nous souhaitons être attentifs à des récits qui sont porteurs d’autres références culturelles que la seule référence occidentale. C’es ainsi que nous avons fait appel à l’auteur Dieudonné Niangouna ou à l’écrivain Lazare. Et puis, côté scène, il est vrai qu’il faut là aussi élargir la palette pour que ce qui est montré reflète la société d’aujourd’hui. Nous avons fait le constat que la grande majorité des diplômés des grandes écoles d’art dramatique étaient issus de milieux favorisés, même si cela commence à changer. Pour élargir cette diversité sociale, nous avons mis sur pied une classe « égalité des chances », gratuite, qui se propose de préparer des candidats à ces écoles via une formation complémentaire. Et cette initiative porte ses fruits : l’année dernière, sur une promotion de 13 personnes, 5 ont ainsi obtenu ces concours. »

A l’inverse, vous avez repris certains concepts déjà existants comme l’Atelier des 200…

« Oui, c’est Patrick Sommier, mon prédécesseur, qui avait instauré cet outil et à la MC93 tout le monde y est très attaché. C’est le pari un peu fou de recevoir pendant un week-end 200 praticiens amateurs pour une master-class assurée par 4 metteurs en scène. C’est un moment incroyable de partage et visuellement, c’est très impressionnant. Tout ce que j’ai fait, c’est d’y ajouter un aspect danse en invitant également un chorégraphe. »

Finalement, pour vous, quelle doit être la fonction première d’un théâtre ?

« Vous savez, si j’ai appris une chose, c’est que le théâtre est un labyrinthe. Quand on croit savoir ce que c’est, on pousse une porte et derrière, vous avez encore une autre pièce. D’ailleurs, si un jour je crois savoir ce qu’est le théâtre, c’est peut-être là qu’il sera temps d’arrêter pour faire autre chose. Ceci étant dit, pour moi, le théâtre, c’est d’abord un lieu de rencontre. Celle-ci peut prendre différents aspects : communion ou débat, mais en tout cas rencontre. Et puis, c’est un cheminement entre artistes et spectateurs, une invitation à la complexité. Car oui, dans un monde où nous sommes saturés d’informations, où il faut penser vite, il faut encourager les gens à ralentir un peu, à imaginer plus de complexité, sans en avoir peur. »

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